Sénégal: Violences faites aux femmes - Des abus renforcés par la Covid-19

28 Novembre 2020

La pandémie de la Covid-19 a augmenté les violences à l'encontre des femmes, comme le révèle une étude la Fondation Heinrich Böll et l'Association des juristes sénégalaises (AJS). Les difficultés économiques liées à la pandémie sont à l'origine de beaucoup d'agressions à l'égard de ces dernières.

Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, célébrée le mercredi 25 novembre et des 16 jours d'activisme (du 25 novembre au 10 décembre 2020) contre les violences faites aux femmes, retour, avec statistiques à l'appui, sur des formes et catégories de ces abus à l'égard des femmes pendant et avant la Covid-19 au Sénégal.

«Depuis l'apparition de la pandémie de la Covid-19, les données et les rapports provenant de ceux évoluant en première ligne montre que tous les types de violences contre les femmes et les filles et surtout les violences domestiques sont accrues», signale l'ONU, à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, célébrée le mercredi 25 novembre sous le thème sous le thème : «Orangez le monde : Financez, intervenez, prévenez, collectez!». Le Sénégal est concerné par cette hausse.

Une étude de la Fondation Heinrich Böll et l'Association des juristes sénégalaises (AJS), l'atteste. «Les femmes victimes des violences recensées au niveau des boutiques de Droit de l'AJS représentent 43,8% avant Covid-19 (janvier à février) contre 56,2% durant la période Covid-19 (avril à mai) passant de 67 à 86 ; soit une augmentation de 12,4%», peut-on lire sur le site de la fondation.

Ces violences sont de tous genres : économiques, sexuelles, physiques, psychologiques, conjugales et droits de la famille, signale-t-elle. «En période de pandémie, la demande d'assistance pour motif de violence économique a augmenté.

Comparées aux nombres de cas en période avant Covid, les femmes sont deux fois plus victimes de violence économique en période Covid ; soit 64,9 % des cas enregistrés durant ces deux périodes», indique le rapport.

COMMUNICATION, ETAT D'URGENCE ASSORTI DE COUVRE-FEU «FATALS» AU FEMMES DE L'INFORMEL

La majorité des cas de demande d'assistante reçus en cette période de pandémie se retrouvent dans le secteur informel et occupent en majorité des emplois peu payés. Ces femmes ont le plus souvent en charge toute la famille. Cette violence s'explique par les mesures restrictives prises aux premières heures de la pandémie.

Le chef de l'Etat, avait pris la décision d'interdire tout rassemblement y compris dans les lieux de commerce, les aéroports fermés et le respect des mesures barrières, devenu une exigence, conformément à l'état d'urgence assorti de couvre-feu.

Ces directives ont fortement impacté les femmes qui sont pour la plupart dans le secteur informel. Selon l'Enquête régionale intégrée sur l'emploi et le secteur informel de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) de 2017, les femmes dirigent plus de la moitié des unités de production informelle, soit 51,1%.

Elles sont plus occupées dans les «activités d'hébergement et de restauration» (94,4%). Elles se retrouvent en grande partie avec un emploi informel dans les branches «Activités spéciales des ménages» (96,5%), «activités d'hébergement et de restauration» (86,5%) et «Commerce de détail» (71,0%).

Aussi, la communication faite au début de la pandémie avait suscité la peur. Beaucoup de ménages avaient renvoyé leurs travailleuses domestiques, sous prétexte que ces dernières, vivant souvent des dans conditions précaires ou utilisant les transports publics, peuvent être porteuses/vecteurs du virus de la Covid-19.

RADIOSCOPIE DES VIOLENCES

Parmi les violences, signalées par le travail de l'AJS, il y'a le défaut d'entretien et 20,3% le refus de donner la dépense quotidienne ou la pension alimentaire. Il s'agit des manquements aux obligations des charges du ménage dus à la réduction des revenus du couple, surtout du chef de ménage.

Les données révèlent également une recrudescence de violences physiques et psychologiques de la part de leurs partenaires masculins, comparés à la période avant la Covid-19.

Ainsi, il est remarqué en période Covid-19 plus de femmes victimes de violences psychologiques (soit 57,10%) et physiques (soit 58,30%) que pendant la période avant Covid-19 où moins de 43% des femmes sont concernées par les violences psychologiques et 41,7% par des violences physiques.

«L'analyse par groupe d'âge, selon le type de violence subie au cours des deux périodes, montre que la violence basée sur le genre touche toutes les catégories d'âge avec une catégorie moins représentative comme les 41 à 50 ans», rapporte le document.

Si l'on se fie à cette étude, il est donc établi que la pandémie a augmenté les violences à l'encontre des femmes, certes, mais elle a toujours existé. Agressions, viols, meurtres sont notés fréquemment.

D'ailleurs, en 2019, plusieurs cas d'abus contre des femmes ont poussé l'exécutif à proposer à l'Assemblée nationale une loi visant à criminaliser le viol. Elle a été votée pour renforcer la sanction infligée aux auteurs de cet acte.

DES FAITS ET DES CHIFFRES ALARMANTS

A l'occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, célébrée le mercredi 25 novembre sous le thème sous le thème : «Orangez le monde : Financez, intervenez, prévenez, collectez!» et marquant le coup d'envoi de 16 jours d'activisme contre les violences à l'égard des femmes, l'Organisation des Nations Unies (ONU) a dévoilé des faits et chiffres alarmants sur les abus dont ces dernières sont victimes.

Selon l'ONU, 1 femme sur 3 dans le monde a subi des violences physiques et/ou sexuelles à un moment donné dans sa vie, le plus souvent de la part d'un partenaire intime.

Partout dans le monde, le confinement à domicile et l'isolement social résultant de la pandémie de Covid-19, combinés à une insécurité économique généralisée et à la perte des moyens de subsistance, ont engendré de nouveaux risques pour les femmes et les filles en ce qui concerne l'exposition à la violence.

A en croire l'ONU, seulement 52% des femmes mariées ou en union prennent librement leurs propres décisions concernant les relations sexuelles, l'utilisation de contraceptifs et les soins de santé.

Aussi, 71% de toutes les victimes de la traite des êtres humains dans le monde sont des femmes et des filles, trois quarts d'entre elles sont exploitées sexuellement.

Plus de: Sud Quotidien

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