Congo-Kinshasa: Et si en consultant Félix TSHISEKEDI s'est trompé de cible ?

Le Président de la république est-il bien conseillé en politique étrangère ?

De prime à bord, il sied de savoir que je suis de ceux qui pensent et estiment que Félix TSHISEKEDI a remporté haut la main l'élection présidentielle de décembre 2018. Mon soutien à la famille Tshisekedi c'est du père au fils. On me le reproche souvent, au regard de certains tribalistes qui ont toujours eu cours tant du temps TSHIKAS qu'au temps de FATSHI, mais c'est comme ça, rien à faire, je n'ai jamais été de ceux qui, sans mérite, ont toujours fait foi au tribalisme pour figurer au panthéon d'hommes valeureux. En attendant que l'engagement ait pour base la raison plutôt que la passion ou le sentiment, le vote en Afrique étant foncièrement sociologique, mon soutien à la famille Tshisekedi n'est pas prêt de s'estomper.

Revenant sur la question qui vient d'être posée, deux options sur ce qu'il se passe au sommet du pouvoir en République Démocratique du Congo s'affrontent. D'un côté, il y a des conseillers, des barbouzes et des Sherlock holmes, se prenant pour ce qu'ils ne sont pas, se bombant le torse, et se disant qu'enfin leur tour était arrivé, mais en même temps n'ayant qu'une seule envie de se remplir les poches dans le désordre comme leurs prédécesseurs, le tout sans assumer ni suffisamment ni efficacement leur statut d'instruire en toute objectivité le Chef de l'Etat sur ce qu'il se passe tant au pays qu'à l'extérieur. D'un autre côté, il y a des multinationales, des chancelleries occidentales, et en particulier Mike HAMMER que l'on considère dans l'opinion tant nationale qu'internationale comme le Vice-Président du pays, mais à raison de ce que le Chef de l'Etat lui-même et son entourage croient qu'il leur rendrait service s'il y avait un moindre pépin dans leur machine mise en place.

Pourtant, c'est mal connaître la politique étrangère étasunienne. On s'explique. Un ambassadeur américain ou européen n'est qu'un simple fonctionnaire du Ministère des affaires étrangères. De ce fait, il n'a aucun pouvoir décisionnel, effectif sinon un pouvoir par transfert. Il ne peut nullement engager la politique étrangère de son pays ni dans son pays ni ailleurs. En d'autres termes ni signer aucun accord ni aucun désaccord, sans l'aval du ministre des affaires étrangères lui-même. Donner de l'importance à un ambassadeur, Mike HAMMER fût-il, relève de la sous-information, qui fait rire outre-méditerranée. Le président de la république le sait. Mais on peut se demander pour quelle raison, il continue à penser que les occidentaux l'aideraient en cas de difficulté ou de conflit ? Ce qu'il s'est passé dans l'affaire Minembwe justifie bien la suspicion de faiblesse et d'inutilité en charge de l'influence réelle de cet ambassadeur américain. Coïncé par l'administration Trump, totalement hostile au néocolonialisme et à la politique d'ingérence négationniste, Mike HAMMER a dû faire un rétropédalage à plus 90 degré.

Sans sourciller, il a dit et affirmé devant la presse tant nationale qu'internationale qu'il n'en était pas au courant, qu'il ne savait pas que c'était pour y aller consacrer le déni de souveraineté de la République Démocratique du Congo ! Comment ? C'est dommage que nos journalistes n'aient pu avoir le courage de le plaquer davantage contre le mur pour lui demander comment un diplomate chevronné, qui a participé, avec son compère Mike Pompéo du Département d'Etat à plusieurs déstabilisations des régimes dans le Tiers-Monde, pouvait-il se déplacer à au moins 2000 kilomètres de son poste d'attache, sans aucune idée en tête de l'endroit où il allait et de ce qu'il allait y faire ?

Savoir que le département d'Etat américain n'a que des intérêts à défendre chez lui et en dehors de chez lui, plutôt que des amis pour lesquels il risquerait sa vie, est un premier pas pour la stabilisation des pouvoirs en Afrique et au Congo-Kinshasa plus particulièrement.

Pour ses intérêts, le département d'Etat serait prêt à abandonner ses propres citoyens, et ce n'est pas l'ambassadeur américain commis à Benghazi en Libye sous l'administration Obama-Hillary Clinton qui reviendrait de sa tombe pour venir me contredire. En effet, alors que le régime du colonel Mouammar Kadhafi était en train de s'écrouler et que le guide libyen lui-même, traqué par les forces de l'OTAN, la branche armée des états américains et européens occidentaux, avait été repéré et assassiné violemment, ses militaires et d'autres rebelles venus combattre à leurs côtés ne laissèrent aucune chance à ce pauvre ambassadeur étasunien, qui a vu les locaux de son ambassade pris pour cible, ainsi que ses collaborateurs. Après l'attaque et la mort confirmée de l'ambassadeur, l'administration démocrate se mit à la recherche des coupables et des responsabilités de leur côté ! Pourtant la vraie vérité était que pour des raisons tenues secrètes sieur l'ambassadeur avait été tout simplement abandonné et, donc, sacrifié comme cela se dit en langage diplomatiquement incorrect.

