Congo-Kinshasa: Le vrai sens du Meeting aérien RDC/Angola - Félix Tshisekedi relance la Force aérienne

23 Novembre 2020

Les Kinoises et Kinois ont assisté, le vendredi 20 novembre 2020, sur fond de surprise pour les uns et de panique pour d'autres, sous-informés, à un meeting aérien, au-dessus de la capitale, avec à l'affiche des chasseurs bombardiers angolais et congolais. Le spectacle était particulièrement surréaliste pour les résidents de Tshangu, dans la partie est de Kinshasa, où se trouvent l'aéroport international de N'Djili et la base aérienne des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo.

Rappelons que le pays se trouve sans armée de l'air depuis 1978. Avant cette année maudite, l'ex-Zaïre disposait d'une flotte militaire composée d'avions de chasse de type « Macchi », de fabrication italienne baptisée « Sukisa » et des « Mirages » de fabrication française. Très respectée en Afrique, avec des pilotes formés dans des académies militaires occidentales, elle s'était signalée au Nigeria et au Tchad.

Maudite « Guerre du Shaba »

Il avait fallu la « Guerre du Shaba » ou « Guerre de 80 jours », avec l'invasion de l'ex-province du Katanga par des rebelles du général Mbumba Nathanaël en 1977, pour voir cette armée de l'air entamer sa descente aux enfers. En effet, au cours de cette guerre, le président Mobutu, alors général, s'était porté personnellement au front en établissant son quartier général à Kolwezi, où il recevait des informations en provenance du champ de bataille et qu'il faisait immédiatement analyser par une équipe de jeunes capitaines, tous « Brevetés d'état-major ».

Ce sont eux qui évaluaient la situation, élaboraient les plans de bataille, qui étaient aussitôt transmis aux officiers qui commandaient les troupes sur le terrain. C'est grâce à leur expertise que l'armée nationale avait réussi à chasser les agresseurs du territoire national, même si on avait eu tendance à accorder plus de crédit aux interventions des troupes marocaines et françaises, venues en renfort aux ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises).

Après la guerre, tous ces jeunes capitaines étaient promus majors. Cette promotion était malheureusement mal perçue par leurs supérieurs hiérarchiques, qui avaient commencé à les considérer comme des ennemis, plutôt que des collaborateurs. En mars 1978, un complot monté de toutes pièces et au cœur duquel se trouvaient principalement certains généraux de l'époque, présenta ces jeunes majors comme des « terroristes », animés de l'intention de déstabiliser le pouvoir du général Mobutu et de le chasser du palais présidentiel du Mont-Ngaliema.

A la même époque, le major Pangule avait rédigé et présenté, au terme de sa formation dans une académie militaire américaine, un mémoire intitulé « Comment réaliser un coup d'Etat au Zaire ». La connexion était vite faite avec le complot mis sur le dos de jeunes héros de la « Guerre de 80 jours ».

Tous les majors suspects furent arrêtés, jugés et condamnés à la peine capitale, sans que des preuves irréfutables n'aient été fournies contre eux par l'Auditeur général des ex-FAZ, le général Likulia Bolongo. Les condamnés furent exécutés avec une célérité qui étonna plus d'un observateur.

Leur mort fut suivie d'une purge de très grande ampleur au sein de l'armée. Celle-ci cibla essentiellement des officiers originaires des provinces du Grand Kasaï, du Grand Katanga et du Grand Bandundu. Ce fut le fameux feuilleton des « enveloppes » distribuées aux « officiers » proscrits pour leur signifier la fin de leur service militaire.

Cette décision injustifiée eut pour conséquence de mettre fin à toute activité de la FAZA (Force Aérienne Zaïroise), car la plupart d'officiers et pilotes qui œuvraient au sein de l'armée de l'air provenaient des provinces bannies des ex-FAZ. L'autre conséquence de cette purge fut vécue par toute la République 18 ans plus tard, plus précisément en 1996, lorsque le l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi coalisèrent pour agresser l'ex-Zaïre. Le pays disposait certes d'une armée de terre mais celle-ci était largement démotivée à cause de la différence de traitement avec la DSP (Division Spéciale Présidentielle), à laquelle étaient réservés tous les privilèges.

Privée d'une couverture aérienne capable de dissuader les agresseurs, elle fit piètre figure face aux trois armées ennemies. Le résultat est connu de tous : les troupes d'agression entrèrent dans le pays comme dans du beurre, allant jusqu'à infiltrer tous les rouages du pouvoir à Kinshasa.

Signal fort de la résurrection

En organisant la parade aérienne militaire mixte congolo-angolaise du vendredi 20 novembre 2020, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a tenu à envoyer un signal fort à l'opinion tant nationale qu'internationale et à rappeler à tous que pour être forte et réellement dissuasive, une armée doit être en mesure de défendre le territoire national aux plans terrestre, fluvial, maritime, naval et surtout aérien.

La volonté ainsi exprimée est de se démarquer de la dépouille de l'armée détruite en 1978 et infiltrée à partir de 1997 pour reconstruire de véritables forces de défense, capables d'assurer effectivement la sécurité du pays et de son peuple, en tous temps et en toutes circonstances. Des observateurs avertis soutiennent que ce que l'on a vécu vendredi dernier n'est que le début de la phase de reconquête de la véritable indépendance du pays, laquelle passe certes par le rétablissement de l'Etat de droit mais aussi et surtout par l'émergence d'une armée digne de ce nom.

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