Cameroun: « Environ 20.000 femmes touchées au Cameroun »

interview

Pr. Pierre Marie Teube, gynécologue, obstétricien.

Professeur, qu'est-ce qui justifie la campagne de lutte contre les fistules obstétricales en cours ?

Les raisons de la campagne en cours contre les fistules obstétricales sont multiples. Il faut noter que sur le plan de l'existence de la maladie, nous estimons à environ 20.000, le nombre de femmes qui souffrent des fistules obstétricales au Cameroun. Nous estimons également qu'il y aurait 750 femmes, voir 1000 nouveaux cas qui surviennent chaque année dans notre pays. Sur le plan social, les conséquences de la fistule obstétricale sont multiples. Nous notons que plusieurs malades sont abandonnées par leurs familles. Et 15% des femmes souffrant de ce mal avouent qu'elles ont pensé à s'ôter la vie. Il faut savoir que c'est une affection qui touche des femmes qui ont peu de moyens financiers et des difficultés à accéder aux soins. D'où la nécessité d'organiser cette campagne de levée de fonds afin d'avoir des moyens pour pouvoir les opérer.

Quelles sont les conséquences de cette maladie sur la vie des femmes ?

La première conséquence est médicale. Vous avez à faire à une femme qui a des urines ou des selles qui coulent en continu et qui dégage des odeurs nauséabondes, c'est pourquoi elle a tendance à être abandonnée par tout le monde. Ce qui peut aussi entraîner des répercutions sur le plan économique, car si elle avait une activité commerciale, personne ne voudra plus approcher son commerce. Si elle était dans une école, ça devient difficile pour ses camarades de supporter sa présence. Et bien évidement cela va la pousser à la dimension psychique qui va la pousser à se suicider ou à s'isoler. N'oublions pas aussi que sur le plan clinique, il y a souvent des irruptions cutanées dû au fait d'avoir les urines et les selles en permanence sur la peau. Cela cause aussi des irritations, des plaies voire des infections.

Est-il possible d'éviter ce mal ?

Les facteurs qui favorisent les fistules obstétricales sont à plusieurs niveaux. D'abord au niveau individuel, la taille de la femme, les grossesses précoces et la non scolarisation. Au niveau de la communauté, le fait que les parents pensent que la fille est un moyen pour avoir de l'argent et l'envoient précocement en mariage. Dans certaines régions du pays, où le phénomène est récurrent, les femmes enceintes sont trop jeunes. En plus, elles ne font pas les consultations prénatales et ont des accouchements non assistés par un personnel médical. C'est ainsi qu'un accouchement difficile qui devait être géré professionnellement en milieu hospitalier à travers une opération par exemple va se retrouver en train de se compliquer encore plus et va entraîner la déchirure des parties génitales et se conclure par une fistule obstétricale.

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