Maroc: Partenariat Euromed - Trois questions à Marie Ruyffelaere, chercheuse à l'Université libre de Bruxelles

Bruxelles — Dans un entretien accordé à la MAP, Marie Ruyffelaere, chercheuse spécialisée des relations euro-méditerranéennes au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB), fait le bilan des 25 ans du Processus de Barcelone, tout en mettant la lumière sur la Politique européenne de voisinage et sur les perspectives du partenariat euro-méditerranéen à la lumière de la pandémie de la Covid-19.

1. Quel bilan faites-vous du partenariat euro-méditerranéen, 25 ans après le lancement du Processus de Barcelone ?

Le Processus de Barcelone visait initialement une meilleure coordination régionale de la coopération entre les différents pays du Sud de la Méditerranée et l'Union européenne (UE). Son moteur principal est de faire de la Méditerranée une zone "de paix et de prospérité partagée".

Si l'on souhaite établir un bilan, le premier élément à souligner, c'est l'échec de l'objectif principal qui était de créer une intégration/approche régionale. Jusqu'aujourd'hui, la plupart des partenariats entre l'UE et les pays du sud de la Méditerranée sont bilatéraux et non régionaux. Pour ce qui est du volet économique, il n'existe toujours pas de zone de libre-échange, 25 ans après le lancement du Processus de Barcelone. À partir de 2004, l'UE a créé uniquement des traités de libre-échange de manière individuelle avec les différents pays.

En revanche, la lutte contre le terrorisme et le maintien de la sécurité dans le bassin méditerranéen ont été, et restent des priorités du partenariat euro-méditerranéen. Ils ont été renforcés après 2001, et on peut dire qu'ils sont aujourd'hui la priorité principale du Partenariat Euromed.

D'une manière générale, je dirais que le partenariat euro-méditerranéen n'a pas atteint ses principaux objectifs, mais il a tout de même permis de créer un cadre de coopération durable entre l'UE et les pays sud-méditerranéens. D'une autre façon, le Partenariat Euromed "rappelle" l'existence d'un partenariat, et force au dialogue. Il a permis la création de traités de libre-échange, qui permettent aux pays sud-méditerranéens un accès privilégié au marché européen. Il encourage aussi la coopération autour de la gestion des ressources (notamment la gestion de l'eau, l'environnement, des énergies) régionales. Outre le soutien financier de l'UE aux pays du sud de la Méditerranée, qui s'est créé dans le cadre du Processus de Barcelone et qui est régulièrement renouvelée (+/- tous les 5 ans). Ainsi, on observe des éléments de coopération non-négligeables entre l'UE et le sud de la Méditerranée entre 1995 et 2020, bien que les objectifs fondateurs restent non-atteints.

2. Est-ce que, selon vous, la Politique européenne de voisinage a contribué à renforcer le partenariat euro-méditerranéen?

- La Politique européenne de voisinage (PEV) instaurée en 2004 et la Politique européenne de voisinage révisée (NPEV) mise en place (2015) ne constituent pas à mon avis des tournants importants dans la coopération Nord-Sud dans l'espace euro-méditerranéen, mais elles ont permis la création d'accords d'association bilatéraux en 2004 et leur renouvellement à partir de 2015.

La PEV et la NPEV ont, de même, offert à l'UE des opportunités pour dialoguer avec ses partenaires et établir une liste de priorités communes selon les intérêts de chacun.

En 2018, l'UE a annoncé souhaiter mettre un terme à sa politique de voisinage, afin d'harmoniser toutes ses pratiques globales dans un même cadre. Il s'agira de la politique européenne "de voisinage, de développement et de coopération internationale", qui devrait entrer en vigueur en 2021.

Cette nouvelle politique va définir de nouveaux objectifs et harmoniser les pratiques de l'UE dans le monde. Toutefois, je pense que ces objectifs vont continuer à être définis et mis en œuvre dans le cadre de partenariats bilatéraux, et c'est difficile de dire si on peut s'attendre à de grands changements dans la coopération euro-méditerranéenne dans le cadre de cette politique européenne "de voisinage, de développement et de coopération internationale".

3. Pensez-vous que la pandémie de coronavirus pourrait donner une nouvelle impulsion au partenariat Euromed à la lumière des défis majeurs imposés par cette crise?

- Je crois qu'au mieux, la crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus va renforcer la coopération économique entre l'UE et ses partenaires du sud de la Méditerranée et va s'accompagner d'aides financières supplémentaires. Mais il se peut aussi que l'UE décide de se concentrer sur sa propre crise économique et sociale, et renforce des mesures protectionnistes.

Je pense qu'on va pouvoir observer des initiatives régionales à caractère économique et commercial en vue de soutenir les secteurs industriels et énergétiques, mais je serais surprise que le développement socio-économique soit adressé de manière prioritaire.

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