Sénégal: Matam - Document stratégique de sécurite nationale - La zone sylvopastorale et le Dandé Mayo passés à la loupe

21 Novembre 2020

Conscient de sa vulnérabilité face aux menaces multidimensionnelles et émergentes, l'Etat du Sénégal, dans une démarche de prévention, a mis en place des stratégies de sécurité sectorielles.

Du fait du caractère global de la sécurité, relève-t-on, la mise en cohérence de toutes ces stratégies sectorielles est devenue une nécessité, d'où l'impératif d'élaborer un document inclusif de Stratégie de Sécurité Nationale (SSN) devant constituer la matrice de la prise en compte effective des préoccupations sécuritaires des populations. Dans la spécification des menaces, des contraintes et des risques, la zone sylvopastorale reste une grande forêt de problèmes et celle du Dandé Mayo, un fleuve de menaces malgré les opportunités qu'elles présentent...

C'est effectivement, dans le cadre de la prise en compte harmonisée des préoccupations sécuritaires des populations qu'une équipe du Centre des Hautes Etudes de Défense et de Sécurité (CHEDS), piloté par le Général de brigade Mbaye Cissé, à qui il est confié l'élaboration du Document Stratégique de Sécurité Nationale, a tenu à Matam, un Comité régional de développement.

Cette rencontre dirigée par le gouverneur a permis avec la participation des membres du Comité régional de sécurité, de recueillir les perceptions des participants et leurs recommandations avec une spécification des menaces, des contraintes, des risques et des opportunités. Invitant les acteurs à se prononcer de façon inclusive sur la formulation d'une stratégie de sécurité nationale au leadership stratégique, l'équipe du CHEDS s'est motivée d'informer « qu'en soi, la sécurité n'est pas seulement l'apanage des Forces de défense et de sécurité, du fait de la multiplicité des domaines qu'elle couvre. Notamment, avec la protection civile, le développement durable, la sécurité alimentaire, entres autres...

LA ZONE SYLVOPASTORALE, UNE FORET DE RISQUES

Le long du Ferlo (zone sylvopastorale), les nombreux villages souffrent de l'absence de routes, qui accentue l'isolement de cette zone d'élevage qui vit un réel enclavement d'ordre fonctionnel. Dans cette partie du pays qui offre plusieurs ressources (tapis herbacé, faune et foresterie), les problèmes ne se résument pas seulement à l'enclavement, à l'absence de desserte et au transport désorganisé. Par endroit, c'est aussi l'absence de moyen de communication et le manque d'électrification qui péjorent les ambitions de développement. Au regard des spécifications, « le département de Ranérou pâtit de la faible couverture du réseau téléphonique, de la couverture en télévision et radios nationales aggravée par la faible couverture en énergie électrique ». A côté de ces leviers directs qui ont un impact sur la qualité de vie des populations, la faible présence des infrastructures socio-économiques de base, (santé, éducation, eau et assainissement), malgré les efforts de l'Etat, reste aussi un facteur contraignant dans le cadre de l'amélioration de la qualité de vie des populations. L'exploitation irrationnelle et abusive des ressources forestières, la dégradation de l'environnement (feux de brousse, coupe de bois, carbonisation), figurent aussi sur la liste des inconvénients énumérés. Entre autres fléaux non contrôlés dans cette zone d'élevage, en plus du vol de bétail, de la prolifération des armes blanches (couteaux, machettes), c'est aussi la consommation d'un parfum dénommé «Boul Falé» comme boisson alcoolique qui inquiète les populations. Malgré son interdiction, ce produit très nocif pour la santé est très utilisé et continue d'être à l'origine de bagarres qui conduisent souvent à des homicides.

.. LE DANDE MAYO, UN LONG FLEUVE DE MENACES

Le Dandé Mayo, situé dans la zone fertile des terres de la vallée, continue de subir pour sa part les désagréments liés à l'absence d'une route praticable. Une situation qui, de l'avis des acteurs, « est une contrainte de taille qui fait fléchir le développement de plusieurs localités frontalières de la Mauritanie voisine souvent confrontées à d'énormes difficultés de déplacement, surtout en période hivernale ». Un projet de construction de la route du Dandé Mayo porté par Ageroute vise à rendre cette zone du Nord plus accessible. Dans le but, ambitionne-t-on, « d'améliorer l'essor économique de cette zone de production agricole peu pourvue en infrastructures ». Un projet que les populations s'impatient de voir. Sur le registre des préoccupations, les déclarations ont porté sur la faiblesse de l'accès aux moyens de communication (téléphonie, internet, radio). Surtout la couverture du réseau téléphonique dans cette zone frontalière où par endroit, le réseau mauritanien est plus accessible. Les autorités locales qui plaident ainsi pour «la réalisation d'infrastructures socioéconomiques de base (santé, éducation, hydraulique), parce un élément assez important de la sécurité », se sont beaucoup épanchées sur l'électrification des villages. Avec les souhaits de construction de postes de police frontaliers, de gendarmerie, des Eaux et Forêts, et de la douane, c'est notamment le renforcement de la sécurité au niveau de la zone frontalière qui est formulé face aux phénomènes du terrorisme et notamment du trafic de drogue. De l'avis du chef régional du secteur de la pêche, « il faut aussi qu'une attention institutionnelle soit portée à la gestion et l'exploitation des produits halieutiques du fleuve ».

LE RENFORCEMENT DE L'AUTORITE ET DE LA PRESENCE DE L'ETAT

Les préoccupations sécuritaires des participants à cette rencontre se sont aussi construites en un plaidoyer pour le renforcement de l'autorité et de la présence de l'Etat dans les zones frontalières. Une perspective qui milite subséquemment, par un renforcement des moyens fonctionnels des forces de défense et de sécurité. Dans le contexte de la région, certaines questions aussi se sont positionnées. Parmi celles-ci, on note l'employabilité des jeunes, l'émigration clandestine, la cybercriminalité, l'utilisation néfaste des réseaux sociaux et la clandestinité... Mais aussi, la perte des valeurs, l'incivilité et le non-respect des droits humains , la corruption, le travail des mineurs et le non-respect des textes et lois. Relevant que la sécurité est un état où les dangers et les conditions pouvant provoquer des dommages d'ordre physique, psychologique ou matériel sont contrôlés, des participants, ont relevé le nombre de jeunes accrocs à la drogue, la déscolarisation, l'absence de structures d'apprentissage pour les personnes vivant avec un handicap et aussi l'absence d'un programme à l'endroit des malades mentaux.

A La Une: Sénégal

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.