On l'aura certainement bien compris que si le département d'Etat était capable de laisser mourir un de ses ambassadeurs à raison des conflits et des dysfonctionnements internes dans leur propre administration, c'est qu'il est invraisemblable d'espérer dudit département quand on est qu'africain noir la moindre compassion ni le moindre soutien jusqu'au-boutiste. C'est donc être peu réaliste de voir Félix Tshisekedi s'entourer de Mike Hammer comme si ce dernier pourrait l'aider à quoi que ce soit ou à empêcher un conflit armé s'il éclatait à Kinshasa comme à l'époque entre le Vice-Président Jean-Pierre Bemba Gombo et le Président Joseph Kabila Kabange. Hammer n'a aucun pouvoir pour influencer quoi que ce soit ni en Afrique ni au Congo-Kinshasa ni ailleurs dans le monde, sans l'aval du département d'Etat et encore davantage du Chef de l'Etat en exercice.

Mike Hammer fait le sangsue, en dehors de cela, de profiter des largesses du Chef de l'Etat, on ne voit absolument pas quel dividende apporterait-il au Congo de Lumumba et de Mzee Kabila. D'ailleurs et pour peu qu'on s'en souvienne encore, on l'a entendu lors de l'affaire Minembwe, en appeler aux ressortissants américains vivant dans notre pays à limiter leurs déplacements et surtout à se tenir prêts si la situation dégénérait ! Et l'on attend que quelqu'un de l'entourage du Président de la république vienne expliquer que c'est bien là une attitude susceptible d'aider Félix Tshisekedi si conflit de pouvoir ou de personnes avait lieu un jour même si cela reste improbable FATSHI n'étant pas conflictuel mais au contraire consensuel.

Tout ceci c'est pour mettre l'accent sur la fragilité des appuis et soutiens du Chef de l'Etat. L'homme américano-européen n'a jamais d'amis, mais tout simplement des intérêts lourdement passagers. Il va falloir que les conseillers et barbouzes de Félix Tshisekedi se transforment des cireurs de chaussures en véritables collaborateurs. Collaborer avec quelqu'un qu'on aime, qu'on respecte et qu'on soutient, c'est parfois lui dire ce qu'il n'aime jamais entendre. Quitte à y être limogé, mais avec le sentiment du devoir accompli.

L'immense philosophe allemand E. Kant expliquait à-peu-près comment devant un esclave qui avait une moralité hautement supérieure, le roi malgré la grandeur qu'il pouvait y afficher avait le sentiment qu'il ne valait pas son esclave. Ce n'est pas la grandeur mais plutôt le sens de l'honneur et de la dignité.

C'est pourquoi il appartient aux conseillers du Chef de l'Etat de définir avec ou pour le Président de la République la ligne politique du pays. Depuis bientôt deux ans on ne peut pas dire qu'une telle ligne politique a été définie voire même évoquée. On navigue sans boussole. Et, pourtant ils sont grassement payés pour ça, plutôt que de se la cirer tout doux. Quel est le système politique de la République Démocratique du Congo ? Qui sont ses partenaires ? Quel système économique, social et culturel qui l'inspire ? Ces questions sont sans réponse. Et si elles le sont c'est qu'autour du Président de la république, les gens ont leur attention sur autres choses non nécessaires dont notamment les futilités et les guéguerres de basse-cour, que pour le bon fonctionnement de notre pays,

On en vient au fond de la question qui a inspiré cet article. Et la question est fallait-il encourager et soutenir l'idée des consultations engagée par le Chef de l'Etat ? En soi premièrement ces consultations ne sont pas sans objet. Consulter son peuple est toujours avantageux quand il s'agit de réorienter la gouvernance. Secondement dans l'état, elles posent un problème de la stabilité et de l'équilibre de cette même gouvernance à raison de l'accord qu'au travers de Félix Tshisekedi, qui n'était pas encore officiellement président du pays, CACH avait signé-, au travers Joseph KABILA KABANGE, le « renard du désert », Chef de l'Etat sortant-, avec le FCC. Ce fameux accord sur le partage du pouvoir et la protection des immunités des uns et des autres, dont personne d'autre, que les deux protagonistes, ne connaît ni les tenants ni les aboutissants, est celui qui a justement permis la coalition en cours dans notre pays. En sortir, sans avoir consulté son partenaire, mieux, cosignataire, n'est pas qu'une erreur de casting mais également un haut risque pour la paix et la sécurité du pays. Ce n'est pas en cours de chemin qu'on peut se permettre de changer de cap lorsqu'on est lié par un accord au demeurant obscurantiste, parce que nul ne sait de quoi il est fait, mais au contraire au début.

On ne dit pas qu'un accord ne peut ou ne doit pas être brisé. Mais pour le briser, il faut préparer et garantir sa sortie. Or ici je ne crois pas que ça été le cas. La façon dont cela se déroule laisse l'odeur d'un mauvais parfum d'impréparation voire de précipitation. Ceux qui l'on conseillé au Président de la république n'ont tenu compte que de la réputation de l'ancien Chef de l'Etat Joseph KABILA KABANGE comme un homme haï par les congolais au vu des doutes qu'ils émettent sur ses origines. Pourtant je l'avait suffisamment expliqué, en janvier dernier, il y a donc 11 mois, dans un article paru dans La Prospérité journal, que je ne perdrai plus mon temps d'y revenir de nouveau, parce que je reste convaincu que de naissance, d'adoption ou de naturalisation Joseph KABILA KABANGE est congolais comme un autre congolais. Ne baser le succès d'une opération que sur un tel et seul aspect « discréditant » un adversaire politique ne suffit pas pour nécessairement obtenir ce qu'on souhaite, surtout dans un pays où le billet vert fait changer d'opinion aux gens à la vitesse des aiguilles d'une montre. Evidemment, il y a ce que les ennemis de Joseph KABILA KABANGE ont laissé croire ou penser sur le personnage. Mais, malheureusement pour eux, l'homme a encore beaucoup de sympathisants civils et militaires dans le pays, des gens prêts à laisser leur peau pour lui ; des gens qu'il a su fidéliser soit par payement en nature soit en numéraire soit encore par son charisme. Or, des sources numériques et de réseaux sociaux, on apprend que le FCC, en plus de faire le dos rond sur les consultations voulues par le Chef de l'Etat, font bloc autour de leur autorité morale. Et leurs adversaires s'étonnent ! Sans être militant ni sympathisant du groupement politique qui est autour de l'ancien Président de la république, il y a fort à parier que ses membres savent exactement ce qu'ils veulent. D'où, la discipline dont ils font présentement montre et qui suscite justement l'étonnement des observateurs intéressés ou non-intéressés.

