Maroc: Tensions Maroc-Front Polisario - Le mouvement séparatiste prêt à en découdre avec Rabat

La situation continue d'être tendue entre les deux parties après l'annonce, le 13 novembre, d'une rupture du cessez-le-feu de 1991 par les indépendantistes sahraouis en riposte à une opération militaire marocaine dans une zone-tampon de l'extrême sud du Sahara occidental. L'opération du royaume chérifien visait à rétablir le trafic routier coupé par des séparatistes au niveau du poste-frontière de Guerguerat.

Des sources concordantes font état d'échanges réguliers de tirs le long du mur scindant l'immense territoire désertique que se disputent, depuis des décennies, le pouvoir marocain et les indépendantistes. Pour le Polisario, l'intervention marocaine à Guerguerat a sonné le glas du cessez-le-feu signé sous l'égide de l'ONU après 15 ans de combats. Ce mouvement armé de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 par les indépendantistes, a décrété « l'état de guerre » et continue d'agresser le Maroc.

Des « attaques massives » sont menées contre le mur de défense marocain, affirme le ministère sahraoui de la Défense, précisant que les secteurs d'Al Farcia, Amgala, Haouza, dans le nord du territoire et le secteur d'Oum Dreyga, dans le centre, ont été également visés. « Les combattants du Polisario poursuivent leurs frappes contre les repaires de l'ennemi », ajoute-t-il.

Pour Mohamed Salem Ould Salek, un représentant du Polisario, « la fin de la guerre est liée désormais à la fin de l'occupation illégale » de la partie sous contrôle marocain. L'arrêt des hostilités dépend aussi de l'application pleine et entière de l'accord de 1991, qui prévoit l'organisation d'un référendum d'autodétermination jamais mis en œuvre, souligne-t-il.

Malgré l'engagement du Polisario d'entrer en guerre contre le Maroc, le roi Mohamed VI affirme son « attachement au cessez-feu » et avertit qu'il demeure « fermement déterminé à réagir avec la plus grande sévérité et dans le cadre de la légitime défense, contre toute menace » à la sécurité de son pays, incluant implicitement la zone du Sahara contrôlée par Rabat.

Le roi Mohamed VI pour « une solution réaliste et réalisable »

Le souverain assure au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, que son pays « continuera à soutenir ses efforts dans le cadre du processus politique (...) permettant une solution réaliste et réalisable dans le cadre de la souveraineté du Royaume ». Pour éviter la dégradation de la situation, l'ONU exhorte les parties « à la retenue et à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire diminuer la tension ».

Dans ce contexte de tensions très fortes dans l'ancienne colonie espagnole au statut toujours indéfini, la Jordanie envisage d'ouvrir un consulat à Laâyoune, au Sahara occidental. Amman n'est pas la première capitale à prendre partie pour le Maroc. En effet, depuis fin 2019, au total 16 pays ont déjà ouvert des représentations diplomatiques dans cette ville et à Dakhla, grand port de pêche situé plus au sud, au terme d'efforts intenses de la diplomatie marocaine. Des actions qui sont très mal accueillies par le Polisario qui considère l'ouverture de ces représentations diplomatiques comme une « violation du droit international et une atteinte au statut juridique du Sahara occidental en tant que territoire non autonome ».

En ce qui concerne les tensions actuelles, plusieurs Etats occidentaux et du Moyen-Orient dont la France et la Jordanie saluent la position marocaine visant à sécuriser la circulation des personnes et des biens dans la région d'El Guerguerat au Sahara marocain, à la frontière avec la Mauritanie, sur un axe routier crucial pour le commerce avec l'Afrique subsaharienne.

Le Maroc contrôle les trois quarts du territoire sahraoui et considère la bande ouest, riche en phosphate et en eaux poissonneuses, comme sienne. Rabat, qui veut une autonomie de l'ancienne colonie espagnole sous sa souveraineté, s'est récemment félicité que la dernière résolution du Conseil de sécurité « ne contienne aucune référence au référendum, alors qu'elle se réfère à six reprises à la solution politique ». Notons que les négociations impliquant les parties concernées ainsi que l'Algérie et la Mauritanie sont au point mort depuis 2019.

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