Congo-Kinshasa: «Ingratitude» - La nouvelle chanson de Tshala Muana dérange !

62 ans d'âge et 42 ans carrière musicale, Mamu nationale Tshala Muana fait des insomnies depuis qu'elle a lancé sa nouvelle chanson intitulée «Ingratitude». La doyenne des chanteuses congolaises est devenue pratiquement la cible des politiciens dans son propre pays, la République Démocratique du Congo, où la liberté d'expression des œuvres artistiques est vivement surveillée ce dernier temps.

Selon nos fins limiers, la Reine de Mutwashi a été appréhendée dans sa résidence privée de la Gombe, le lundi 16 novembre 2020 par des éléments de la police de renseignement qui l'ont placé à garde à vue, dans une cellule de l'ANR, sur ordre du Procureur Général de la République. Jusqu'à preuve du contraire, le staff de la chanteuse renseigne qu'elle a passé la nuit sous le verrou. Des tractations à un haut niveau sont en cours pour étudier son éventuelle libération dans les heures qui suivent.

De quoi reproche-t-on à Mamu nationale?

Son nouveau titre «Ingratitude» est à la base de l'interpellation policière qui traumatise la vie de la Mamu nationale. Elle qui a déjà des problèmes sérieux de santé.

"Examen ozuaki te. Compétition o gagnaki te. Maître alekisi yo obalukeli ye. Sala attention. Ozokende nyoka nyoka. Vitesse. Nzete omataki yango nde okokitela. A moins que omi sauteler. Oyoki elengi ya kiti ya nyekese", chante dans le refrain de cette chanson.

Au-delà du contenu dont l'authenticité des paroles est approuvée par l'auteure, il y a un clip vidéo sur la même chanson qui circule sur les réseaux sociaux dans lequel les images d'illustration exposent et mettent aux antipodes des acteurs de la vie politique nationale. Or, Tshala Muana n'a jamais réalisé un clip vidéo pour illustrer sa chanson. Qu'à cela ne tienne, cette œuvre renferme aussi une attitude sémantique poignante qui motive l'opinion publique d'en faire son problème.

Pour les uns, cette chanson dérange évidemment certaines susceptibilités dans le microcosme politique congolaise où la crise persiste entre les partis et dirigeants au pouvoir en RDC.

A la fois provocatrice et interpellatrice, la mélopée énerve les esprits pendant cette période des tensions entre le Front pour Commun pour le Congo, (FCC) de Joseph KABILA et le Cap pour le Changement, (CACH) du Président Félix Tshisekedi.

Non à la récupération politicienne de la chanson

Il s'agit surtout de la connotation donnée au message de la chanson qui pousse à une récupération politicienne suite aux diverses interprétations dans la société.

Nombreux soutiennent que c'est la récupération politicienne du FCC, particulièrement du PPRD, de la chanson «Ingratitude» qui a poussé le Procureur à poser quelques questions à Tshala Muana comme auteure-compositeur et ses intentions. Pendant que l'affaire est entre les mains de la justice, seule la manière de se défendre de la chanteuse qui va déterminer la suite du dossier.

En attendant, on apprend que la Commission nationale de Censure des chansons et spectacles a interdit la diffusion du titre «Ingratitude» et la présentation publique ou image de cette chanson par les stations radios, les chaînes de télévision installées sur l'ensemble de la République.

Toutefois, la Commission de censure doit savoir qu'interdire la diffusion d'une chanson à la radio ou télévision à l'ère du numérique et des réseaux sociaux, c'est comme vouloir arrêter une pluie torrentielle de mouiller le sol. Avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, la censure est devenue un concept obsolète.

Devant une telle décision, des proches de l'artiste s'interrogent sur la liberté d'expression dans cette nation. C'est aberrant, disent-ils, de constater que l'artiste soit privée de liberté et surtout son œuvre soit censurée dans un pays dit démocratique comme la RDC. Car, poursuivent-ils, contrairement à d'autres politiciens qui profèrent même des injures et disent n'importe quoi sur le Chef de l'Etat, Tshala Muana n'a cité personne dans sa chanson. Et de poursuivre que la vidéo de cette chanson l'a desservi mais la chanteuse est libre d'exprimer son point de vue sur un fait de société quelle que soit sa nature.

Au-delà de sa couleur et ses convictions politiques, Tshala Muana reste une légende de la culture congolaise que le pays doit impérativement protéger et même immuniser. Vouloir ou pas, un jour on parlera du Congo de Tshala Muana, Koffi Olomide, Fally Ipupa, Werrason, Papa Wemba etc.

D'ailleurs, il est difficile de faire la différence entre l'artiste et ses engagements politiques. En l'écoutant, on se rendra compte que le titre «Ingratitude» n'est rien à côté de «Malu», «Tshibola», «Bena Moyo», « Lekela Muadi » et tant d'autres tubes de Mamu nationale, qui restera une icône de la musique congolaise.

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.