Ile Maurice: Ayaan, 2 ans, enfant martyr - Les protagonistes

21 Novembre 2020

Une semaine après le meurtre d'Ayaan Ramdoo, 2 ans, sous les coups de son beau-père, Ashar Sobratee, en complicité avec sa mère, Nawsheen Beeharry, les proches du petit sont toujours aussi bouleversés. Dans cette tragique affaire où le suspect principal est passé aux aveux, d'autres protagonistes ont chacun joué un rôle qui interpelle. Tour d'horizon...

Le rôle clé tenu par Waheda Sobratee, la mère du suspect principal

Vendredi 13 novembre. Il est prévu que le convoi mortuaire quitte la demeure des Sobratee vers 8 h 30. Peu de temps avant, Waheda Sobratee, la mère du suspect principal, passe un coup de fil à la sœur de sa bru Nooshreen Beeharry, à partir du cellulaire de sa fille. La mère d'Ashar Sobratee informe la tante maternelle d'Ayaan que celui-ci n'est pas décédé de mort naturel, indiquant également que sa bru y est aussi pour quelque chose dans ce meurtre, et qu'il fallait dénoncer ce qui s'est passé.

Mère et présumée complice

Elle est la mère biologique d'Ayaan Ramdoo, deux ans. Le jeudi 12 novembre, à 20 h 15, accompagnée de son époux, Nawsheen Beeharry, femme au foyer âgée de 26 ans et habitant Midlands, a transporté le petit Ayaan à l'hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle. Le médecin de service constate le décès du petit et réfère le cas à la police. Toutefois, aucune mention de «foul play» n'est faite sur la «casualty card» du garçonnet. Lors de sa comparution en cour de Curepipe, lundi dernier, Nawsheen Beeharry, qui souffre de problème respiratoire, s'est évanouie lors de l'audition.

Ashar Sobratee, le suspect principal

Le beau-père du petit Ayaan aura 23 ans en décembre. Il est marié religieusement à Nawsheen Beeharry, la mère du petit Ayaan. Adil Ramdoo, le père biologique, purge, quant à lui, une peine de 16 mois de prison depuis août pour une affaire d'agression. Le jeudi 12 novembre, Ashar Sobratee avait expliqué au médecin de l'hôpital Jawaharlal Nehru à Rose-Belle qu'Ayaan Ramdoo s'est étouffé en mangeant du briani. Un médecin recommande à ce qu'une autopsie soit pratiquée sur l'enfant. Ashar Sobratee et son épouse refusent invoquant des pratiques religieuses.

Le lundi 16 novembre, la police a procédé à son arrestation et à celle de son épouse. Les deux ont comparu devant le tribunal de Curepipe le même jour. Une comparution sous haute tension, où le suspect Ashar Sobratee a été insulté par les proches d'Ayaan Ramdoo. Un des oncles du petit a tenté de l'agresser. Les éléments de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ont dû calmer les esprits.

Nesha Soobhug, le médecin du privé qui n'a décelé aucune anomalie à l'hôpital

Enregistrée comme médecin auprès du Medical Council depuis le 13 décembre 2017, Nesha Soobhug, 31 ans, une habitante du Sud, exerce dans le privé dans la région de Rose-Belle. Dans la soirée du jeudi 12 novembre, ses services ont été retenus par la mère du petit Ayaan et le conjoint de celle-ci contre un paiement de Rs 2 500. Après les échanges téléphoniques à cet effet, le Dr Nesha Soobhug a par la suite débarqué à l'hôpital de Rose-Belle où elle a certifié le décès de l'enfant, attribuant ceci à des causes naturelles. Le certificat de décès dans la poche, Nawsheen Beeharry et Ashar Sobratee rentrent chez eux à Midlands avec la dépouille du petit Ayaan.

Le mardi 17 novembre, la doctoresse Nesha Soobhug est arrêtée après son second jour d'interrogatoire par la MCIT. Elle est traduite devant le tribunal de Mahebourg avant d'être libérée contre une caution de Rs 40,000. À la police, celle-ci a raconté s'être basée sur la carte d'auscultation du petit. Et qu'elle n'a pas remarqué d'ecchymoses sur le corps du petit Ayaan qui était enveloppé dans un drap.

Nesha Soobhug a également été convoquée par le Medical Council pour ses explications dans cette affaire mais comme elle a été retenue avec l'enquête de la MCIT, une nouvelle date sera fixée dès qu'elle sera disponible. À l'issue de ses explications, un comité d'investigation sera constitué par le Conseil de l'ordre des médecins. Après son enquête, il livrera son rapport et le transmettra au board. Une décision sera prise en fonction des conclusions.

Nooshreen Beeharry, la tante maternelle qui a tout déclenché

Sans elle, Ayaan, enfant martyre, aurait été enterré dans l'anonymat le plus total. Tante maternelle du petit, elle a reçu un appel téléphonique de la belle-sœur de Nawsheen Beeharry vers 22 h 45, le jeudi 12 novembre. À l'autre bout du fil, son interlocutrice lui apprend le décès de son neveu qui se serait étouffé après avoir mangé du briani. Nooshreen Beeharry se rend immédiatement chez sa sœur à Midlands où elle constate des ecchymoses sur le visage du petit Ayaan. En réclamant des explications, on lui dira qu'il a fait une chute.

Nooshreen Beeharry rentre chez elle vers les 2 heures du matin, vendredi, pour y revenir quelques heures plus tard pour les obsèques de son neveu. Après l'appel de Waheda Sobratee, la mère du suspect principal, Nooshreen Beeharry se rappelant avoir remarqué son neveu «traumatisé» et pas dans son assiette lors de la dernière visite de sa sœur chez elle le samedi 7 novembre, demande aussitôt à sa sœur de ne pas procéder aux obsèques jusqu'à son retour.

