Madagascar: Ils ont fait le buzz - La nostalgie inavouée de l'administration publique

La photo ancienne d'un gendarme blanc et d'un classé « indigène », une certaine idée de l'administration au rapport « civilisé/sauvage » de l'époque.

Ces derniers temps sur les réseaux sociaux, ces images de haut(e)s employé(e)s fraîchement nommé(e)s accueilli(e)s comme des héro(ïne)s dans leurs régions de nomination ont été largement diffusées. Tout cela, cimenté par les remerciements anticipés et les mots d'encouragement, parfois intéressés, de centaines d'internautes. Ces scènes sont récurrentes depuis des décennies, au point de devenir des normes institutionnelles.

Le personnage au centre de cet intérêt régional débarque ou arrive aux portes de la ville. Une masse populaire l'accueille tout le long du trajet qui le mène à ses bureaux. Sans oublier la présence des écoliers ou des lycéens du public, un véritable luxe puisque les enfants sont « l'avenir de ce pays ». Ces derniers sont sûrement contraints d'être là, pauvres moutons gavés à l'ordre établi.

De telles images dataient déjà de l'ère coloniale. Quand les nouveaux gouverneurs de l'administration passaient dans une ville, il fallait leur montrer que tous les efforts de civilisation diffusés par la France étaient bien en place. Ecoliers, médecins, policiers, maîtres d'école issus de la classe « indigène »... sous le regard de dresseur de cirque du prêtre blanc, se devaient d'être présents et dignes.

Et rendant homogène cet attroupement d'accueil : la masse populaire. Comble du luxe, avec des petits drapeaux tricolores. Elle vénère par des applaudissements les gouverneurs à chaque élégie sur la magnificence d'une « France, pays de race blanche » selon le supremaciste De Gaulle, apportant la seule lumière valable pour illuminer la mentalité des sauvages et des « idolâtres ».

En ces jours modernes d'avènement des voitures électriques, l'histoire semble se répéter chez certaines autorités malgaches. Très gauches tout en voulant être martiales du haut d'un tout-terrain, quand elles font des « coucou » aux haies populaires sur le trajet menant à leur bureau. Ensuite, dans un souci de pro-activité, leur service de communication s'empresse de diffuser les images et les commentaires élogieux sur « Facebook ». Le numérique : la différence entre le XIXe siècle et le XXIe tout de même.

Ce protocole d'accueil colonial réactualisé démontre à quel point cette forme d'administration archaïque basée sur le schéma civilisé/sauvage a laissé des traces profondes dans le rapport des malgaches avec l'administration. Si la 5G va bientôt arriver sur le territoire national, il faut l'admettre, des pratiques publiques semblent encore être restées à l'époque des pigeons voyageurs. A moins que quelques individus, ethnies (à comprendre par nationalité, mais non par groupe humain, élites ou groupes d'intérêts... ) y trouvent toujours un certain plaisir ou du prestige.

Plus de: Midi Madagasikara

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