Cameroun: Fistules obstétricales - La délivrance est possible

De nombreuses femmes venant de diverses contrées et atteintes de cette pathologie retrouvent le sourire à l'Hôpital protestant de Ngaoundéré dans l'Adamaoua.

C'est une dame à la mine radieuse que nous avons rencontrée à l'Hôpital protestant de Ngaoundéré lundi, en début de matinée. Pauline B, âgée de 64 ans, originaire de la région du Nord plus précisément de l'arrondissement de Toubouro vient d'être opérée, car elle souffrait à cause d'une fistule obstétricale. « J'ai contracté cette pathologie à la suite d'un accouchement gémellaire difficile. Par la suite, j'avais perdu mes jumeaux. J'ai traîné cette fistule depuis 20 ans et ce n'est que récemment que j'ai appris que je pouvais être guérie chez les Norvégiens à Ngaoundéré.

J'ai été opérée en octobre dernier et je m'apprête à quitter l'hôpital en disant merci à Dieu » s'exclame-t-elle. Bien avant elle, au mois d'août dernier, c'est une septuagénaire sortie du bloc opératoire, après deux heures d'intervention chirurgicale qui retrouvait également le sourire quelques jours plus tard. Abandonnée par son époux, elle a vécu sept ans durant avec cette pathologie. Aujourd'hui délivrée, elle a repris goût à la vie et vaque à ses occupations. « J'avais honte de moi et je ne pouvais en parler à personne. Ceci pendant des années, parce que j'avais été rejetée par mon époux. Informée de la campagne du mois d'août, j'ai tenté ma chance. Et me voici à nouveau bien portante et je me sens femme à nouveau », confie-t-elle, soulagée.

C'est qu'en matière de prise en charge des femmes atteintes de fistules obstétricales, l'Hôpital protestant de Ngaoundéré est devenu une référence. C'est ici que convergent de nombreuses patientes venant des régions du Nord, de l'Est, du Sud, de l'Adamaoua et des pays voisins à l'instar du Tchad et de la RCA. La cause de cette pathologie reste pratiquement identique pour toutes les femmes : les accouchements difficiles. « J'ai contracté la maladie à la suite d'une délivrance prolongée et j'ai vécu avec cette maladie depuis 1995 », explique une autre patiente venue de Mbang Foulbé dans la région du Nord. Aujourd'hui après l'opération, une nouvelle vie a commencé pour elle malgré le traumatisme subi. « Avec mon incontinence urinaire, on m'a stigmatisée et isolée totalement dans la société. Le désespoir était tel que j'ai pensé au suicide à maintes reprises afin de mettre fin à ma souffrance physique et psychologique », a ajouté notre interlocutrice.

A Ngaoundéré, depuis le début de l'année jusqu'à date, ce sont 48 femmes qui ont trouvé la guérison dans cette formation hospitalière. D'ici le 30 novembre prochain, 21 autres sont attendues au bloc opératoire dont quatre sont déjà internées au centre de réparation des fistules obstétricales dudit hôpital. Il faut souligner que depuis 20l4, ce centre prend en charge les cas de fistules obstétricales grâce à l'accompagnement du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). Plus de 600 femmes en Afrique centrale ont déjà bénéficié du suivi préopératoire, de l'opération et du suivi post opératoire. Actuellement, l'on estime à 23 000, les cas de fistules obstétricales à travers le Cameroun qui nécessitent de passer au bistouri. Pour le Dr Pierre Laoussou, directeur de l'hôpital protestant de Ngaoundéré, le mariage précoce est l'un des facteurs qui cause cette maladie.

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