Ile Maurice: Wazil Ally Meerkhan - «J'ai accidentellement roulé sur la policière que je n'avais pas vue»

26 Novembre 2020

«Oui, j'ai roulé sur la policière mais c'était par accident.» C'est ce qu'a déclaré Wazil Ally Meerkhan, le principal suspect dans le meurtre de la policière Dimple Raghoo. Il est passé aux aveux hier, mercredi 25 novembre. C'est en présence de son avocat, Me Assad Peeroo, qu'il s'est rendu au siège de la Major Crime Investigation Team (MCIT) pour raconter les circonstances de l'acte qu'il a commis.

Selon nos recoupements d'informations, Wazil Ally Meerkhan, accusé de meurtre et de trafic de drogue, a reconnu avoir lancé la voiture qu'il conduisait sur les policiers qui étaient devant le portail du complexe commercial Bo' Vallon et les avoir fauchés, mais il dit ne pas avoir vu la policière. L'homme de 26 ans, qui ne détient pas de permis de conduire, a été appelé à prendre le volant du véhicule pour la distribution de la drogue sans savoir qu'ils tomberaient dans le piège d'un exercice de controlled delivery. «Je ne sais pas comment elle s'est retrouvée sous la voiture», précise-t-il.

À l'express, Me Peeroo, qui a essuyé une pluie de critiques sur les réseaux sociaux, pour avoir accepté de défendre Wazil Ally Meerkhan, a tenu à expliquer la raison de ce choix. «Tout avocat prête serment pour représenter celui qui sollicite ses services, indépendamment de la race, du crime, de la couleur, entre autres, du suspect. D'ailleurs, nous avons eu un entretien et dans cet échange, Wazil Ally Meerkhan m'a dit qu'il conduisait la voiture qui a heurté la policière Raghoo et qu'il était prêt à reconnaître son crime. Mon rôle est d'assister mon client et non pas de lui mettre des mots dans la bouche ou de l'aider à changer sa version», indique l'homme de loi, qui estime que c'est un délit que les internautes commettent sur les réseaux sociaux.

«Ces internautes, sans connaître la loi, se permettent de nous insulter, nous les avocats, et vont jusqu'à proférer des injures à notre encontre. Si besoin est, plus d'une centaine de personnes pourraient se retrouver derrière les barreaux pour violation de l'ICT Act.»

Mais qui est Wazil Ally Meerkhan, le principal suspect, qui a, dans un premier temps, pris la fuite ? Selon ses proches, il venait de prendre de l'emploi dans une pizzeria il y a trois semaines. «C'est là qu'il a fait la connaissance de ce Dylan Carman. Je dirai plutôt qu'il a mal choisi ses fréquentations et voilà les conséquences... Linn rant dan enn mové angrénaz», confie un proche.

Un autre membre de sa famille décrit cet homme marié comme quelqu'un de «calme et de naïf».

A-t-il pris la relève de son oncle Tirania ?

Selon nos informations, Wazil Ali Meerkhan est le neveu d'Oomar Karrimbaccus, alias Tirania, arrêté pour son implication dans la saisie de 110 kg d'héroïne valant Rs 1,7 milliard en octobre 2018 au large de Coin-de-Mire. Il était considéré comme le «cerveau» de cette affaire. Or, selon nos sources, il y a quelque temps, Wazil Ali Meerkhan a déserté le toit familial et habitait loin de ses proches. La police le soupçonne de trafic de drogue. D'ailleurs, selon les enquêteurs, le jeune homme aurait repris les affaires de son oncle Tirania, actuellement en prison.

Selon un proche du dossier, Wazil Ali Meerkhan est un as du volant et prêt à tout. «Li éna léker pou sa... » Par ailleurs, les enquêteurs de l'ADSU tenteront de clarifier le lien entre Dylan Carman, Hashimkhan Hyderkhan, Jordan Cliff Ah-Kang et Wazil Ali Meerkhan. Ce dernier, soupçonnent les enquêteurs, achèterait de la drogue à Jordan Cliff Ah-Kang. Les limiers de la MCIT ont arrêté le fournisseur allégué à son domicile, à Roche-Bois, mardi.

De la drogue estimée à Rs 1,7 md retrouvée sur un hors-bord en 2018

C'est lors d'une opération de surveillance, menée par la National Coast Guard et l'ADSU de la division Nord, le mardi 30 octobre 2018, dans les parages du Coin-de-Mire, qu'environ 110 kg d'héroïne, répartis dans cinq sacs, ont été interceptés sur un hors-bord. Les trois hommes qui s'y trouvaient avaient été arrêtés. Le montant de la drogue était estimé à plus de Rs 1,7 milliard. Selon la version du principal suspect, Tirania, ce serait sa belle-sœur, Taslima Peerkhan Bruls, et le trafiquant Asraf Mohamed Ali qui avaient commandité toute cette affaire depuis la prison. Asraf Mohamed Ali, qui se fait appeler «le roi du Brown Sugar», a été condamné, en juin 2011, par la Cour suprême à 35 ans de prison pour une livraison de drogue valant Rs 12 millions. Il avait auparavant échappé à la prison à deux reprises, pour une affaire d'importation d'héroïne valant Rs 38 millions.

