Gambie: L'ancien Directeur Général de l'Agence Nationale de Renseignements (NIA) rejette les accusations de détention illégale et de tourture

30 Novembre 2020

Lamin Bo Baaji, l'ancien Directeur des Services de Renseignements de l'Armée et de l'Agence Nationale de Renseignements (NIA) a rejeté les accusations de détention illégale et d'actes de torture pendant son mandat de Directeur de la NIA lors de son témoignage hier devant la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations.

Présentant un rapport de sa première visite au quartier général de la NIA, Baaji a déclaré qu'il lui avait été demandé de se présenter devant un comité. Il a également déclaré qu'il avait été informé que c'est Sam Tamba qui devait se présenter devant le comité comprenant des agents de police et de la NIA.

" Sam a été interrogé. La séance d'interrogation a été suspendue à un certain moment jusqu'au lendemain en raison du manque de temps. Alhagie Morr dit Edrisa Jobe m'a dit que Sam n'était pas autorisé à rentrer chez lui. Alors, j'ai compris que les agents de la NIA ne voulaient pas de ma présence à la séance d'interrogations car j'aurais aidé Sam à répondre aux questions. A mon arrivée le jour suivant, je me suis rendu compte qu'il avait été torturé car son corps était couvert de blessures.

Il a demandé la raison pour laquelle il avait été torturé. Alhagie Morr lui a révélé que Sam faisait partie d'un groupe d'individus qui ont volé des armes et les ont vendues aux rebelles Sénégalais.

Le témoin a ajouté que Sam a été présenté devant le tribunal et a été ensuite incarcéré à la prison de Mile 2.

Il a déclaré avoir été nommé Directeur General de la NIA en 2008. A sa prise de fonction, il a recommandé aux agents de la NIA de mettre fin aux détentions illégales et aux tortures.

Il a confirmé que les agents ont continué de procéder à des arrestations et détentions illégales malgré ses recommandations.

Il a accepté sa part de responsabilité concernant les agissements et pratiques illicites de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions officielles.

Le Conseiller Principal Faal lui a révélé que 50 personnes avaient été illégalement incarcérées au quartier général de la NIA pendant son mandat de Directeur. Mais le témoin a rejeté cette accusation.

A ce stade, un registre de données lui a été transmis mais il a répondu qu'il ignorait tout concernant les détentions illégales durant son mandat.

" Je n'ai pas vérifié s'ils avaient été illégalement détenus car j'estime qu'ils ne devaient pas être détenus pendant 72 heures. Je peux vous dire que personne n'a été détenue pendant 72 heures car j'ai les preuves".

A ce stade, le Conseiller Principal a présenté une liste de personnes qui ont été illégalement détenues pour une période de 72 heures sans bénéficier de libération au cours de son mandat, comme l'atteste le livret d'archives de l'institution. Le témoin a cependant reconnu certaines allégations tout en rejetant certaines autres.

Le Conseiller Principal a lu une déclaration de Lamin Kabou affirmant qu'il avait été conduit à la NIA et avait reçu la visite de Essa Badjie et des gradés de la NIA. Selon lui, Essa Badjie a demandé à Bo Baaji l'identité de la personne responsable des sévices corporels dont Lamin Kabou avait été victime. Bo Baaji lui a dit qu'Alhagie Morr et ses agents étaient responsables.

Le témoin a cependant déclaré que toutes ces accusations étaient complètement fausses.

Il a attesté que l'incident concernant Lamin s'était produit en Juin. Il a déclaré aux agents que de tels incidents ne devaient plus se reproduire, ajoutant que c'est la raison de son transfert dans les Forces Armées en Aout 2009.

" J'ai fait mon rapport au Président Jammeh sur les sévices corporels dont Lamin avait été victime. Je l'ai également informé que je mènerais une enquête concernant cette affaire. Le Président m'a dit que la décision m'appartenait mais que mon devoir était de lui présenter un rapport."

Dévoilant la raison pour laquelle il avait été demis de ses fonctions, Baaji a affirmé que c'est parce qu'il avait eu le courage et l'audace de s'opposer et d'interdire tout acte de torture durant son mandat à la NIA.

Poursuivant son témoignage, il a révélé qu'il a été arrêté et enfermé à la prison de Mile 2 le 21 Novembre 2009 par des soldats, l'agent de la NIA Alhagie Morr et le 'jungler' Nuna Badjie de la Garde Présidentielle.

" J'ai été incarcéré à Mile 2 pour une période de deux semaines avant d'être conduit au quartier général de la NIA. A mon arrivée à la NIA, j'ai été escorté à la salle d'interrogations devant un comité qui comprenait Bojang, Numa Kujabi, Bora Colley, GPB Gomez, Alhagie Camara, Alhagie Yakuba Badjie, Lamin Cham, Lamin Sanyang, Sukuta Jammeh de la NIA, Louis Gomez, Sakho Jammeh, Alhagie Morr."

Selon lui, il lui a été demandé si Lang Tombong était impliqué dans la tentative de coup d'état de 2006. Il leur a dit qu'il ne savait pas mais ils l'ont accusé d'avoir menti.

" J'ai été incarcéré à Mile 2 pour une période de trois mois. Alhagie Jobe est passé me prendre un jour et m'a conduit à la NIA durant la nuit. Ils m'ont couvert la tête d'un sac en nylon et m'ont ensuite interrogé. Ils m'ont menacé de mort si je ne parlais pas. J'ai été violemment battu mais je n'ai pu reconnaitre aucun des agents"

" Lors d'une autre occasion, j'ai été accusé par le comité de la NIA d'avoir enrôlé et fourni des armes et des bateaux à des hommes venant de Guinée Bissau, et ce, en vue de mener un coup d'état. J'ai rejeté cette accusation."

Baaji a également témoigné qu'il avait été informé que Solo Bojang avait ordonné son exécution ainsi que celle de Lang Tombong.

Le témoin a ajouté qu'il n'a survécu que grâce aux efforts de son avocat et d'un soldat inconnu, car il était sur le point d'être exécuté.

En guise de conclusion, il a affirmé avoir été gracié plus tard par Yahya Jammeh le 22 Juillet 2015.

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