Burkina Faso: Abdoulaye Diallo - «Nous voulons rompre avec la tradition des députés qui dorment à l'hémicycle»

interview

Coordonnateur du Centre national de presse Norbert Zongo (CNPNZ), coordonnateur de Ciné droit libre, président du festival Jazz à Ouaga, et on oublie bien d'autres casquettes qu'il porte, Abdoulaye Diallo est une figure bien connue de la vie publique burkinabè.

Comme de nombreux acteurs de la société civile, il s'est engagé dans le mouvement SENS. Il est tête de liste du mouvement aux législatives dans le Kadiogo.

« Nous voulons rompre avec la tradition des députés qui dorment à l'hémicycle», nous a indiqué le candidat dans cette interview qu'il nous a accordée 18 novembre 2020.

Qu'est-ce qui a poussé l'acteur de la société civile que vous êtes à se lancer dans le marigot politique ?

Je suis effectivement connu en tant qu'acteur de la société civile, défenseur des droits humains, promoteur des droits culturels et artistiques, promoteur de la liberté d'expression.

Mais à un moment donné, on a observé la scène politique et vu que, depuis 30 ans, ça n'évolue pas. Ce sont les mêmes schémas, on n'avance pas du tout.

On a beau travailler au niveau de la société civile, on ne trouve pas toujours ce qu'il faut pour continuer le combat.

Vous faites un plaidoyer et vous devez compter sur quelqu'un d'autre qui ne comprend pas toujours ce que vous faites pour prendre des décisions. Il était donc nécessaire de s'engager en politique. C'est une manière de continuer sur un autre terrain le même combat.

Ça ne va pas nous changer. Ce sont les mêmes idées qu'on va continuer à défendre, sauf que cette fois-ci, on veut les défendre avec un mandat du peuple.

On veut être dans les lieux où se prennent les décisions et y apporter notre expérience, notre originalité, notre créativité et surtout pour permettre aux jeunes de prendre leurs responsabilités.

Nous sommes dans un pays où plus de 70% de la population a moins de 35 ans, on ne peut pas changer les choses tant que ces personnes ne prennent pas leurs responsabilités.

Le fait d'encourager des jeunes et de les mettre en pole position peut encourager les autres jeunes à suivre le pas. C'est pour ça que nous avons placé une étudiante de 23 ans tête de liste nationale.

Nous sommes à quelques jours de la clôture de cette campagne. Quel bilan pouvez-vous tirer de votre première expérience politique ?

Depuis qu'on est sur le terrain on a des feed-back très intéressants. On a fait l'option de ne pas faire de grands meetings. On n'en pas les moyens. On rejoint donc les gens là où ils se trouvent. On va dans les marchés, les yaars, les grins de thé.

On rencontre des groupes de personnes. Des gens mêmes nous invitent souvent dans les familles, dans les 6 m. On rencontre des jeunes, des étudiants, des élèves. Et le retour qu'on a est intéressant. Beaucoup de gens nous découvrent et beaucoup d'autres nous apprécient.

Et vous voyez quand même le succès qu'on a au niveau des réseaux sociaux et au niveau médiatique. On sent qu'on a apporté quelque chose de nouveau. Il n'y a qu'à voir comment beaucoup d'hommes politiques commencent à reprendre notre slogan, «Servir et non se servir».

C'est devenu presque un effet de mode. Ils étaient où depuis là pour ne pas savoir que le rôle d'un responsable, c'est de servir ? Mais il faut être prudent, les gens peuvent aimer, peuvent adhérer peuvent aimer le discours mais l'acte peut ne pas suivre.

On est un mouvement qui vient de naître. On ne veut donc pas aller vite en besogne. Espérons que le message va se traduire dans les urnes et que, pour la première fois, on aura des indépendants à l'Assemblée nationale.

S'ils accèdent à l'hémicycle qu'est-ce que vos députés vont apporter de nouveau pour dynamiser l'Assemblée nationale ?

On a l'ambition de montrer au peuple burkinabè une autre manière de faire la politique. Nous voulons rompre avec la tradition des députés toujours blasés, qui ne comprennent pas toujours tout, qui dorment à l'hémicycle. On veut amener du punch, du dynamisme à l'Assemblée.

