Ethiopie: Conflit au Tigré - Les combats se poursuivent en l'absence de toute aide humanitaire

Mardi dernier, les Nations unies tiraient la sonnette d'alarme en qualifiant la crise au Tigré de tragédie de grande ampleur. Depuis cet appel, rien n'a vraiment changé.

Voilà maintenant 18 jours que les affrontements se poursuivent dans la région du Tigré en Éthiopie, entre l'armée fédérale et les troupes du parti dissident tigréen, le TPLF. Un conflit sans témoins indépendants. Ce vendredi, le gouvernement éthiopien a affirmé que ses soldats avaient encore avancé en direction de la capitale de la province Mekelle, tandis que le parti tigréen prétendait avoir repris une ville aux troupes d'Addis-Abeba.

Toujours aucune ONG au Tigré

Mais en 18 jours de combats, quasiment aucune organisation humanitaire n'a encore pu accéder aux populations civiles piégées au Tigré, rapporte notre correspondant à Addis-Abeba, Noé Hochet-Bodin. Selon Saviano Abreu, du bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, il ne reste que peu de médicaments et l'équivalent une semaine d'eau potable

« Nous, les humanitaires, nous demandons un accès complet au Tigré pour les toutes les ONG, leur personnel et leur matériel. Car au Tigré il y avait déjà environ un million de personne en besoin d'assistance humanitaire. Et viennent s'y rajouter un million et cent mille supplémentaires », explique-t-il.

Le porte parole du comité de crise éthiopien, Redwan Hussein, demande quant à lui encore du temps pour organiser cette aide humanitaire. « Pour cela, nous avons mis en place deux équipes de prospection. Les deux missions évaluent la situation sur le terrain. Une dans l'ouest, et une sur le front sud », détaille-t-il.

Des tonnes de nourriture et de médicaments sont prêts à prendre la route vers Mekele, assurent les Nations unies. En effet, il resterait l'équivalent de moins de trois semaines de nourriture au Tigré, dont les récoltes ont été dévastés par l'invasion de criquets pèlerins. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a par ailleurs demandé ce vendredi « l'ouverture de corridors humanitaires » pour venir en aide à la population prise au piège des combats dans la région éthiopienne du Tigré, regrettant que les autorités refusent toute médiation.

Le Soudan dépassé par l'afflux de réfugiés

Les Nations unies demandent également une aide urgente pour pouvoir subvenir aux besoins des réfugiés tigréens au Soudan, pas prêt à faire face à une crise supplémentaire. Jusqu'à 4 000 personnes arrivent chaque jour au Soudan en provenance du Tigré éthiopien, rapporte notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche. La plupart ont dû marcher plusieurs heures et traverser une rivière pour trouver refuge auprès des équipes du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

« Le Soudan accueille plus de 1,2 million de réfugiés, explique Abdullah Fadil, le représentant de l'Unicef au Soudan. Il y a aussi plus de deux millions de déplacés. Les gens font la queue pour avoir de l'essence et du pain. Le pays est déjà accablé par tout un tas de crises économiques et politiques. La perspective de voir arriver jusqu'à 200 000 réfugiés venus du Tigré, le Soudan n'en a pas les moyens. Cela ne déstabiliserait pas seulement le Soudan mais toute la région ».

@UNICEFSudan support to #Ethiopia refugees at Hamdayet Kassala State--where 18,000 people have crossed--providing water facilities, sanitation, nutrition & child protection with Sudan government, @UNSudan, & NGOs.

Sudan needs the help of the international community more than ever. pic.twitter.com/FWqJ4SI5sD

- Abdullah A. Fadil (@AbdullahAFadil) November 17, 2020

L'autre inquiétude concerne les déplacés internes au Tigré, sans doute beaucoup plus nombreux. Les agences humanitaires n'ont plus aucun moyen de les joindre. Le Tigré abrite par exemple 100 000 réfugiés Érythréens dans quatre camps gérés par le HCR et l'agence est sans nouvelles de ses équipes là-bas depuis le début de la semaine.

Plus de: RFI

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