Ile Maurice: Décès d'Ayaan, deux ans - «Mo donn mo zanfan tor a 100%», dit Waheda Sobratee, mère d'Ashar

23 Novembre 2020

Une dizaine de jours après le meurtre atroce du petit Ayaan, deux ans, l'on n'en revient toujours pas. Comment se fait-il que l'enfant se faisait violenter sans que personne n'ait levé le petit doigt pour le sauver ?

«L'express» s'est entretenu vendredi avec Waheda, la mère du principal suspect, Ashar Sobratee. Elle revient sur la vie de chacun au sein de la maison familiale, à Midlands.

«Comment puis-je être complice du meurtre de mon petitfils alors que j'ai moi-même perdu deux bébés dans le passé ?» C'est ce que nous a déclaré vendredi, Waheda Sobratee, 45 ans, la mère d'Ashar Sobratee, principal suspect dans le meurtre d'Ayaan, deux ans, le 12 novembre. La quadragénaire fait l'objet de critiques du public et des proches du petit, qui s'interrogent sur son éventuelle complicité avec son fils.

«Quand Ayaan est venu vivre chez nous, j'étais très heureuse. Je voyais en lui les deux bébés que j'avais perdus des années plus tôt. Il était un ange. Je souffre pour ce petit davantage que pour Ashar, car le premier était un être innocent alors que mon fils a commis un crime. Si j'avais su ce qui se passait avant, j'aurais fait quelque chose pour cet enfant. C'est impossible pour moi de soutenir Ashar. Mo donn mo zanfan tor a 100 %», lâche Waheda Sobratee.

Elle ajoute que si elle l'avait voulu, l'enterrement se serait réalisé sans que personne ne sache quoi que ce soit. «Si j'avais été complice, je n'aurais pas appelé la sœur de Nawsheen Beeharry pour partager ce que j'ai vu. Enn mama pa pou koul so garson. Mais c'est impossible que je sois complice de cet acte. Mo res dan mo kwin. Mon fils m'avait déjà prévenu qu'il n'aimait pas qu'on interfère dans sa vie de couple. D'ailleurs, on envisageait de rénover les deux chambres à l'étage pour nous installer, mon époux, ma fille et moi. Cela, afin qu'Ashar et Nawsheen aient un plus grand espace lorsqu'ils auraient des enfants.»

Waheda Sobratee raconte que même s'ils vivaient tous sous le même toit, son fils et sa bru ne laissaient pas l'enfant venir la voir. «Zot viv personnel.» Elle précise que la plupart du temps, elle est avec son époux, Aktar, 55 ans, livreur de légumes. «Il m'emmène avec lui pour que je ne reste pas seule à la maison. D'autant plus que je souffre de dépression depuis que j'ai perdu deux bébés. Ainsi, on quitte la maison vers 7 heures et on est de retour vers les 14 ou 15 heures. Je m'occupe ensuite de mes tâches ménagères et de ma fille. Cette dernière n'a pas le temps non plus de savoir ce qui se trame dans la vie de son frère, de sa belle-sœur et du petit.»

Quant à Ashar et Nawsheen, ils étaient toujours ensemble, en compagnie d'Ayaan, poursuit notre interlocutrice. «Dans leur chambre, dans la plantation de légumes, lors des sorties... Je peux jurer sur le Coran que je ne suis au courant de rien. Nos chambres sont éloignées. On n'entend pas s'il se passe des choses. Kapav zot ti pé bous so labous pou li pa kriyé... Mais comment se fait-il que la mère d'Ayaan n'était pas au courant de ce qui se passait avec le petit ?», se demande-t-elle. Quant à Ashar, la mère estime qu'il doit être puni par Dieu et la justice.