Elle se rend alors au poste de police de la localité pour faire stopper les rites funéraires. Arrivés sur place, les policiers demandent que la dépouille soit transportée à la morgue de l'hôpital Victoria, à Candos.

Le vendredi 13 novembre, à 16 heures, une autopsie est pratiquée par le médecin légiste de la police Shaila Prasad-Jankee qui confirme les soupçons de Nooshreen Beeharry. Son neveu de deux ans a bel et bien été battu. Le rapport d'autopsie a conclu qu'Ayaan Ramdoo a succombé à un «acute peritonitis following bowel trauma» avec cette précision suivante mentionnée: «Battered child». Nawsheen Beeharry et Ashar Sobratee sont alors placés en état d'arrestation avant d'être interrogés par la MCIT.

Le caporal Mohammad Moontaj Ally Emambocus

À l'hôpital, toujours le jeudi 12 novembre, Nawsheen Beeharry et Ashar Sobratee croisent le caporal Mohammad Moontaj Ally Emambocus. Ce dernier est de service à la casualty room. Le couple lui demande s'il connaît un médecin du privé. Le policier leur procure le numéro du Dr Nesha Soobhug. Le mercredi 18 novembre, ce policier âgé de 55 ans et habitant Plaine-Magnien est à son tour inculpé devant le tribunal de Mahébourg pour complot. Il a recouvré la liberté conditionnelle après avoir fourni une caution de Rs 40 000.

Le caporal qui a obtenu la Second Class to the President's Long Service and Good Conduct Medal en 2019 dit avoir agi sur une base humanitaire. «J'ai eu de la peine pour la mère qui pleurait et personne n'avait l'air suspect. Je n'étais en présence d'aucun élément pour savoir qu'il s'agissait d'un enfant battu», a-t-il expliqué lors de son interrogatoire. Il a surtout fait valoir que c'était une pratique courante que des médecins du privé viennent certifier des décès à l'hôpital.

Or, dans un entretien au Défi Media le jeudi 19 novembre, le président du Medical Council, le Dr Shyam Purmessur, a affirmé qu'«un médecin du privé ne peut exercer à l'hôpital public, ni pour ausculter un patient ni pour délivrer un certificat de décès ou examiner un cadavre».

Nawsheen Beeharry racontée par sa cadette

Comment se fait-il qu'une mère qui s'occupait bien de son enfant ait pu permettre à son époux de battre sa progéniture jusqu'à lui ôter la vie ? C'est la question que se posent les proches de la mère d'Ayaan. Nawsheen Beeharry, 26 ans, et sa cadette Noushreen Beeharry, 25 ans, ont perdu leurs parents alors qu'elles étaient encore gamines. «J'avais deux ans lorsque mon père s'est noyé. Quant à ma mère, elle nous a quittés alors que je n'avais que neuf mois, pour aller refaire sa vie. Elle ne venait jamais nous voir. Par la suite, elle est aussi décédée. C'est notre grand-mère paternelle et nos oncles et tantes paternels qui nous ont élevées. On habitait à Vallée-des-Prêtres», relate la jeune femme.

Sa sœur aînée a fait des études secondaires avant d'entreprendre des cours auprès du Mauritius Institute of Training & Development. Nawsheen Beeharry a aussi travaillé dans un magasin. Après avoir fait la connaissance d'Adil Ramdoo, les deux ont convolé en juste noce. Mais, l'époux connaîtra l'enfer de la drogue ainsi que la prison. Lasse de cette situation, Nawsheen Beeharry déserte le toit conjugal à plusieurs reprises, mais son mari devait à chaque fois lui dire qu'il allait changer ses mauvaises habitudes. En vain. Entre-temps, la jeune femme tombe enceinte. Elle retourne sous le toit conjugal uniquement pour son enfant. «Mais les relations entre Adil et Nawsheen n'étaient plus les mêmes. Le premier m'a déjà confié que ma sœur passait beaucoup de temps sur son téléphone portable. Un beau jour, elle a disparu avec leur enfant», raconte Noushreen Beeharry.

Une semaine plus tard, en parlant à sa sœur au téléphone, Nawsheen Beeharry n'a pas voulu dire où elle se trouvait jusqu'à ce qu'un jour, il y a quelques mois, Ashar Sobratee apprend à Nooshreen Beeharry qu'il avait contracté le mariage religieux avec sa sœur. «Je les ai invités à une prière dans notre nouvelle maison à Montagne-Blanche, il y a un mois. Ils n'avaient pas pu venir. Et c'est ainsi que, le samedi 7 novembre, ils sont venus chez nous dans la soirée. Et c'est là qu'on a constaté que le comportement du petit était anormal. À un moment donné, je me suis retrouvée seule avec ma sœur, Ashar étant sorti, mais elle ne m'a rien confié au sujet d'Ayaan», soutient Nooshreen Beeharry. D'ajouter que, contrairement aux dires de certains, c'est pour rendre justice à son neveu qu'elle s'est rendue au poste de police. «Ma sœur et moi, on s'aime beaucoup. On partage une très bonne relation. Mon époux Washim et moi lui avons déjà dit que si jamais elle a un problème, on est là pour elle. Si j'étais au courant des misères d'Ayaan, je l'aurais adopté. Je l'aimais beaucoup. Nawsheen s'occupait bien de son enfant. Pa kone kinn arivé», conclut-elle.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.