Ile Maurice: Police - Hommes et femmes égaux face aux dangers

29 Novembre 2020

«Linn rod fer koumma zom...» Des commentaires comme celui-ci, vus sur les réseaux sociaux, n'ont pas manqué de susciter l'indignation. Ce, dans le sillage du meurtre atroce de la Woman Police Constable, Dimple Raghoo. Et ce, alors qu'hommes et femmes doivent faire face aux mêmes risques : ceux du métier...

Le meurtre atroce de Dimple Raghoo - écrasée sous les roues d'une voiture conduite par des trafiquants de drogue - donne froid dans le dos. Un acte criminel qui met en lumière le rôle des femmes au sein de la force policière. Pourquoi intègrent-elles la profession ? Quels sont les risques du métier ? Participent-elles, comme les hommes, aux opérations périlleuses comme celle ayant coûté la vie à leur collègue ?

«On est vraiment attristé par la mort tragique de Dimple Raghoo. Je la connaissais bien. C'était une battante et une personne vraiment brave», déclare Indira Bhugobaun, inspectrice. D'après la police, Dimple Raghoo est la première policière à décéder en service. Des cas antérieurs concernaient davantage les hommes, ajoute-t-elle. En service depuis 24 ans, elle est officer in charge de la Crime Prevention Unit, opérationnelle depuis 1989. Pourquoi avoir choisi ce métier ? «C'était mon rêve mais c'est aussi pour servir la patrie et protéger la nation», répond Indira Bhugobaun.

Cette dernière intègre la police le 1er juin 1996 et évolue au sein du prosecution department, de l'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), la Criminal Investigation Division (CID), entre autres unités. Parallèlement, Indira Bhugobaun est détentrice d'une licence en police studies et compte divers cours professionnels dans le domaine à son actif.

Qu'en est-il de la nature de la profession ? «Si vous aimez le travail, rien n'est difficile. Il faut bien garder cela en tête. Tous les métiers comportent des risques. C'est comme ça partout. On sort de la maison, il peut nous arriver n'importe quoi en chemin. Dans certains départements toutefois, les risques sont accrus», confie l'inspectrice. À l'instar de l'ADSU, où les officiers sont confrontés à des malfrats et dealers de drogue difficiles à gérer. «C'est un travail d'équipe. Il faut un planning important et le soutien des chefs hiérarchiques et collègues.»

De son côté, Sweetie, une autre policière, est dévastée. Son amie, Dimple Raghoo, en compagnie de laquelle elle faisait ses premiers pas dans la police en 2007, n'est plus. «Je ne suis pas motivée. Je n'ai pas juste perdu mon amie mais également un autre proche qui exerçait comme policier», déplore-telle, d'une voix saccadée. Inspirée par ce dernier, la jeune femme, âgée aujourd'hui d'une trentaine d'années, voulait exercer cette profession depuis qu'elle est ado. «Je voulais reprendre le flambeau. Après ma formation, j'ai été postée à la central division puis j'ai été approchée par l'Anti-Drug and Smuggling Unit. J'ai rejoint ce département en 2010.»

À l'ADSU, elle travaillait avec Dimple Raghoo. De par leurs personnalités, les deux policières maîtrisent rapidement les rouages du métier. «Nous n'avons jamais été du genre à nous cacher ou à ne faire que de la paperasserie, nous avons toujours été des gens de terrain. Par rapport aux autres policières, nous étions plus fonceuses. Mais il nous faut plus d'équipements et de protections contre le danger», lâche la policière...

Menaces de mort

Les policières font-elles forcément partie des missions risquées comme les «controlled delivery», au même titre que leurs homologues masculins ? Sweetie répond par l'affirmative. «On a été formé pour ça. On peut le faire. Il n'y a pas de distinction à l'effet que ceci est un travail d'homme ou de femme. On nous donne des ordres et on fait le travail», précise-t-elle.

À ce propos, Indira Bhugobaun, constate que plusieurs femmes sont à la tête des postes de police tandis que d'autres effectuent des traffic duties à moto ou occupent d'autres fonctions stratégiques. «On est entraîné moralement et physiquement pour toute opération. Ce n'est pas comme avant, où on disait que les policières devaient exécuter des typing duties uniquement. Depuis 1989, tout a changé. On est égaux en termes de responsabilités.» L'inspectrice ajoute que l'apport des éléments féminins dans la police est vital, d'autant que beaucoup de délits, y compris ceux de drogue, impliquent des suspectes.

Mais les risques se multiplient surtout face à l'ampleur que prend le trafic de drogue, avoue Sweetie. «On est vraiment en danger. Maurice est petit. Tout le monde connaît tout le monde. Le fait d'être affectée à l'ADSU nous expose aux menaces de mort, d'autres menacent de s'en prendre à nos proches. On est également surveillé par les trafiquants.» Sweetie explique que les malfrats disposent de beaucoup de moyens, certains possédant des véhicules récents et sophistiqués. Comparativement, la force policière n'est pas si bien équipée, constate-t-elle.

Ainsi, si une carrière au sein de la police intéresse de nombreuses Mauriciennes, certaines décrochent au bout de quelques années, ayant du mal à s'adapter. «Les dangers, difficultés et le salaire sont des facteurs décourageants. Par exemple, on devrait avoir des chaussures et des uniformes plus adaptés pour des opérations en forêt, entre autres», explique-t-elle. Comme elle, Ranjeeta est également policière. À 18 ans, elle postule suite à un pari et une plaisanterie avec son frère aîné qui lui aussi veut être policier. «Finalement, ma candidature a été retenue mais pas la sienne. J'ai commencé juste après mes études secondaires. J'y suis depuis 13 ans», raconte la Woman Police constable. Mariée et maman d'une fillette, elle travaille dans un poste sis au centre du pays. «Je viens d'être 'placée' sur un système de rotation de 7 à 15 heures, 15 à 23 heures et 23 heures jusqu'au lendemain, ce qui est difficile surtout pour la famille. J'ai dû faire des arrangements pour séjourner chez un proche, ne pouvant retourner à la maison avec les horaires... »

Dans d'autres départements comme la CID ou l'ADSU, les policières sont appelées à tout moment. De par sa profession, Ranjeeta reste marquée par plusieurs événements. De service le 30 mars 2013, elle a vécu les inondations meurtrières et a dû assister à l'autopsie de deux victimes du drame ce soir-là. «C'est toujours gravé dans ma mémoire. En tant que femme, on doit faire face à des mentalités diverses. Par exemple, si vous servez une contravention à un conducteur, il refusera de l'accepter et essaiera de vous rabaisser. Il faut savoir parler et rester ferme», déclare la policière.

Comme nos autres interlocutrices, elle confirme que «tout le monde doit être présent, hommes comme femmes, pour les opérations». Revenant sur le décès de Dimple Raghoo, elle souligne que cette dernière «s'était fait des contacts, démantelait des réseaux au niveau de la drogue et était aussi efficace que ses collègues masculins».

Le mot de la fin revient à Indira Bhugobaun, qui dit noter un engouement des Mauriciennes pour une carrière dans la police. «Il y a pas mal d'internships dans la police et aussi des questions des étudiantes, impatientes de connaître les dates de recrutement. Si on intègre cette profession juste pour avoir un emploi, cela n'en vaut pas la peine. Pour être policière, il faut que ce soit par vocation... »

En chiffres

1 141

C'est le nombre de femmes exerçant au sein de la police en 2020, selon le Police Press Office, contre 11 586 hommes. Ce qui équivaut à quelque 10 %

A La Une: Ile Maurice

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.