En plus de nous faire connaître, on espère que ces législatives vont nous permettre d'avoir quelques députés pour que ces élus marquent les esprits. Il y a combien de partis qui vont aux législatives en proposant déjà des lois ?

Nous on a déjà 4 propositions de loi qu'on va mettre sur la table de l'Assemblée dès le lendemain de l'élection. La première proposition porte sur le foncier.

On veut limiter l'accaparement des terres par les sociétés immobilières, et les cantonner dans leur rôle de sociétés immobilières, c'est-à-dire construire des maisons et les mettre en location ou en vente. La deuxième proposition, c'est sur les marchés publics.

On veut pénaliser la mauvaise exécution des travaux. C'est vrai qu'il y a des sanctions administratives, mais ce n'est pas suffisant. Il faut des sanctions pénales.

Ça va réduire la corruption parce que si un entrepreneur sait que s'il exécute mal un travail, que si jamais il fait une route biodégradable, il peut se retrouver en prison, je pense qu'il va refuser le système de corruption et tenter d'avoir le marché honnêtement et de l'exécuter honnêtement.

On veut aussi qu'une partie des marchés publics soit dédiée aux entreprises jeunes. Ce qui va leur permettre d'avoir de l'expérience et de postuler plus tard pour les grands marchés.

La troisième proposition de loi est relative au code des personnes et de la famille. On veut que les mariages coutumier et religieux, à l'église ou à la mosquée, soient reconnus administrativement et aient la même reconnaissance que le mariage à la mairie.

Cela, pour éviter que nos parents, qui sont mariés depuis 50, 60 ans, soient encore appelés célibataires. Voilà des choses comme ça qu'on veut corriger. La 4e loi, c'est sur le financement des partis politiques.

On veut d'abord qu'on régule les partis politiques pour éviter leur floraison inutile. Il faut aussi qu'une partie du financement des partis politiques puisse servir à la formation des jeunes et des femmes pour permettre leur participation politique.

Voilà déjà quelque chose de concret : 4 projets de loi déjà sur la table sans compter tout ce qu'on va proposer. On va animer la vie à l'Assemblée nationale, montrer comment normalement le travail doit se faire et viser plus tard les mairies

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que le mouvement SENS a été suscité par le pouvoir en place ?

Sur ce point je suis catégorique, il faut que les gens arrêtent ça. C'est vrai, à leur décharge, qu'ils ont été amnésiés depuis 30 ans par ce mauvais régime installé après l'assassinat de Thomas Sankara. Même Norbert Zongo, les gens disaient qu'il ne pouvait pas écrire ce qu'il écrivait et que c'est sûrement Blaise Compaoré qui était derrière, jusqu'à ce qu'il soit assassiné.

Je pense qu'il faut qu'on tire une leçon de ça : ne pas toujours voir des gens derrière des gens. Il faut que les Burkinabè acceptent qu'on puisse avoir des Burkinabè qui se regroupent, réfléchissent, mettent leurs idées ensemble et font quelque chose.

Nous, c'est notre cas. On n'a personne derrière nous. Personne n'a suscité le mouvement SENS. Le mouvement SENS a été suscité par des gens, des acteurs qui sont sur le terrain, qui voient l'évolution de leur pays, qui ont été pour la plupart des acteurs de l'insurrection et qui voient qu'il y a un retour en arrière vers le mauvais système qu'on a combattu et qui ont décidé de prendre leurs responsabilités. Ils sont pour la plupart des jeunes.

Quand vous prenez la conférence des cadres où il y a près de 300 personnes, la moitié a moins de 30 ans. Ce sont des intelligences qui travaillent ensemble, cotisent pour faire des choses. Pas un seul kopeck ne vient de quelqu'un.

Si on avait été suscité par le MPP ou par qui que ce soit, le minimum c'était de faire comme tout le monde : faire des meetings pour soutenir.

Tous ceux qui soutiennent se sont déclarés parce que tu ne vas pas soutenir et être dans l'ombre. Respectez-nous, respectez nos intelligences, respectez ce que nous sommes.

Plus de: L'Observateur Paalga

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