Sénégal: Voir ou revoir - « Le mandat » d'Ousmane Sembène

Prix de la critique internationale au festival de Venise en 1968, « Le Mandat » est une fresque fabuleuse de la société sénégalaise, peu après l'indépendance. Le film donne à voir une société où seuls les malins vivent aisément.

Sorti en 1968 et réalisé par Ousmane Sembène, « Le mandat » est une adaptation de son roman éponyme. Le long-métrage d'environ 1h 30 min s'ouvre sur Ibrahima Dieng, un citoyen sénégalais qui vit paisiblement avec ses femmes et ses enfants, malgré sa situation financière critique. Un jour, le facteur lui apporte le courrier d'un mandat de 25 000 francs CFA de la part de son neveu, immigré à Paris. Dans ce mandat, il doit uniquement garder 2 000 francs, le reste devant être remis à sa sœur.

Mais, dans le quartier la nouvelle s'est déjà répandue. Amis, voisins et famille voient dans cette promesse d'argent leur issue de secours. Ibrahima se montre généreux envers tous et ne refuse pas les crédits, ainsi que les petits services. Seulement quand il veut toucher l'argent à la poste, on lui demande sa carte d'identité, qu'il ne possède pas. Et c'est le début d'une épopée dans les méandres d'une administration vénale et absurde... où Ibrahima se retrouve victime d'un morceau de papier qui le laissera plus misérable qu'il n'était. Un bout de papier qui révèle les hypocrisies d'un quartier prétendu solidaire. A travers ces errances, son odyssée, le masque tombe brutalement sur une société où tout le monde vole tout le monde.

A travers ce film, « Le mandat », Sembène Ousmane pose un regard amusé et satirique sur ce mal tout puissant qui se fait gruger, incapable de se défendre contre les malices de l'administration et les petits escrocs de son entourage. Un regard touchant aussi, car au fil de l'histoire on s'attache à l'honnêteté naïve, mais salutaire de cet homme pris dans le filet inextricable des mensonges quotidiens. Sembène donne à voir également un quotidien, une ambiance et des personnages parfaitement authentiques. Interprété en Wolof avec des musiques de griot en fonds issues du terroir, Le mandat reflète parfaitement le Sénégal de l'époque.

Né en 1923 à Casamance au Sénégal, Ousmane Sembène est connu dans le monde comme le « père » des films africains. Sa carrière couvre plus de cinquante ans, durant laquelle il a produit cinq romans, cinq recueils de nouvelles et il a tourné quatorze films. Issu d'un milieu modeste, comme le peuple pour lequel il essaye de parler en tant qu'écrivain et cinéaste, ses œuvres montraient les luttes et problèmes que les Africains devraient affronter après avoir gagné l'indépendance. Partisan de la liberté et de la justice politique et sociale pour son peuple, il est décédé en juin 2007 à Dakar.

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