Sénégal: Gouvernement à la presse - Deux experts passent à la loupe la communication institutionnelle

26 Novembre 2020

Avec l'absence d'un Premier ministre, le Gouvernement appréhendait un vide communicationnel dans le relais de son action. Il a organisé, mardi, son premier « face à la presse ». Deux communicants reviennent sur le format avec une mise en perspective de ce qui existait de Senghor à Wade en passant par Diouf.

« C'est une nouveauté en termes de formule. C'était très attendu par tous. Sur cet aspect, c'est une très bonne chose d'innover », juge d'emblée Momar Thiam, conseiller en communication et directeur de l'école des Hautes études en information et communication de Dakar (Heic).

Pour Jean Sibadioumeg Diatta, consultant en communication, c'est une initiative salutaire qui consiste à rendre visible l'action gouvernementale.

« Il faut noter que le Gouvernement semble mesurer l'importance de la communication publique dans la gouvernance du pays.

Outre le fait d'assurer l'information nécessaire au fonctionnement des services publics, la communication publique doit rendre compte des politiques publiques, rendre lisibles l'institution et ses décisions, montrer le sens, l'ambition, les conséquences et les contraintes des choix publics.

Sa mission principale est de servir ce qu'on appelle l'intérêt général et la démocratie », liste-t-il.

Les deux communicants sont d'accord sur un fait : depuis 2012, les différents Gouvernements du Président Macky Sall ont multiplié les initiatives dans la communication institutionnelle, même si « certaines ont montré leurs limites ».

Concernant le choix des huit ministres, Jean Diatta convoque d'abord Dominique Wolton qui dit qu'en matière de communication, « le plus compliqué n'est ni le message ni la technique, mais le récepteur », pour montrer que c'est une bonne chose d'avoir une « pluralité de messages destinés aux citoyens ». Momar Thiam est plus nuancé en posant des doutes sur l'embouteillage du message.

Le directeur de Heic embraye en indexant que certains ministres répondaient en wolof et d'autres en français. « Il fallait, dès le départ, faire le choix de la langue ; ce qui éviterait des distorsions de langue », constate-t-il.

« Cette méthode pourrait être expérimentale pour un casting final de deux ou trois ministres pour un message plus clair », conseille-t-il. Toutefois, les experts se retrouvent sur l'idée de mieux positionner le Bureau d'information gouvernemental (Big), créé en 2017.

Quid de Senghor, Diouf et Wade ?

La nouvelle trouvaille du Gouvernement est un point de césure historique dans la dynamique impulsée à ce secteur depuis 1960. « La communication de Senghor a été réduite à des éléments de langage. Il était beaucoup plus dans les actes.

Diouf était plus administrateur que communicant. Wade était un bon tribun. Il avait compris que la communication était un moyen pour parler en action. Il avait compris l'omniprésence de la télévision et de ce que les médias sociaux allaient devenir », entame Momar Thiam.

L'analyse de Jean Diatta, également enseignant-chercheur à l'Université Assane Seck de Ziguinchor, diffère sur certains aspects : « Avec Senghor, il y avait une communication qui s'appuyait sur le média d'État, le seul d'ailleurs.

La communication gouvernementale était centralisée autour du Président Senghor. Abdou Diouf a légèrement changé de forme avec notamment la création de la Direction de l'information et des relations publiques (Dirpa) dans le contexte de crise casamançaise.

La propagande dans la communication publique, nous la retrouvons aussi chez Wade », rappelle l'universitaire et communicant.

Plus de: Le Soleil

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