«Bien que nous vivions tous sous le même toit, mon fils et ma bru ne laissaient pas Ayaan venir me voir»

Que sait-elle de ce qui s'est passé le jeudi 12 novembre ? «Je remplissais de l'eau dans le réservoir lorsque j'ai vu Nawsheen et Ashar quitter la maison à toute vitesse avec Ayaan. Ils m'ont seulement dit que le petit était souffrant. Il était aux environs de 19 h 30. Mon époux et moi les avons suivis à l'hôpital Jawaharlall Nehru, à Rose-Belle. Sur place, on a appris que le petit était décédé. Mo'nn kriyé, ploré, mo'nn tonbé. Je souffre de dépression depuis plusieurs années. Le médecin a déjà prévenu mon époux que je pouvais perdre la tête, voire la vie, après un choc. Raison pour laquelle mon époux m'a rapidement fait monter dans la voiture pour me conduire chez ma belle-sœur à Bel-Air-Rivière-Sèche. Ma fille de 15 ans nous a accompagnés», raconte Waheda Sobratee.

Elle avance ainsi ne pas être au courant des agissements de son fils et de sa bru à l'hôpital, cette nuit-là. Elle enchaîne que, lorsqu'elle s'est réveillée chez sa belle-soeur le vendredi matin, elle a vite été rattrapée par la réalité. Waheda Sobratee s'est souvenue avoir vu des hématomes à la tête d'Ayaan et il avait le ventre gonflé. «Mo latet fatigé... Heureusement que j'ai pensé à ma fille qui se trouvait à Midlands pour les obsèques. Je lui ai passé un coup de fil pour demander si la sœur de Nawsheen était sur place. Nooshreen y était, j'ai donc demandé à ma fille de lui passer son cellulaire. C'était la première fois que je lui parlais. On ne connaît pas les proches de ma bru car elle nous avait dit qu'elle avait beaucoup souffert chez eux et qu'elle ne voulait pas les voir.»

C'est là qu'elle a dit à Nooshreen qu'il ne s'agissait pas d'un décès «normal», confie la mère d'Ashar. Elle lui a également dit être en présence d'une photo montrant que l'enfant porte «ene tas blé» au visage. «Environ deux mois de cela, j'ai trouvé ces tâches sur le visage d'Ayaan. Lorsque j'ai interrogé Nawsheen à ce sujet, elle m'a dit que le petit souffre d'une allergie de la peau. Je lui ai dit qu'il fallait emmener l'enfant à l'hôpital. Et ils l'ont fait. À leur retour, le couple m'a dit qu'il s'agissait d'un champignon et que le médecin avait donné une pommade pour le soigner», raconte la quadragénaire. La photo en question, ajoute-elle, avait été prise par sa fille, qui aime la photographie.

«Il était un garçon tranquille (... ) avant qu'on ne découvre qu'il prenait de la drogue»

Selon Waheda Sobratee, son fils aîné, Ashar, a toujours été de nature réservée. «Il n'est pas attaché à moi ou à son père, et encore moins à sa sœur», dit-elle. Il a étudié jusqu'à la Form III (maintenant Grade 9) au collège Impérial, avant de passer au Curepipe College, où il a étudié jusqu'à la Form IV (désormais Grade 10). «Comme il n'avait pas la tête dans les études, mon époux a mis fin à sa scolarité. Il restait à la maison. Il aimait s'adonner à la plantation», raconte la quadragénaire. Comment Ashar est-il alors tombé dans l'enfer de la drogue ? «Samem ki pa koné la. Ek frékantasion. Des fois, lorsqu'il revenait à la maison, il était colérique. Alors qu'auparavant, c'était un garçon tranquille. Il avait 20 ans lorsqu'on a découvert qu'il prenait de la drogue. Son père a entrepris des démarches pour qu'il suive un traitement de méthadone», affirme Waheda Sobratee. Lorsque les parents ont appris qu'il était tombé amoureux de Nawsheen, ils ont consenti à leur union. «Ma bru nous a dit qu'elle s'était séparée de son époux alors qu'elle était enceinte de trois mois. Elle disait que son époux la frappait et qu'il consommait de la drogue», confie Waheda Sobratee. Elle nous a raconté qu'elle habitait chez sa tante paternelle et «li ti pé pas boukou mizer». On s'est dit qu'elle n'avait personne. Vu qu'Ashar et Nawsheen s'aimaient, on a consenti à leur mariage religieux.»

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.