Ces consultations au départ conçue comme salutaires par le Chef de l'Etat et son entourage, au regard du maigre résultat récolté à ce jour, ajouter à cela l'interposition de la CENCO, qui est je le souligne véritablement dans son rôle de médiatrice populaire sans parti-pris, symbole de l'Eglise au milieu du village, risquent de devenir un chemin de croix. On a longtemps pensé voire misé sur des défections en cascade dans le camp du FCC, mais même s'il y a eu quelques départs, au final ils sont négligeables, et ce n'est pas terriblement suffisant pour faire des vagues et donc mettre en place une majorité qui serait favorable à FATSHI.

C'était en tout cas mal connaître l'homme politique congolais et le congolais lambda tout court, essentiellement tournés sur la Bière, la Femme et la Musique (BFM), plutôt que sur les choses essentielles telles l'intégrité territoriale, le patriotisme, etc. Apeuré de nature et facilement corruptible, l'homme congolais est incapable de distinguer l'utile et l'agréable. Il est tellement pauvre, meurtri-, et ici on n'entend pas parler que des gagne petits, mais également de tous les anciens et nouveaux riches, et des intellectuels, dont des professeurs d'universités (surtout eux)-, qu'il est (cet homme congolais) facilement accessible à la corruption et à la manipulation idéologico-culturelle et mentale. C'est un homme hostile à la rationalité politique et génériquement absurde, inutile, puérile et inutile.

L'interventionnisme américano-européen occidental dans le Tiers-Monde est un cancer métastasé

Ce qui vient d'être dit précédemment, notamment sur le rôle néfaste de la politique étasunienne en Afrique, au Congo-Kinshasa et dans le monde est corroboré, les yeux fermés, par des nombreux intellectuels occidentaux. Donner la parole à ces intellectuels occidentaux sur cette question précise, m'épargnerait certainement d'être accusé de mégalomaniaque ou de mythomaniaque anti-américain ou anti-occidental primaire et sans fond. Alors que depuis mon jeune âge à ce jour, j'ai toujours su être redevable à l'Occident, au travers la Belgique mon second pays. Mais sans que cela m'en empêche de lui être critique, ainsi que je le fais et le ferai constamment et tant que cela sera nécessaire.

Dans sa « Lettre sur l'humanisme », le penseur allemand Martin Heidegger fût l'un des premiers sinon le premier à dénoncer le type d'humanisme foncièrement métaphysique issu de la représentation technico-scientifique du monde et de l'être humain. Cette donne, constate-t-il fait prévaloir l'anthropologie, c'est-à-dire le monde des états et des choses au détriment de l'ontologie, pour parler exactement de l'Être en tant qu'Être. L'oubli de l'Être au profit de l'étant, c'est-à-dire de l'homme et des choses qu'il manipule, a fait perdre le lieu originel du monde et tout ce qui va avec. En faisant passer dans l'oubli cette origine constituée de la pensée et de la méditation au profit du calcul, de la quantification voire de la mesure, l'homme occidental a mis en place une technique interplanétaire qui a, au-delà des avantages générés sur la vie des humains et de l'univers, détruit au contraire l'essence même de l'humanisme qu'il voulait garantir.

Au lieu de la modération et de la foi en l'Être en tant qu'Etre, Heidegger estime, certes avec raison, que l'homme occidental a pris goût à la puissance et à la concupuissance, mais également aux choses futiles, séniles, inutiles, mieux, à toutes les antivaleurs telles l'homosexualité, la transsexualité, le mariage pour tous, les manipulations biologico-génétiques, l'euthanasie, etc. Heidegger n'est pas le seul auteur qui s'en est pris au soi-disant démocratisme et humanisme du type occidental. Serge Latouche et E. Morin l'ont également dénoncé, en indiquant sa violence et sa barbarie depuis la nuit des temps.

Commençons avant tout par la position d'E. Morin, qui montre comment dans « Culture et barbarie européennes » comment « L'Europe a été le foyer d'une domination barbare sur le monde durant cinq siècles. Elle a été en même temps le foyer des idées émancipatrices qui ont sapé cette domination. Il faut comprendre la relation complexe, antagoniste et complémentaire, entre culture et barbarie, pour savoir mieux résister à la barbarie. Les tragiques expériences du XXe siècle doivent aboutir à une nouvelle conscience humaniste. Car ce qui est important, a-t-il souligné, ce n'est pas la repentance, c'est la reconnaissance. Cette reconnaissance doit concerner toutes les victimes : Juifs, Noirs, Tziganes (... ), Arméniens, colonisés d'Algérie ou de Madagascar.

