Madagascar: Péché capital

Au VIè siècle, le pape Grégoire le grand fit une liste des péchés capitaux. Nous sommes presque tous capables de dire qu'ils sont au nombre de sept: l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse.

Ces « défauts » aux habits de velours, mais qui contiennent un venin bien sournoisement enfoui, sont de minuscules bacilles à l'apparence docile mais qui portent les germes des plus lourds maux de la terre.

Selon le philosophe français André Comte-Sponville, cette liste du VIè siècle a mal vieilli. Notre penseur a alors dressé une autre liste de sept dans laquelle se trouve, à une place privilégiée, une plaie, une gangrène qui gagne chaque année en puanteur, une pestilence qui ronge en ce moment notre vie nationale: le fanatisme, la source de tous les maux qui peuvent prendre des noms différents comme haine, intolérance, division,... Tous ces fléaux, différents fruits issus d'une même racine fertilisée par les eaux intarissables de la médisance et des fake news qui sortent des gisements infinis des réseaux sociaux.

Le fanatisme politique qui empoisonne notre pays est, pour la société, aussi mortifère que l'intégrisme islamique l'est pour la laïcité. C'est l'enchaînement inconditionnel et aveugle à une personnalité politique, élevée au pinacle des idoles, qui engendre toutes les infections qui nous corrompent: les différents antagonismes politiques qui nous paralysent et nous clouent à la place de la misère.

Tel est le péché capital qui nous fige dans les différentes tranchées creusées par les tendances politiques. Des tranchées si profondes que du fond de notre trou où notre monde se résume au culte de la personnalité chérie, l'horizon est bouché car en dehors de la portée de notre vision limitée par les œillères du fanatisme qui bornent la vérité au territoire tracé par les discours qui portent la signature de la figure politique qui est aussi vénérée que les gourous qui maîtrisent l'art de l'envoûtement.

Immobilisés, congelés par le dogmatisme qui ne tolère pas des « vérités » contraires à celles du leader politique adoré, on observe une fidélité morbide à un culte qui ritualise la haine de l'autre. L'autre c'est celui qui ne partage pas les mêmes convictions politiques que soi et vu comme un hérétique à qui on doit transmettre l'évangile du gourou politique. Celui qui refuse la conversion prêchée mérite, comme les sorcières, le bûcher du dédain.

Le mécanisme du bouc émissaire, décrit par René Girard dans son ouvrage Le bouc émissaire (1982), ce même processus qui a désigné les juifs comme responsables de la peste noire qui a décimé l'Europe au XIVè siècle, est maintenant exploité par les états-majors politiques: pour les gouvernants, tous les malheurs sont causés par les opposants, et ces derniers ne se gênent pas pour diaboliser les personnalités au pouvoir. Et pendant que ce péché capital, appelé fanatisme, nous dresse les uns contre les autres, les véritables ennemis comme la faim, l'insécurité, la corruption ... peuvent encore tranquillement sévir.

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.