Cote d'Ivoire: Macron à propos de la candidature de Ouattara - "Il s'est présenté par devoir. Il n'y avait pas une autre solution"

21 Novembre 2020

Le Président français aborde nombre de sujets sans tabou dans une interview qu'il a accordée à notre confrère Jeune Afrique.

Compréhensif quand cela l'exige, incisif lorsque nécessaire, le Président français Emmanuel Macron, 43 ans, parle sans langue de bois dans un entretien avec l'hebdomadaire Jeune Afrique.

Il affiche une volonté fervente d'aller à une relation équitable avec l'Afrique. Un continent auquel il souhaite, c'est compréhensible, un rajeunissement de la classe politique.

Les comptes sont bons pour certains dirigeants et le sont moins pour d'autres. Qui aime bien châtie bien.

Sur l'actualité en Côte d'Ivoire, le locataire de l'Élysée estime que c'est le sens élevé du devoir républicain qui a poussé son homologue ivoirien Alassane Ouattara à briguer la présidentielle du 31 octobre dernier.

« Je pense vraiment qu'il s'est présenté par devoir. Dans l'absolu, j'aurais préféré qu'il y ait une autre solution, mais il n'y en avait pas », fait savoir Macron qui invite néanmoins le Président Alassane Ouattara à « œuvrer pour la réconciliation, à faire les gestes, d'ici aux élections législatives, pour pacifier son pays » et à « se réconcilier avec les grandes figures de la politique ivoirienne ». Par grandes figures, il fait allusion aux anciens Chefs d'État Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié.

« Il y a un responsable politique ivoirien qui a moins de 70 ans et qui ne cache pas ses ambitions, c'est Guillaume Soro. Après l'annonce de la réélection de Ouattara, il a appelé depuis la France, les forces armées ivoiriennes à le renverser », évoque le confrère Jeune Afrique.

Le désaveu d'Emmanuel Macron est net : « Je crois qu'il n'est plus en France pour en parler. Nous ne souhaitons pas qu'il mène des actions de déstabilisation depuis le sol français. Sa présence n'est pas souhaitée, sur notre territoire, tant qu'il se comportera de cette manière ».

« Lui avez-vous demandé de quitter le pays », interroge le journaliste.

« Pas moi directement, mais nous ne souhaitons pas qu'il mène des actions de déstabilisation depuis le sol français. Autant nous pouvons accueillir des combattants de la liberté et toute personne qui serait menacée chez elle, autant nous n'avons pas vocation à protéger des activistes qui cherchent à déstabiliser un pays », explique le numéro un français.

On se souviendra qu'au lendemain de la présidentielle du 31 octobre en Côte d'Ivoire, l'ancien président de la Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, alors en territoire français, avait lancé des appels à la déstabilisation via certains médias.

Emmanuel Macron apparaît moins nuancé à propos de la situation en Guinée Conakry. Il estime qu'on peut difficilement détacher la dernière révision constitutionnelle de l'intention du président sortant d'avoir voulu se représenter.

Qu'il s'agisse de la restitution du patrimoine africain, de la fin annoncée du franc CFA ou de la lutte contre le terrorisme, le Président français pense avoir ouvert de nouveaux sillons dans le champ des relations entre la France et l'Afrique. Le tout, accompagné d'un changement de méthode.

Le sommet prévu en juillet 2021 à Montpellier devrait illustrer ce virage. « Nous n'allons pas organiser un sommet classique, en invitant des Chefs d'État. Notre objectif est de mettre en avant les personnes qui incarnent le renouvellement générationnel, y compris sur le plan politique. Parce que s'il y a un point difficile, c'est bien le renouvellement démocratique. Certains pays se sont pliés à une alternance régulière, d'autres non », explique Macron qui a sa petite idée sur l'idée répandue, à tort ou à raison, à propos d'un sentiment anti-français donné grandissant en Afrique.

« Pendant des décennies, nous avons entretenu avec l'Afrique une relation très institutionnelle, en passant par les Chefs d'État en fonction et par des entreprises bien installées. Ce faisant, le ressentiment a pris une certaine place. Mais il y a également une stratégie à l'œuvre, menée parfois par des dirigeants africains, mais surtout par des puissances étrangères, comme la Russie ou la Turquie, qui jouent sur le ressentiment postcolonial », analyse-t-il.

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