Elle est nécessaire si l'on veut surmonter la barbarie européenne. Il faut être capable de penser la barbarie européenne pour la dépasser, car le pire est toujours possible. Au milieu du désert menaçant de la barbarie, nous sommes pour le moment sous la protection relative d'une oasis. Mais, nous savons aussi que nous sommes dans des conditions historico-politico-sociales qui rendent le pire envisageable, particulièrement lors des périodes paroxystiques. La barbarie nous menace, y compris derrière les stratégies qui sont censées s'y opposer. ».

Pour E. Morin, le meilleur exemple (pour pouvoir justifier encore cette barbarie européenne), c'est Hiroshima. Et comment il est court voire insuffisant de ne se limiter qu'à Auschwitz et au Goulad ; si tant il est vrai que « L'idée qui conduit à cette nouvelle barbarie est l'apparente logique qui met sur la balance les deux cent mille morts dus à la bombe, et les deux millions, dont cinq cent mille GI, qu'aurait coûté la prolongation de la guerre par des moyens classiques - si l'on procède du moins à partir d'une extrapolation des pertes subies pour la seule prise d'Okinawa.

Il faut dire d'abord que ces chiffres ont été volontairement grossis, mais surtout il ne faut pas craindre de mettre en avant un facteur décisif qui a joué dans décision de recourir à la bombe atomique. Dans la conscience du président Truman et de nombreux Américains, les Japonais n'étaient que des rats, des sous-hommes, des êtres inférieurs. Par ailleurs, nous avons là un fait de guerre qui contient un ingrédient de barbarie supplémentaire : les progrès extraordinaires de la science mis au service d'un projet d'élimination technoscientifique d'une partie de l'humanité. Je le répète, le pire est toujours possible ».

C'est pourquoi, « en ce qui concerne l'Europe ce qu'il nous faut à tout prix éviter, c'est la bonne conscience, qui est toujours une fausse conscience. Le travail de mémoire doit laisser refluer vers nous la hantise des barbaries : asservissement, traite des Noirs, colonisations, racismes, totalitarismes nazi et soviétique. Cette hantise, en s'intégrant à l'idée de l'Europe, fait que nous intégrons la barbarie à la conscience européenne. C'est une condition indispensable si nous voulons surmonter les nouveaux dangers de barbarie. Mais comme la mauvaise conscience est aussi une fausse conscience, ce qu'il nous faut c'est une double conscience.

A la conscience de la barbarie doit s'intégrer la conscience que l'Europe produit, par l'humanisme, l'universalisme, la montée progressive d'une conscience planétaire, les antidotes à sa propre barbarie. C'est l'autre condition pour surmonter les risques toujours présents de nouvelles, de pires barbaries ».

Dans le même registre, le constat de Samir Amin est sans appel quand il indique comment « Dès les années 1980, alors que s'annonce l'effondrement du système soviétique, se dessine une option hégémoniste qui gagne l'ensemble de la classe dirigeante des Etats-Unis (ses establishments démocrates et républicains). Emportés par le vertige de leur puissance armée, désormais sans concurrent capable d'en tempérer les fantasmes, les Etats-Unis choisissent d'affirmer leur domination d'abord par le déploiement d'une stratégie strictement militaire de « contrôle de la planète ». Une première série d'interventions - Golfe, Yougoslavie, Asie Centrale, Palestine, Irak - inaugure dès 1990 la mise en œuvre de ce plan de « guerres made in USA », sans fin, planifiées et décidées unilatéralement par Washington ».

Parce que dans « La stratégie politique d'accompagnement du projet en prépare les prétextes, qu'il s'agisse du terrorisme, de la lutte contre le trafic des narcotiques ou de l'accusation de production d'armes de destruction massive. Prétextes évidents quand on connaît les complicités qui ont permis à la CIA de fabriquer un adversaire « terroriste » sur mesure (les Talibans, Ben Laden - la lumière sur le 11 septembre n'ayant jamais été faite ... ) ou de développer le Plan Colombie dirigé contre le Brésil. Quant aux accusations de production d'armes dangereuses, portées contre l'Irak, la Corée du Nord et de demain n'importe quel Etat, elles font pâle figure face à l'usage effectif de ces armes par les Etats-Unis (les bombes de Hiroshima et Nagasaki, l'emploi d'armes chimiques au Viet Nam, la menace avouée de l'utilisation d'armes nucléaires dans les conflits à venir ... ). Il ne s'agit donc là que de moyens qui relèvent de la propagande au sens que Goebbels donnait au terme, efficaces peut-être pour convaincre l'opinion niaise aux Etats-Unis mais de moins en moins crédibles ailleurs ».

Conséquence, « La guerre préventive » formulée désormais comme un « droit » que Washington se réserve d'invoquer, abolit d'emblée tout droit international. La Charte des Nations Unies interdit le recours à la guerre, sauf dans le cas de légitime défense ; et soumet sa propre intervention militaire éventuelle à des conditions sévères, la riposte devant être mesurée et provisoire.

Tous les juristes savent que les guerres entreprises depuis 1990 sont parfaitement illégitimes et qu'en principe ceux qui en prirent la responsabilité sont des criminels de guerre. Les Nations Unies sont déjà traitées par les Etats-Unis, mais avec la complicité des autres, comme le fut naguère la SDN par les Etats fascistes. L'abolition du droit des peuples, déjà consommée, substitue au principe de leur égalité celui de la distinction entre un « Herrenvolk » (le peuple des Etats-Unis, accessoirement celui d'Israël) qui a le droit de conquérir « l'espace vital » qu'il juge nécessaire et les autres, dont l'existence même n'est tolérable que si elle ne constitue pas une « menace » pour le déploiement des projets de ceux appelés à être les « maîtres du monde ».

