Burkina Faso: Retrait de 5 commissaires de la CENI - Une stratégie de blocage inopportune et inutile

Newton Ahmed Barry, au centre, le président de la Céni avec les 9 commissaires qui ont accepté de poursuivre la proclamation des résultats au Burkina Faso, le 24 novembre 2020.

La CENI a donc finalement repris hier mardi 24 novembre 2020 dans l'après-midi la série de proclamations des résultats partiels provisoires. Toujours à dose homéopathique, commune après commune.

Sur les quelque trois cent cinquante entités que compte le Burkina Faso, la Commission ne s'était penchée que sur une cinquantaine au moment où nous bouclions la présente édition.

Cette reprise intervient, on le sait, après une pause forcée survenue lundi soir suite au retrait de cinq commissaires de l'opposition sur les quinze que compte l'institution.

Principal grief : la non-effectivité de la compilation manuelle, pourtant prévue par le Code électoral, au niveau de certains centres communaux de compilation des résultats (CCCR).

Nonobstant les tractations tous azimuts et la décision à l'unanimité des membres de la CENI de rétablir la procédure prescrite au niveau des communes défaillantes, les cinq boycotteurs de la proclamation des résultats ont maintenu leur mot d'ordre de politique de la chaise vide au centre névralgique de Ouaga 2000 où Newton Ahmed Barry a installé son quartier général.

La CENI ayant sept jours pour annoncer les résultats provisoires, ses dix membres restants ont donc décidé de poursuivre le travail. Et on peut et doit les comprendre.

Que le double scrutin du 22 novembre 2020 ait été émaillé d'irrégularités et de dysfonctionnements, tous en conviennent, sans qu'on puisse affirmer qu'ils sont de nature à impacter véritablement la sincérité du vote.

Et quand bien même Newton en serait le premier responsable, ses collègues, y compris donc ceux qui se sont retirés de la procédure de proclamation, le sont collégialement.

Faut-il croire qu'il y a une stratégie manifeste de blocage de la part des opposants qui, en désespoir de cause, veulent gripper la machine ?

La question mérite d'être posée d'autant plus que leur revendication matricielle, à savoir le décompte manuel, a finalement été prise en compte.

A vrai dire, peut-on s'étonner du « win vouka » qui se profile à l'horizon, comme le craignent les contempteurs du régime MPP ?

Une lecture lucide et dépassionnée du rapport de force entre les prétendants et du contexte dans lequel ces élections présidentielle et législatives sont intervenues permet de croire que non.

Voici en effet un président qui négocie son second mandat et, qui plus est, bénéficie à l'évidence de la traditionnelle prime au sortant dans des pays comme les nôtres où les populations sont volontiers légitimistes.

Certes, Roch Marc Christian Kaboré est allé en campagne lesté du poids de l'insécurité depuis son accession au pouvoir et dont ses opposants ont fait leur miel électoraliste, convaincus que là était le talon d'Achille de Roch qu'il fallait viser.

Sauf qu'ailleurs, ce fléau transfrontalier n'a pas empêché bien des candidats à leur propre succession de rempiler, à l'image d'Ibrahim Boubacar Kéïta du Mali, ou de Mahamadou Issoufou du Niger, pour ne citer que ces deux-là.

Au fur et à mesure que les résultats partiels tombent, on se rend compte que même dans les régions à fort déficit sécuritaire, le candidat du MPP et son parti tiennent la corde, comme si finalement les électeurs ne leur en tenaient pas aussi rigueur que ça.

Il y a aussi le fait qu'après cinq ans de gestion du pouvoir d'Etat, le MPP s'est naturellement renforcé et, comme tout parti au pouvoir, il a pu se constituer un trésor de guerre électoral pour faire la différence au moment venu.

Il en aurait été de même s'il s'était agi de l'UPC de Zéphirin Diabré, du MCR de Tahirou Barry ou de « Le Faso autrement » d'Ablassé Ouédraogo, pour ne prendre l'exemple que sur ces trois s'ils avaient décroché le cocotier en 2015.

Cette année (encore) face au locataire du palais de Kosyam, une douzaine d'adversaires pour qui l'essentiel était, pour le gros de la troupe, de participer.

En effet, hélas pour l'opposition, le Lion de l'UPC, qui aurait pu tailler de sérieuses croupières à Roch, n'a manifestement plus ses crocs d'antan, affaibli qu'il est, depuis, par les querelles intestines qui l'ont saigné et certainement fragilisé.

Plus que la victoire très probable de « l'Enfant de Tuiré », ce qui devrait inquiéter davantage Zeph, c'est même d'être devancé par Eddie Komboïgo, fort du capital de sympathie dont l'ancien président Blaise Compaoré jouit toujours auprès d'une partie des Burkinabè.

Quid de KDO si les tendances qui se dessinent devraient se confirmer, corroborant l'idée selon laquelle un technocrate aussi chevronné soit-il ne fait pas forcément un bon politique ?

Et ce n'est pas lui faire insulte que de dire qu'il a encore du chemin sur la voie qui mène à la conquête du pouvoir d'Etat.

Le CDP aurait d'ailleurs pu être un challenger à la hauteur de ses 27 ans d'hégémonie si les deux principaux légataires politiques de Blaise avaient surmonté leur ego pour s'aligner derrière l'un ou l'autre.

En allant donc en rangs dispersés, EKO et KDO ont abordé chacun la présidentielle sur des béquilles et contribué ainsi à dérouler le tapis rouge à leur principal adversaire. Et ils ne peuvent finalement s'en prendre qu'à eux-mêmes.

Irrégularités pour irrégularités, si coup K.-O. il devrait y avoir, ce ne serait pas scandaleux au regard de tout ce qui précède.

Et notre justice, qui a appris à être indépendante, un peu trop même au goût de certains, est là pour gérer le contentieux électoral sans qu'on ait besoin de ruer dans les brancards.

Raison de plus pour que les cinq commissaires frondeurs de la CENI reviennent à de meilleurs sentiments en reconsidérant leur stratégie de blocage inopportune, inutile et franchement inopérante.

Avec eux ou sans eux, la proclamation des résultats partiels provisoires est partie pour ne plus s'arrêter.

Car si pour une raison ou une autre la procédure venait à être interrompue avant terme, les conséquences seraient autrement plus dévastatrices.

Plus de: L'Observateur Paalga

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