Burkina Faso: Des électeurs empêchés de voter

23 Novembre 2020

Entre "300 et 350.000" personnes n'ont pas pu voter dimanche, lors du double scrutin, en raison de l'insécurité causée par les attaques djihadistes dans le nord et l'est du pays.

6,5 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche 22 novembre au Burkina Faso, pour le scrutin couplé : législatives et présidentielle. Si à Ougadougou le vote s'est déroulé sans encombre, "autour de 300 à 350.000" personnes n'ont pas pu voter dans les régions en raison des menaces sécuritaires, selon le président de la Commission électorale. Lors du vote, "des individus ont interdit aux populations de prendre part au vote", ajoute Newton Ahmed Barry. Ils ont "dit à des populations que celui qui plonge son doigt dans l'encre indélébile peut dire adieu à son doigt".

Bureaux pas ouverts

Début novembre, la Cour constitutionnelle avait constaté que l'élection ne pourrait pas se tenir sur 17,7% du territoire, faute d'une présence de l'Etat, administrative et sécuritaire, suffisante.

À Arbinda, dans le nord du pays, où 35 civils et 7 militaires avaient été tués en décembre 2019, "en temps normal on a cent bureaux de vote mais on a pu en ouvrir seulement vingt-cinq", selon la CENI. À Tin-Akoff (Oudalan), aucun bureau de vote n'a ouvert. Quatorze soldats y avaient été tués dans une embuscade durant la campagne électorale. "Même quand l'armée sécurisait, personne ne voulait y aller. On a eu des difficultés à trouver du personnel qui acceptait de rester dans les bureaux".

Dans certains endroits du nord du Fasp, "il n'y a pas d'élection, et c'est loin d'être la priorité des populations qui cherchent d'abord à éviter de se faire tuer par une partie ou l'autre du conflit", selon un expert des questions de sécurité dans la région de Dori.

Irrégularités

Au nombre des irrégularités constatées sur le terrain on peut citer la non-disponibilité du matériel électoral dans certains bureaux de vote, l'absence ou l'arrivée tardive de forces de sécurité dans certains bureaux de vote dans la région du nord, l'absence des noms de certains électeurs sur la liste électorale.

"Nous voulons des explications claires et nettes sur les raisons pour lesquelles des bureaux de vote sont supprimés à la dernière minute et d'autres rajoutés. Quand nous regardons de très près, nous constatons que les bureaux de vote où on risque de ne pas voter sont souvent des bureaux où l'opposition est forte", explique candidat Zephyrin Diabré, le candidat del'Union pour le progrès et le changement (UPC), et chef de file de l'opposition.

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), réfute ces allégations. Pour Newton Ahmed Barry, "aucun bureau n'a changé d'emplacement. Moi je ne suis pas au courant des bureaux de vote qui ont été placés là où il ne faut pas."

Désorientation des électeurs

Pourtant, dans un communiqué sur le déroulement des opérations électorale, la Convention des Organisations de la société civile pour l'observation domestique des Élections (CODEL) est sans équivoque : "les changements opérés dans les bureaux de vote ont désorienté certains électeurs. Par exemple, certains bureaux ont été fusionnés sans que les électeurs n'aient été au préalable informés".

Roch Marc Christian Kaboré, président sortant, candidat du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) a préféré ne pas répondre à la polémique estimant que tous les candidats ont eu la campagne pour parler. Tous les regards sont, à présent, rivés vers la Commission électorale nationale indépendante qui annonce la publication ce lundi des résultats des élections commune par commune.

Roch Marc Christian Kaboré favori

Le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, élu en 2015 et qui brigue un second mandat, est présenté comme étant le favori. Face à lui, 12 adversaires, dont Zéphirin Diabré, chef de file de l'opposition, et Eddie Komboïgo, candidat du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l'ex-président Blaise Compaoré, forcé à démissionner le 30 octobre 2014.

Considérés comme les deux outsiders les plus sérieux, Diabré et Komboïgo, ainsi que quatre autres candidats, ont fait monter la pression samedi en affirmant qu'une "fraude massive" était en préparation. Zéphirin Diabré a jugé "inconcevable" qu'un parti puisse gagner "dès le premier tour". Roch Marc Christian Kaboré est donné favori face à une opposition qui n'a pas réussi à s'unir, malgré un bilan très critiqué sur le plan de la sécurité par ses détracteurs et les observateurs, qui le taxent d'immobilisme.

Pays sahélien, le Burkina Faso vit ses heures les plus sombres depuis l'indépendance de cette ancienne colonie française en 1960, s'enfonçant depuis cinq ans dans une spirale de violences jihadistes et intercommunautaires, associée à une répression souvent violente des forces de sécurité.

Les attaques des groupes jihadistes - certains affiliés à Al-Qaïda, d'autres à l'organisation Etat islamique - ont fait au moins 1.200 morts et chassé de leurs foyers un million de personnes, qui s'agglutinent dans les grandes villes. Aucune mesure spécifique n'avait été prise pour que ces déplacés puissent voter.Des milices villageoises ont été créées par les autorités début 2020 avec l'aval de toute la classe politique ou presque. Leur nombre réel reste inconnu - plusieurs milliers selon les estimations - mais elles devaient jouer un rôle dans la sécurisation du scrutin dans les campagnes.

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