Dans la quatrième de couverture du livre de Jean Ziegler « Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent », l'auteur montre comment au cœur du marché global, banquiers, hauts responsables de sociétés transnationales, opérateurs du commerce mondial accumulent l'argent, détruisent l'Etat, dévastent la nature et les êtres humains. Dans ce livre, J. Ziegler révèle leur visage, analyse leur discours, dénonce leurs méthodes et les mercenaires qui les servent au sein de l'OMC, de la Banque mondiale et du FMI : il démontre l'idéologie qui les inspire, jetant une lumière crue sur le rôle joué par les oligarchies financières

L'on en est même, croit-il, à la mort de l'Etat, dans la mesure où « La privatisation du monde affaiblit la capacité normative des Etats. Elle met sous-tutelle les parlements et les gouvernements. Elle vide de leur sens la plupart des élections et presque toutes les votations populaires. Elle prive de leur pouvoir régulateur les institutions publiques. Elle tue la loi. De la République, telle que nous l'avons héritée de la Révolution française, il ne reste désormais plus qu'un spectre ».

Pour J. Ziegler, le philosophe allemand Jürgen Habermas pose bien le diagnostic quand il indique que « Les tendances évolutives qui, sous le nom de « mondialisation », attirent aujourd'hui notre attention viennent modifier une constellation historique qui s'était distinguée par le fait que l'Etat, la société et l'économie étaient en quelque sorte coextensifs à l'intérieur des mêmes frontières nationales. Par suite de la mondialisation des marchés, le système économique international, à l'intérieur duquel les Etats définissent les frontières entre commerce intérieur et commerce extérieur, est en train de se transformer en économie transnationale. Ce qui compte ici, c'est en premier lieu l'accélération des mouvements de capitaux partout dans le monde et l'évaluation sans appel des lieux de production nationaux par les marchés financiers organisés en réseau au niveau mondial.

Ces faits expliquent pourquoi les acteurs étatiques ne sont plus aujourd'hui, dans le réseau mondial des échanges, les nœuds qui lui avaient précédemment imposé une structure de relations interétatiques ou internationales. Aujourd'hui, ce sont les Etats qui se trouvent enchâssés dans les marchés, plutôt que les économies nationales dans des frontières étatiques. ».

Pour J. Ziegler, et avec raison pleinement, « Un nouveau pouvoir est en train de s'affirmer : le pouvoir d'intimidation qu'exercent les prédateurs à l'encontre des gouvernements, parlements, tribunaux et opinions publiques démocratiquement constitués »

Quant à Serge Latouche et son magnifique ouvrage intitulé « L'occidentalisation du monde », il s'attaque aux excès de pouvoir de l'Occident, qui tire les ficelles partout où il a des intérêts à garantir ou à couver. Ce pouvoir de tirer sur tout ce qui bouge, qu'il s'est octroyé par la force des armes, plutôt que par la démocratie, qu'il en appelle pourtant de tous ses vœux comme seul facteur de progrès, mais uniquement lorsqu'il s'agit des autres peuples, en général sous-développés et lorsqu'il veut leur voler leurs richesses naturelles, est la plus grande déshumanisation générée par l'homme occidental. En effet Serge Latouche montre sans parti-pris les relents d'un humanisme prométhéen qui contraste fort avec les soi-disant discours de démocratie et de bonne gouvernance d'une part, et/ou de l'égalité des chances d'autre part. Depuis plus de cinq ans, Israël occupe sans vergogne la Palestine, boucle Gaza avec la complicité des Etats occidentaux et des Etats-Unis d'Amérique en particulier.

Israël a, au nom de sa sécurité, le droit d'un permis de tuer, qui ne dérange aucune démocratie occidentale, que du contraire. Pourquoi ça dérangerait les occidentaux, alors qu'ils le font eux-mêmes dans des pays sous leurs influences telles la République Démocratique du Congo où ils assassinèrent sans gêne deux leaders indépendantistes Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, la République de la Centrafrique où ils tuèrent le premier président Barthélemy Boganda dans un accident d'avion maquillé, au Burkina Faso dont le discours sur la dette leur firent tellement mal qu'ils se décidèrent au nom du vrai-faux droit divin qu'ils se sont octroyés de force, d'ôter la vie au jeune dirigeant panafricain et révolutionnaire Thomas Sankara ; la République d'Afrique du Sud où le leader antiségrégationniste Nelson Mandela fut envoyé en prison pendant vingt-sept ans, tout simplement parce qu'il refusait une idéologie basée sur la supériorité de la race blanche, au Mali et partout ailleurs en Afrique où il y a des ressources naturelles à emporter... Et c'est encore au nom de cette même logique de la terre brûlée qu'ils ont mis le feu en Irak après avoir pendu haut et court son Raïs Saddam Hussein, en Afghanistan où ils firent assassiner le commandant Massoud dans un attentat sans précédent car commis par des journalistes, au Pakistan, en Amérique latine (Brésil, Vénézuela, Colombie) ; ils ont assassiné Mouammar Kadhafi et divisé son pays la Lybie en plusieurs bandes armées, et tenté de rééditer le même dessein macabre et piètre exploit en Syrie, heureusement stoppé net par le meilleur interprète de l'Occidentalisation qu'est le président russe Vladimir Poutine.

