Congo-Kinshasa: Tshala Muana censurée, arrêtée puis libérée pour "Ingratitude"

17 Novembre 2020

Après plusieurs années d'absence sur la scène musicale, Elizabeth Tshala Muana Muidikayi, connue sous le nom de Tshala Muana, a signé son retour avec un nouveau single intitulé "Ingratitude". Malheureusement, ce qui devait être un évènement musical majeur s'est vite transformé en une affaire judiciaire.

En effet, "Mamu nationale" a été interpellée par les services de renseignements de la République démocratique du Congo le 16 novembre et écrouée à l'Agence nationale des renseignements, après la diffusion en ligne de la chanson "Ingratitude" que certains voient comme une attaque contre le président congolais, Félix Tshisekedi, qui se serait montré ingrat vis-à-vis de son prédécesseur Joseph Kabila en voulant rompre avec la coalition qui lie leurs deux partis politiques.

En sus, la commission nationale de censure des chansons et des spectacles a interdit la diffusion de la chanson et la représentation au public du clip ou image de cette chanson de Tshala Muana dont l'attitude est passible d'une peine de « 1 à 6 mois de servitude pénale ou d'une amende ».

La chanson a également été interdite de diffusion dans les médias par l'Union nationale de la presse congolaise (Unpc).

« Mon artiste a passé la nuit (16 novembre) dans un cachot des services de renseignements. Elle n'a pas pu rencontrer jusque-là ses avocats, car il n'y a aucun dossier judiciaire.

Les zélés autour du chef de l'État lui rendent un mauvais service », a déploré sur une chaîne internationale son producteur, manager et conjoint, Claude Mashala.

L'interpellation de la chanteuse et femme politique, réputée proche de l'ancien président Joseph Kabila, a suscité le 16 novembre plusieurs réactions dont une marche de femmes pour réclamer sa libération, et la déclaration de l'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj) pour exiger la libération sans conditions de Tshala Muana dont l'arrestation « viole gravement l'article 17 de la Constitution de la Rdc ».

Il en a été de même pour le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'Homme (Bcnudh) en République démocratique du Congo qui « s'inquiète de cette dérive contraire à la volonté de promouvoir et protéger les droits de l'homme, notamment la liberté d'expression des acteurs culturels ».

Une histoire d'ingratitude

Pour revenir au fait du 16 novembre, la chanson de la "Reine du Mutuashi" a été mise en ligne le 14 novembre. Aucun nom n'est cité dans la chanson, mais tous les Congolais reconnaissent dans les paroles un écho de la dispute entre les alliés Tshisekedi et Kabila.

Faisant allusion au fait que le deuxième cité a consenti à laisser le fauteuil présidentiel à l'actuel président.

Dans ce morceau, la chanteuse reproche à un homme non nommé son « ingratitude ». C'est l'histoire d'un homme qui a trahi sa conjointe en l'abandonnant pour une autre femme. Le départ de cet homme a laissé la femme abandonnée dans un état de détresse totale.

Mais l'homme, à son tour, a fini par être jeté par la nouvelle femme. « Le maître t'a élevé et tu es monté en grade. Ensuite tu le rejettes. Satan a transgressé la loi et a bravé son créateur », chante Shala Muana.

La chanson est accompagnée sur YouTube de vidéos de scènes politiques congolaises dont l'investiture de Félix Tshisekedi. Un clip-vidéo d'ailleurs que la chanteuse affirme n'avoir pas réalisé.

Le texte qui est devenu viral sur la toile a suscité un tollé dans le camp des partisans du président Tshisekedi quand les kabilistes, eux, s'en délectent avec joie, en boucle.

Finalement, le sénateur honoraire du Kasaï (région dont est issue la famille Tshisekedi), Crispin Kabasélé, a porté plainte le 15 novembre contre la chanteuse.

La "Reine du Mutuashi" a recouvré la liberté

Tshala Muana a été libérée le 17 novembre après une nuit passée en détention dans les locaux de l'Agence nationale de renseignements (Anr) à Kinshasa.

Après sa libération, l'artiste a affirmé dans une interview sur un site congolais : « Tshisekedi n'est pas mon ami, ce n'est pas lui la cible. C'est depuis 2013 que je travaille sur cette chanson ».

Et d'ajouter que lors de l'audition, les services des renseignements lui ont fait savoir qu'ils n'avaient pas de problème avec la chanson, mais qu'ils s'opposaient aux images de la vidéo qui circule.

« J'ai dit que ce n'est pas moi. Ce clip-là n'est pas de moi », a-t-elle dit avant de donner plus de détails sur son album à venir dont est tiré le titre "Ingratitude".

« C'est depuis longtemps que je réalise cet album. La première chanson était réservée à Dieu. Les chansons sortent les unes après les autres. La chanson "Ingratitude" n'était pas encore mixée. Pas de clip, rien.

C'est une fuite. Je ne sais pas qui a fait ça, peut-être un technicien. Je ne sais pas. Ce n'est pas destiné au Chef de l'État.

J'ai connu beaucoup de trahisons dans ma vie professionnelle. Je ne sais pas qui a publié cette chanson. D'ailleurs, ce n'est pas la première que je chante contre l'ingratitude », a-t-elle déclaré.

Concernant la commission de censure, elle indique : « Le travail n'est pas fini. Je n'ai même pas encore transmis la chanson à la commission de censure ».

On peut le dire, Tshala Muana signe un retour fracassant sur la scène artistique après plusieurs années de silence.

Plus de: Fratmat.info

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