Gambie: Le Major Camara donne le récit de son implication dans la tentative de coup d'Etat de 2006

19 Novembre 2020

Le Major Wassa Camara des Forces Armées Gambiennes (GAF) a donné un récit de son implication dans la tentative de coup d'état menée par le Colonel Ndure Cham, Chef d'Etat-major à l'époque, lors de son témoignage hier devant la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC).

Il a déclaré avoir été, par conséquent, arrêté et condamné à la prison à vie.

Dans son témoignage, il a dit avoir été informé en Mars 2006 par le Colonel Ndure Cham qu'il était temps de procéder à un changement de régime car le pays souffrait de plusieurs maux. Le gouvernement de l'ancien Président Yahya Jammeh en était la cause, notamment des divisions internes, une corruption rampante et galopante, l'incivisme et le tribalisme.

Il a déclaré devant la Commission qu'il a accepté de participer à la tentative de coup d'état en raison de la mauvaise gouvernance, le tribalisme et pour bien d'autres raisons. Il a ajouté qu'à cette époque, il voulait protéger et sauvegarder l'intégrité territoriale de la Gambie. Le Président s'était montré indigne de gouverner le pays car il n'avait ni honoré, ni respecté les droits constitutionnels à lui confiés en sa qualité de Président.

" Si le Président ne respecte pas la Constitution, il est alors du devoir des Forces Armées Gambiennes de prendre leurs responsabilités et de renverser le Gouvernement. Nous étions tous conscients de ce qui se passait dans le pays concernant les disparitions mystérieuses, les détentions et arrestations illégales et tant d'autres choses."

Il a cependant reconnu que l'instigation d'un coup d'état dans un état démocratique est le plus grave crime qu'un soldat pourrait commettre.

Le Major Camara a affirmé que le Capitaine Yahya Darboe de la caserne de Yundum, l'Adjudant de Première Classe Alpha Bah du Bataillon de Garde de la caserne de Fajara, le Lieutenant Ebou Lowe et le Sergent Manlafi Corr de la Garde Présidentielle étaient tous impliqués dans la tentative de coup d'état de 2006.

" En outre, le Colonel Ndure m'a révélé qu'il avait le soutien de la majorité des ministres ainsi que du soldat Lang Tombong Tamba et de quelques membres de l'Agence Nationale de Renseignements (NIA). Il m'a également révélé qu'il y avait eu une rupture entre lui, Peter Singhateh, Lang Tombong et que Edward Singhateh devait être immédiatement arrêté après le coup d'état. Il a continué pour dire que le seul problème pourrait émaner du choix du leader après l'aboutissement du coup d'état."

Il a déclaré que Yayha Jammeh était en voyage en Mauritanie lors des préparatifs du coup d'état.

Le témoin a ajouté que dès l'arrivée de Jammeh à l'aéroport, il a été informé à la caserne de Yundum que Lang Tombong, qui était à cette époque le Chef d'État-major adjoint des Forces Armées Gambiennes, avait ordonné l'arrestation immédiate du Colonel Ndure Cham sur toute l'étendue du territoire.

" Cette nuit-là, j'ai conduit quelques officiers de la Police Militaire à leurs postes de contrôle respectifs. J'étais sur le chemin du retour à la caserne de Yundum lorsque tout à coup un véhicule s'est arrêté devant moi tous phares allumés. Abdousallam Mendy est sorti du véhicule et m'a dit que j'étais en état d'arrestation."

Continuant son récit, il dit qu'il a été reçu par Colley Omar alias Jagai et a été emmené, puis enfermé au quartier de haute-sécurité de la prison de Mile II.

Le Major Camara a déclaré que des militaires ainsi que des civils étaient enfermés au quartier de haute sécurité, précisant que beaucoup de personnes avaient été transférées au quartier général de l'Agence Nationale de Renseignements, et ce, en vue de leur interrogation.

Il a dit à la Commission qu'il avait été conduit au quartier général de l'Agence Nationale de Renseignements (NIA) et interrogé par un agent du nom de Hydara, qui était à l'époque le Directeur de la NIA, sur son implication dans le coup d'état manqué. Il a ajouté que Demba Sowe de la Police de Gambie, Lang Tombong des Forces Armees Gambiennes, Ousman Sonko l'Inspecteur General de la Police, Baba Saho, Foday Barry, Ousman Sonko, Tombul Tamba ainsi que d'autres personnes étaient présents.

"Je leur ai dit au départ que j'ignorais tout du coup d'état manqué, mais j'ai finalement reconnu mon implication lorsque j'ai vu quelques dents cassées avec du sang sur la table. Ils m'ont menacé de me faire subir le même sort. Baba Saho de la NIA m'a giflé et m'a griffé les yeux au cours de l'interrogatoire."

Le Major Camara a davantage révélé qu'il avait été victime de graves sévices corporels de la part d'agents appelés 'junglers' qui ont utilisé des tuyaux électriques. A la suite de ces sévices, son corps était couvert de sang. Il a été filmé au cours d'une séance de torture et la vidéo a été visionnée par l'ancien Président Jammeh.

Le Conseiller Principal Essa Faal a ordonné à ce moment-là que la vidéo-confession dans laquelle le Major Camara niait avoir été victime de sévices corporels ou de tortures soit rediffusée.

Le témoin a affirmé qu'il avait été contraint de faire ces déclarations par la NIA en vue de bénéficier du pardon de l'ancien Président Jammeh.

Il a poursuivi en disant que cette déclaration avait été utilisée contre lui en Court Martial. Il a été déclaré coupable de cinq chefs d'accusation et condamné à la prison à vie après avoir été détenu incommunicado pendant 90 jours à la prison de Mile II avant que les poursuites contre lui au tribunal ne soient engagées.

" J'ai passé neuf ans quatre mois et 13 jours en prison. Le 22 Juillet 2015, Lamin Jah m'a informé que j'avais bénéficié du pardon du Président Jammeh. Et c'est ainsi que j'ai été par conséquent libéré de la prison un vendredi."

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