D'où, dans cette occidentalisation du monde, S. Latouche mettait-il en garde, comme il l'explique lui-même, sur la montée d'un terrorisme disposant des moyens technologiques toujours plus sophistiqués, appelé à un bel avenir du fait de la croissance des inégalités Nord-Sud et de la montée des frustrations et du ressentiment.

Désormais, l'occidentalisation est devenue la mondialisation et ses prévisions les plus sinistres se sont malheureusement réalisées. Toutefois, observe-t-il, il se gardera bien cependant de dire un peu hâtivement, comme certains, que l'on a assisté en direct à l'écroulement de l'empire américain, voire à la chute de l'Occident. Tout au plus, S. Latouche y voit dans l'événement un témoignage de la fragilité de notre mégamachine techno-économique planétaire et de la haine engendrée par l'arrogance de sa société (Occident) et son mode de vie.

De telle sorte que longtemps avant les attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers, S. Latouche a montré comment « En réduisant la finalité de la vie au bonheur terrestre, en réduisant le bonheur au bien-être matériel et en réduisant le bien-être au PNB, l'économie universelle transforme la richesse plurielle de la vie en une lutte pour l'accaparement des produits standard.

Pour S. Latouche la réalité du jeu économique qui devait assurer la prospérité pour tous n'est rien d'autre que la guerre économique généralisée. Comme toute guerre, elle a ses vainqueurs et ses vaincus; les gagnants bruyants et fastueux apparaissent auréolés de gloire et de lumière; dans l'ombre, la foule des vaincus, les exclus, les naufragés du développement, représentent des masses toujours plus nombreuses. Les impasses politiques, les échecs économiques et les limites techniques du projet de la modernité se renforcent mutuellement et font tourner le rêve occidental en cauchemar ». Pour lui, « Seul un réenchâssement de l'économique et du technique dans le social pourrait nous permettre d'échapper à ces sombres perspectives. Il faut décoloniser notre imaginaire pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur. ».

En attendant, peut-être d'autres dégâts encore plus meurtriers que ceux auxquels on a assisté à ce jour, S. Latouche estime qu'on ne désamorcera pas la bombe qui menace de les faire sauter et on n'apaisera pas la soif de revanche des laissés-pour-compte, en se mettant la tête dans le sable comme l'autruche et en se gargarisant de belles paroles sur l'avènement prétendu d'une société multiethnique et multiculturelle planétaire. Sans doute vaut-il mieux, conclut-il, prendre la mesure de l'« exception occidentale » et affronter avec lucidité le péril de la mondialisation qui pourrait bien signifier la faillite de leur universalisme « tribal » et envisager sérieusement son remplacement par un « pluriversalisme » authentique»

Le Congo-Kinshasa a soif des révolutionnaires et non des collabos

La démocratie pour les étasuniens et européens n'est, en réalité, qu'un par-avant derrière lequel ils s'y engouffrent pour assurer en toute tranquillité les richesses minières des pays africains. J. Ziegler raconte comment « L'Occident, on le sait, fonde sa supériorité morale, sa prétention à l'universalité sur la « démocratie » et les « Droits de l'homme ». Regardons-y de plus près. Au Nigéria, le proconsul de l'Occident est le Haut-Commissaire (ambassadeur) britannique.

Au printemps 2007, il s'appelait Richard Gozney. C'est un intellectuel sec et brillant, au sourire sympathique. Son influence au Nigeria était considérable. Il passait pour être l'homme le mieux informé de la capitale. Je lui demandai : « Combien de généraux font partie de cette junte apparemment toute-puissante ? » Gozney : « Une vingtaine. » Plus tard, Pierre Helg me dira : « Gozney est le seul d'entre nous (diplomates occidentaux) à posséder le numéro de téléphone portable personnel de chacun d'entre eux ».

Et ce n'est pas tout : « Les seigneurs de Shell, de British Petroleum, de Chevron, d'Elf, d'Agip, dans le delta du Niger, exploitent les fabuleuses richesses pétrolières et gazières du pays, sont contraints de traiter exclusivement avec cette junte tapie dans l'ombre. Mais en ce printemps 2007, le proconsul devait résoudre un grave problème : Olusegun Obasanjo voulait absolument s'assurer d'un troisième mandat présidentiel. Soucieux de préserver la façade « démocratique » du Nigéria, le proconsul s'y opposait absolument. Il lui demanda donc de se soumettre à la Constitution, qui limite à quatre ans renouvelables une fois le mandat présidentiel (... ) le proconsul veillait, en effet à l'avancement des négociations entre les différentes factions de la junte (... ) Car cette année-là, il avait été prévu que le pouvoir passerait des mains des généraux yorouba et chrétiens de l'ouest à celles des généraux musulmans du nord. Pacifiquement. Sans coup d'Etat, sans assassinats, sans versement de sang. Une fois les différentes factions de la junte d'accord entre elles-sur le partage des prébendes pétrolières et gazières, sur la distribution des postes du haut commandement de l'armée et du gouvernement (et sur les différents postes de gouverneurs des Etats membres de la Fédération)-, le proconsul, après consultations avec les principaux dirigeants des sociétés pétrolières étrangères ratifierait l'accord ».

On comprend alors l'exaspération du très prolixe littérateur nigérian Wole Soyinka (Prix Nobel de littérature) contre un tel impératif hypothétique euro-occidental quand il dit qu'au Nigéria, c'est la démocratie qui est souillée, et que sa nation n'ira nulle part, aussi longtemps que les parrains euro-occidentaux, chantres de la soi-disant mondialisation intégrale au bout de laquelle la planète est devenue un grand village, pourront choisir, en lieu et place des nigérians, quelles lois sont appliquées, et quels dirigeants gouvernent ; concluant, complètement dépité, qu'au Nigéria son pays, la politique est nauséabonde.