Arrestation d'Hashim Hyderkhan : «Un jeune homme sans histoire», affirment ses proches

Hashimkhan Hyderkhan, le propriétaire de la voiture qui a heurté la policière Dimple Raghoo mardi dans la cour du Bo'Vallon Mall et causé sa mort, a comparu hier en cour de district de Port-Louis. Il répond de quatre chefs d'accusation provisoires de trafic de drogue. Arrêté dans la nuit de mardi, le suspect a été reconduit en cellule policière après que la police a objecté à sa remise en liberté non seulement pour sa propre sécurité mais aussi en raison du risque qu'en le laissant en liberté, il pourrait fuir ou récidiver comme trafiquant de drogue.

L'implication de cet homme de 29 ans dans ce trafic de drogue n'est pas encore bien définie. Hashimkhan Hyderkhan s'est rendu au poste de police de Phoenix après avoir appris que sa voiture, louée par l'un des suspects, a été impliquée dans la mort tragique de la policière de l'ADSU. Il a alors été placé en état d'arrestation et sa maison à la rue d'Artois, à Port-Louis, a été perquisitionnée. Les policiers y ont découvert 6,5g de cannabis, emballés dans du plastique, de même que Rs 27 000, qui proviendraient du trafic de drogue. De plus, 3,5g de résine de cannabis ont également été retrouvés chez ce salesman, ainsi que 40 graines de cannabis. La valeur marchande de cette drogue est de Rs 11 500.

Il a été traduit en justice sous trois chefs d'accusations : possession de cannabis dans le but d'en faire un trafic et la culture de cette plante prohibée. Mais Hashimkhan Hyderkhan fait aussi l'objet d'une accusation provisoire de holding equipment for the purpose of using it for the unlawful production of cannabis.

Son panel d'avocats, composé de Mes Sanjeev Teeluckdharry, Anoup Goodary et Arshaad Inder, a présenté une motion pour sa remise en liberté. Motion qui sera débattue le 2 décembre.

Qui est au juste Hashimkhan Hyderkhan ? Dans son entourage, cet homme est connu comme quelqu'un de très calme et de courtois. Il n'avait pas de casier judiciaire jusqu'ici. «Il est dans le business de location de voitures depuis pas mal de temps, et hier, il a loué un de ses véhicules à l'un des suspects, qui habite la même région que lui», raconte un de ses proches.

Gérant aussi l'affaire familiale de pièces de rechange et d'achat et de vente de véhicules, Hashimkhan Hyderkhan est décrit comme un bosseur. «C'est un garçon sans histoire, qui travaille dur», déclare un autre proche.

Absence de badauds pour la comparution de Dylan Carman en cour de Curepipe

L'arrivée de Dylan Carman en cour de Curepipe hier matin pour sa comparution, s'est déroulée dans un calme sidérant et sans attroupement de badauds, le leurre volontaire de la police, qui avait annoncé qu'il serait traduit en cour de Mahébourg, ayant parfaitement fonctionné. Le jeune homme est accusé du meurtre de la policière Dimple Raghoo et de trafic de drogue.

C'est après les douze coups de midi que les sirènes des voitures de police se sont fait entendre à la rue Sir Winston Churchill, à Curepipe. Quelques secondes plus tard, devant la cour de Curepipe, Dylan Carman a fait son apparition dans une fourgonnette blanche sous forte escorte policière, soit quatre véhicules de la Special Supporting Unit (SSU).

Il n'y avait pas que la dizaine d'agents de cette unité à être présents. Ils étaient plusieurs éléments d'autres unités dont ceux de la force régulière et de la Central Investigation Division. La forte mobilisation des membres de la SSU en combinaisons de protection et munis d'armes et de boucliers était impressionnante. C'est dans un silence pesant qu'ils ont fait écran autour de Dylan Carman, lui ouvrant un passage pour qu'il puisse entrer en cour.

Le suspect était presque plié en deux sous la pression exercée par un des policiers, si bien qu'on avait du mal à voir son visage, déjà partiellement recouvert d'un casque. Il portait aussi un gilet pare-balles que les policiers lui ont fait enfiler à sa descente de la fourgonnette. Tous les policiers présents étaient aux aguets, veillant à ce qu'il n'y ait aucune tentative d'agression à son encontre. Sa comparution n'a duré que quelques minutes. Dylan Carman en est ressorti, toujours sous forte escorte policière, et a regagné la fourgonnette blanche dans laquelle il était arrivé.

Plus de: L'Express

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