Maroc: Les cliniques privées plus que jamais sur la sellette

Hanane Rihabe : Bon nombre de ces établissements ne sont pas au rendez-vous à un moment où le Maroc et les Marocains font face à la pandémie

Le scandale des cliniques privées qui fixent, en pleine crise sanitaire, des tarifs astronomiques pour l'hospitalisation des malades atteints de la ovid-19 et qui recourent à des pratiques illégales comme le dépôt de chèques de garantie pour la prise en charge des patients, continue de faire des remous. Cette amère réalité n'a pas laissé indifférente HananeRihab,membre duGroupe socialiste, qui a saisi l'occasion de la tenue de la séance des questions orales à la Chambre des représentants lundi dernier pour interpeller le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, à propos des pratiques de ces cliniques jugées « scandaleuses » par la députée socialiste.

Sans aller par quatre chemins, Hanane Rihab a vivement critiqué de telles pratiques en déclarant : «Nous sommes scandalisés par les pratiques et la cupidité des cliniques privées et parles conclusions qui ont résulté de la rencontre entre le ministère de tutelle et leurs représentants». Et de marteler: «Les cliniques privées n'ont pas été au rendez-vous au moment où le Maroc et les Marocains affrontent cette pandémie ». La députée ittihadie a, en revanche, salué les efforts consentis par le personnel travaillant dans le secteur de la santé publique durant cette crise sanitaire inédite. «Toute notre gratitude pour le personnel administratif et médical du secteur de la santé publique, toute notre gratitude pour ces soldats qui soignent les Marocains durant cette crise sanitaire que traverse notre pays», a-t-elle assuré.

Elle a, par ailleurs, souligné que son groupe parlementaire appelle au réalisme dans le traitement des questions se rapportant aux problèmes de la santé et refuse « les surenchères » politiciennes concernant ce sujet. Le ministre de la Santé a implicitement reconnu dans son intervention qu'il y a eu des cas de « dépassement destarifs des services médicaux fournis aux patients atteints de la Covid-19 », par certaines cliniques privées, et que son département a dû intervenir en vue de « trouver des solutions raisonnables pour mettre fin à ce phénomène avec la participation de toutes les parties concernées ».

Dans ce sens, Khalid Aït Taleb a rappelé les conclusions de la réunion tenue la semaine dernière (jeudi 19 novembre) à Rabat et consacrée à la poursuite de la coordination des mesures à prendre face aux dépassements flagrants des grilles tarifaires des soins médicaux offerts aux patients de la Covid-19, constatés dans certaines cliniques privées. Selon lui, une commission centrale et des commissions régionales seront chargées du suivi et du contrôle de la prise en charge des malades atteints de la Covid-19 dans les cliniques privées.

La commission centrale est composée de l'inspection générale du ministère, de l'Agence nationale de l'assurance maladie (ANAM) et de l'Ordre national des médecins. Les commissions régionales, quant à elles, sont composées des inspecteurs régionaux relevant du département de tutelle et des représentants des conseils régionaux de l'Ordre national des médecins, en coordination avec l'ANAM. Lors de cette réunion, présidée par le ministre de la Santé, l'accent a été mis sur le référentiel légal et contractuel en vigueur (loi 65-00, conventions nationales) et la nécessité de produire des pièces justifiant le dommage subi auprès des organes compétents(inspection du ministère de la Santé, l'ANAM). Acette occasion, le ministre de la Santé a souligné l'impératif de respecter le protocole et les tarifs référentiels, affirmant que tout dépassement sera traité avec vigueur et qu'en même temps, des solutions aux contraintes des cliniques privées seront recherchées, notamment en ce qui concerne le coût de la prise en charge des patients Covid19.

Boubker Largou, président de l'OMDH, a, pour sa part, dénoncé les pratiques des cliniques privées et les a considérées comme « illégales et immorales » à un moment où le Maroc traverse une crise sanitaire sans précédent dans son histoire. « Il y a deux secteurs principaux qui ont connu de telles pratiques pendant la pandémie, à savoir le secteur de l'enseignement privé et les cliniques privées, qui considèrent respectivement l'éducation et la santé comme une marchandise », tout en appelant « le gouvernement à agir avec une main de fer afin de mettre fin à de telles pratiques et de fixer des normes spécifiques pour les cliniques privées dans le cas de la prise en charge des malades infectés par la Covid-19 ».

Selon le président de cette ONG, de telles pratiques feront l'objet de l'un des principaux axes du rapport que l'OMDH est en train de finaliser sur la pandémie. Lequel rapport, intitulé «Pour une approche de droits de l'Homme des crises, des catastrophes et des pandémies : Le Maroc et sa lutte contre la Covid-19 comme modèle »sera présenté à la fin du mois de décembre prochain.

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