Ce sentiment-là n'est pas que celui de Soyinka, mais de n'importe quel afro-noir. Il traduit pratiquement le ras-le-bol de devoir toujours répondre des intérêts euro-occidentaux au détriment de ceux des ressortissants afro-noirs.

Les assassinats politiques des leaders indépendantistes afro-noirs ou leur emprisonnement à vie fait partie du même impératif hypothétique. Larry Devlin le montre très bien au sujet de la mainmise étrangère dans l'ancienne colonie Congo-belge. Illustrons-en au travers quelques extraits suivants : « La démocratie est arrivée tardivement au Congo. Le premier parti politique fut créé en 1956 et les premières élections locales ont eu lieu en 1957 alors que Bruxelles avait planifié le long chemin qui conduirait la population congolaise vers l'indépendance ».

Une déclaration totalement infondée, évidemment, car Bruxelles n'avait aucune idée de quitter le Congo en 60, il était au contraire à fond sur le Plan Van Bilsen qui préconisait l'indépendance sur 30 ans encore, c'est-à-dire en 1990. Ecoutons-le de nouveau : « Les premières élections nationales du Congo ont eu lieu en mai 1960 et l'indépendance était prévue pour le 30 juin de la même année.

Supervisées par des juges et d'autres officiels belges, elles constituent les seules élections libres et équitables qui se sont tenues au Congo jusqu'à ce jour. Les deux vainqueurs parmi les nombreux partis et leaders candidats étaient Joseph Kasa-Vubu, un politicien prudent et insondable jouissant d'une base tribale forte dans la zone entre le port de Matadi, situé dans la province du Bas-Congo, et Léopoldville, et l'imprévisible Patrice Lumumba qui avait obtenu l'appui de cinq des six provinces ».

Ici Devlin a laissé tomber ses gants. Il a expulsé la haine, à travers lui, des gouvernements occidentaux belge, américain, britannique à l'encontre du héros national Patrice-Emery Lumumba comme homme à abattre. Kasa-Vubu, pourtant tête de turque, est présenté comme propre, réservé, mais en réalité parce qu'il n'est pas un obstacle à « l'hypothétisme » euro-occidental. L'exemple de ces deux dirigeants congolais illustre très bien le fonctionnement et l'appropriation par l'euro-occidentale de l'impératif hypothétique. On a d'un côté Kasa-Vubu que l'homme occidental considère et apprécie, non pas en tant que fin-en-soi, mais au contraire comme simple moyen, objet pour atteindre un but bien précis qui n'est autre ici que l'exploitation éhontée du peuple congolais, sous couvert d'une indépendance de pacotille voire sans contenu national et patriotique.

D'un autre côté on a Lumumba qui, refusant de faire l'objet, le faire-valoir, le supposé, le malgré lui, réclame d'être plutôt pris pour l'égal de l'ex-colonisateur, de l'ex-esclavagiste. Celui-ci a perdu sa vie, laissé des enfants à l'âge mineur pour défendre, avec recule, les maximes de l'impératif catégorique énoncées par Kant. L'autre l'a gardée, parce qu'il trouvait que servir de moyen ou d'objet n'était pas la pire d'humiliation à laquelle puisse y être confronté un être humain !

Kasa-Vubu avait-il compris que de tout temps, la stratégie de l'impérialisme ou de l'« hypothétisme » euro-occidental a toujours consisté à « diviser pour mieux régner » ? Je n'y répondrai jamais moi-même afin de n'y prendre position contre l'un ou pour l'autre, la sagesse en pareil cas exige que l'on fasse appel à une tiers-personne et qui plus est grand témoin de l'histoire du pays de Kasa-Vubu et Lumumba. L. Devlin raconte : « L'indépendance, annoncée le 30 juin 1960, apporta son lot de cérémonies pompeuses mais, très vite, de profonds désaccords sont apparus entre les deux dirigeants. Le roi Baudouin, roi des Belges depuis 1951, fit un discours pour célébrer l'indépendance de sa colonie.

Ce dernier fut mal perçu. Jugé trop paternaliste, Baudouin loua le génie et le courage du roi Léopold II ainsi que le développement du pays par les pionniers belges. Le discours de Kasa-Vubu qui suivit fut conciliant mais celui de Lumumba, à l'inverse, dénigrait le passé colonial des Belges. Lumumba parla du besoin « d'apporter une fin à l'esclavage humiliant imposé sur nous par la force » et invoqua le combat pour l'indépendance qui impliquait « larmes, feu et sang ». Il termina son discours par une phrase prophétique, même si elle ne le fut pas de la manière dont il l'entendit à ce moment-là. « Nous ferons du Congo le point de convergence de l'Afrique ». Si on comprend bien, les tenants de l'impérialisme ont vu d'un mauvais œil que Lumumba n'ait pas applaudit l'esclavagisme et le colonialisme. Quant à Kasa-Vubu qui l'avait reconnu et applaudi, il fut présenté et considéré comme un homme conciliant et au bon goût de l'impérialisme euro-occidental. Tout ceci considéré, Lumumba ne pouvait pas survivre à sa lutte pour l'indépendance totale de son pays et de son peuple. Parce qu'il avait le tort d'être cet homme-là qui ne savait pas remercier ses bourreaux ni encore moins les féliciter d'avoir su humilier son peuple et son pays. Kasa-Vubu, lui, méritait de lui survivre, mais pour des raisons qui n'ont jamais été celles de son frère ennemi face à l'esclavagisme et au colonialisme !

