Tunisie: « La montée en puissance de l'épidémie en septembre a mis à nu de graves limites d'organisation et de préparation (Médecin expert en santé publique)

Tunis — « La montée en puissance de l'épidémie en septembre a mis à nu de graves limites d'organisation et de préparation », a déclaré samedi Abdelwaheb El Abassi, médecin expert en santé publique lors de la 24e édition du congrès annuel du Comité National d'Ethique Médicale.

La Pandémie du coronavirus était une crise attendue mais qui surprend, a-t-il dit. El Abassi a estimé que le maintien de la vigilance était difficile au cours de la période d'accalmie (Juin - Août) ce qui a conduit à une deuxième phase de propagation du coronavirus difficile face à la faible préparation du système de santé. Il a, en outre signalé, que les circuits Covid ont été tardivement mis en place.

« L'ensemble du système de santé n'a pas été préparé face à l'absence de plans blancs pour les hôpitaux », a-t-il indiqué faisant remarquer que la 1ère ligne a été marginalisée malgré son potentiel de couverture géographique. L'intervenant a tenu à rappeler que la gestion de la propagation de cette pandémie avait des conséquences néfastes estimées majeures dont notamment la continuité des soins, les conséquences sur la santé mentale (Insomnie, violence... ), l'interruption de scolarité prolongée préjudiciable, l'appauvrissement des ménages sans rentes ou salaires garantis, le problème de survie de la population vivant dans la précarité, l'augmentation du chômage, l'aggravation des inégalités et la chute du PIB.

Pour Dr Rym Ghachem, Psychiatre à l'hôpital Razi, le confinement a imposé une réorganisation de la société à savoir, l'isolement des individus, la distanciation sociale, le bouleversement des rôles au sein de la famille et une nouvelle gestion du temps et de l'espace. Cette nouvelle situation a engendré une augmentation de 58% du nombre des patientes nécessitant une hospitalisation en milieu psychiatrique dans le mois suivant la fin du confinement et encore le double en ce qui concerne les hommes. « Pendant le mois de mai 2020, l'hopital Razi a comptabilisé 55 hospitalisations dont 28 nouvelles admissions (37 réintégration d'anciens patients) », a-t-elle révélé. Les motifs de l'hospitalisation étaient à 50% liés à l'hétéagressivité et à 17% liés aux fougues.

En effet, les troubles psychologiques durant la pandémie peuvent être graves et invalidants. Il s'agit d'état de stress post traumatique dans les familles touchées par la Covid19, d'anxiété sous toutes ses formes, de dépression chez les anciens patients et de décompensation des patient due à une difficulté à se procurer les médicaments. Par ailleurs, Jalila Ben Khelil, membre de la commission scientifique de lutte contre la COVID19 a indiqué dans son intervention que la commission s'est trouvée devant des dilemmes éthiques en rapport notamment avec les mesures prises pour la lutte contre la pandémie.

Il était question, dès le début, d'instaurer un équilibre entre les mesures de distanciation et de confinement d'un côté et les principes éthiques fondamentaux, tels que la bienfaisance, le respect de la dignité, de la justice, du droit à la vie et de l'accès aux soins, de l'autonomie de chaque personne et évidemment de l'information, a-t-elle indiqué. Le caractère justifiable de ces mesures émane, selon Ben Khelil, de la bienfaisance attendue et la prudence adoptée par les autorités sanitaires pour protéger la population.

Ceci étant, ces mesures ont eu des répercussions sociales et économiques importantes pour une certaine catégorie de personnes fragiles. Ben Khelil a aussi noté une rupture avec les structures habituelles de support et de soutien et un risque d'une diminution de la responsabilisation de la personne par rapport à ses propres décisions de santé et de vie sociale.

C'est pourquoi il était question, dès le début de la pandémie, de résoudre ce conflit de valeurs entre protection individuelle et collective d'une part et respect de l'autonomie et de l'indépendance d'autre part, a-t-elle expliqué. Selon elle, le problème réside dans l'application difficile de ces mesures à contrebalancer avec les libertés et les droits fondamentaux.

Les enjeux les plus importants sont, selon Ben Khelil, à ce stade liés à l'équité dans l'organisation et la planification des services dans notamment l'accès aux lits de soins intensifs et aux respirateurs artificiels (triage des patients en détresse) et l'accès aux éventuels vaccins. Un autre enjeu s'est aussi imposé, a-t-elle ajouté.

Il s'agit de la gestion du personnel mobilisé pour répondre à l'épidémie. « En effet, il ne faut pas épuiser ces acteurs essentiels, il faut assurer leur prise en charge psychologique, leurs accès à l'équipement de protection et leur formation quant à l'utilisation des équipements nécessaires », a-t-elle expliqué. YOSR

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