Comme pour conclure mais sans conclure

Ce que j'ai tenté d'expliquer ou de montrer est l'inopportunité des consultations voulues et organisées par le Che de l'Etat. Parce que si la cible toute indiquée était le FCC et son autorité morale Joseph Kabila Kabange, c'est qu'il n'en sortira pas grand-chose. On en veut, non pas au Président de la république, qui est dans son rôle, mais à ses conseillers et barbouzes qui se la cire grassement, mais qui en échange ne sont pas capables de rendre un beau tablier. On sait déjà qu'on nous rétorquera le vieil adage selon lequel la critique était toujours aisée, mais l'art est difficile. Mais ça on le dira à d'autres qui se murent dans le silence, qui ne prennent jamais le risque de dire ce qu'ils pensent ni dans les médias oraux ni écrits.

Alors qu'en philosophe, on nous appris comment est-ce que penser, c'est prendre des risques. Et ces risques nous le prenons chaque fois que c'est nécessaire, parce que le Congo est notre seul pays, qui n'appartient pas uniquement à ceux qui croient défendre dans le sens du poil, les positions des responsables politiques dont ils répondent, alors qu'il est très bien connu que c'est toujours du choc des idées que jaillit la lumière ou la vérité. Ce qu'il se passe actuellement est notre affaire à tous qu'on soit opposants ou sympathisants, le seul souci qui compte c'est la préservation de nos terres ancestrales.

Par ailleurs, il faut nous faut également, non seulement déplorer, mais également condamner très vivement, le traitement qui est réservé au Chef de l'Etat par les acteurs de la coalition au pouvoir dans notre pays. Ce n'est pas la personne de Félix Tshisekedi qu'on entend d'être respectée, mais le Président de la république, garant des institutions. On peut être sénateur, député, ministre, pdg, militaire, agent secret d'une autre famille politique que celle du Chef de l'Etat, mais au moins répondre à ses invitations, se mettre débout à son passage, applaudir ses discours comme ça se passe sous d'autres cieux, ce n'est pas cela qui diminuerait l'influence politique d'un acteur politique. Après tout c'est quelle éducation transmettent-ils aux générations à venir ? Franchement l'image et le message transmis par l'homme politique congolais est tout simplement ignoble et déplorable.

Faudra-t-il dire à ces inciviques et médiocres qui ignorent et négligent le Président de la république que Félix Tshisekedi est l'incarnation de la Nation ? Si on peut se lever ou s'arrêter pour un morceau de drap qu'on appelle drapeau et pourquoi pas devant un Chef d'Etat qui représente la Nation et la garantit ?

Au regard de ce quoi précède, l'homme congolais est encore en cent lieues de la civilisation mentale.

Ainsi quand on ramène tout à la singularité plutôt qu'à l'universalité, on n'est pas civilisé. Quand on ne comprend pas que le Chef d'Etat en fonction représente la Nation, on n'est pas civilisé. Quand on ne comprend pas que le développement d'une Nation ne s'évalue qu'à la maximisation du bien-être global, total et absolu on n'est pas civilisé. Quand on ne comprend pas que le vrai partenaire c'est son compatriote et non un occidental, on n'est pas civilisé. Quand on ne comprend pas que la chance du Congo-Kinshasa est dans le panafricanisme, on n'est pas civilisé.

La politique du recours à l'authenticité engagée par le Maréchal Mobutu avait été un pas très confortable et déterminant dans cette direction. Malheureusement empêtrée dans la personnalisation du pouvoir et le culte de personnalité, cette politique, pourtant salutaire pour l'homme congolais et afro-noir, a échouée et écroulée comme un château de carte, hélas ! Malgré tout, le « recours à l'authenticité » demeure et demeurera la seule alternative contre la stratégie de manipulation de masses et en grande échelle de peuples. Cette stratégie se manifeste en dix signes :

1°La stratégie de la distraction ; 2°La création des problèmes, puis l'offrande des solutions ; 3°La stratégie de la dégradation ; 4°La stratégie du différé (ça s'applique ici sur l'affaire Minembwe où l'on en sait jusque-là de quoi elle fait, car on est passé à la prestation de serment de trois juges et juste après aux consultations) ; 5°S'adresser au public comme à des enfants en bas âge ; 6)Faire appel à l'émotion plutôt qu'à la réflexion ; 7°Maintenir le public dans l'ignorance et la bêtise ; 8°Encourager le peuple à se complaire dans la médiocrité ; 9°Remplacer la révolte par la culpabilité ; et 10°enfin Connaître les individus mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes... Evidemment à chacun de nous de s'y projeter pour vérifier lui-même en âme et conscience s'il ne s'est jamais retrouvé dans l'une ou l'autre de ces dix stratégies de manipulation de masses et de peuples.

La patrie ou la mort !

Que vive Patrice-Emery Lumumba !

Que vive Mzee Laurent-Désiré Kabila !

Que vive le Camarade Ernesto Ché Guevara !

Que vive la République Démocratique du Congo !

Bruxelles (Belgique), le 17 Janvier 2020

OSONGO-LUKADI Antoine-Dover

Habilité à Diriger des Recherches de Philosophie Praxéologique

(Université de Poitiers/France)

Docteur en Philosophie et Lettres (Université Catholique de Louvain/Belgique)

Professeur d'Universités

Membre de Sociétés Savantes aux USA & CANADA

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