Madagascar: Suspension de Base Toliara - La population bénéficiaire du projet crie famine

Base Toliara attend encore la décision de l'Etat pour la reprise des activités sur le site.

Les autorités feront-elles l'impasse sur un investissement de 560 millions de dollars et ses retombées sociales et économiques ? La question continue de se poser après une année de suspension des activités de Base Toliara par le gouvernement

La cinquantaine, et mère de 9 enfants, M.N se désole de la suspension du projet d'extraction de sables minéralisés pour la production d'ilménite, de zircon et de rutile de Base Toliara. Loin des querelles et des conflits d'intérêts qui tournent autour de cette suspension qui nourrit la polémique depuis un an, elle n'a qu'une seule chose en tête : Que Base Toliara reprenne le plus rapidement possible car sa famille qui habite Ranobe, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Toliara et où est implanté le site d'extraction, crie famine.

Palabre des "raiamandreny" de Ranobe qui attendent impatiemment la reprise.

Actions sociales. « Depuis la suspension du projet, rien n'est plus comme avant », regrette-t-elle en expliquant que les habitants de son fokontany ont perdu beaucoup d'avantages qu'ils avaient obtenus à travers les actions sociales menées par le projet. « Pendant que le projet était encore opérationnel, j'étais parmi le groupe de femmes qui exploitaient la pépinière mise en place avec la collaboration de Base Toliara à laquelle, nous avions vendu des plants ». Grâce, en effet, à ce projet de pépinière villageoise, les mères de famille de Ranobe avaient reçu des formations et étaient dotées de matériels pour la production de plants, notamment de baobab et de "kily".

Des plants que Base Toliara rachète à raison de 1.000 ariary l'unité. Par ailleurs, des fils de M.N ont bénéficié des retombées du projet à travers des emplois. « Notre seul souhait c'est la reprise des activités de Base Toliara », conclut-elle avant de retourner dans sa case et voir comment elle va faire pour nourrir sa famille. Tout comme M.N, la grande majorité des habitants de Ranobe militent pour cette reprise de Base Toliara. Davida, le Chef Fokontany montre le château d'eau construit par Base Toliara mais inachevé à cause de la suspension du projet. Et pourtant, il s'agit d'une infrastructure qui aurait permis d'approvisionner non seulement la population en eau potable, mais également les bétails et même l'irrigation.

Base Toliara avait également d'autres projets sociaux comme la construction d'une école et d'un hôpital mais qui sont également suspendus. Dans les communes concernées par le projet, la question des déplacements des tombeaux pose également des problèmes. En collaboration avec Base Toliara, des tombeaux ont été effectivement construits, mais là encore l'initiative n'a pas abouti à 100%, toujours à cause de la suspension du projet. C'est encore le cas à Ranobe où deux personnes ont été enterrées dans des tombeaux provisoires. Sur ce point, d'ailleurs, la population locale ne manque pas d'attribuer les récents décès survenus dans les environs à la non pratique des cultes ancestraux liés aux enterrements et qui nécessitent justement des tombeaux dignes. « Si le projet reprend, le déplacement des dépouilles figurera parmi nos priorités », reconnaît la population de Ranobe.

Une vie tranquille malgré la misère.

Adversaires actifs. Maire de la Commune rurale d'Ankilimalinika, M. Longin estime pour sa part que c'est la désinformation totale qui provoque la zizanie dans cette histoire. Il pointe notamment du doigt l'artiste Théo Rakotovao, l'un des adversaires très actifs de Base Toliara. « Il n'est pas aussi populaire qu'il le croit, sinon pourquoi n'a-t-il eu qu'une poignée de voix à Tsianisiha lors des élections des députés à Toliara II ». Ce que ce maire déplore, c'est surtout la résurgence de l'insécurité depuis la suspension des activités de Base Toliara. « Faute d'occupation, les jeunes deviennent oisifs et s'adonnent à des délits », déclare-t-il en lançant un appel à l'Etat pour une reprise de Base Toliara, un projet qui vaut aussi son pesant d'or en matière de recettes fiscales communales, régionales et nationales. En effet, avant la suspension des activités, Base Toliara participait à hauteur de 36% des recettes de la Direction régionale des impôts. Une potentielle source de richesses et de développement en somme.

Le Chef Fokontany de Ranobe montrant le terrain sur lequel devait déjà s'ériger une école si le projet n'avait pas été suspendu.

Manœuvres anti-Base. Et pourtant, une année après sa suspension, l'avenir du projet Base Toliara est encore incertain. Cette suspension, rappelons-le, a été décidée par le gouvernement pour de soi-disant troubles sociaux susceptibles de provoquer des divisions auprès des communautés. Une situation minée par l'intervention de politiciens et d'élus tuléarois, qui ont visiblement des intérêts à protéger pour en arriver à utiliser des médias acquis à leur cause pour défendre l'arrêt définitif du projet. Sur place, on parle même de distribution d'argent pour rameuter des partisans de l'abandon du projet qu'ils taxent de « destructeurs de l'environnement ».

Les manœuvres perpétrées par des politiciens « anti-Base » commencent en tout cas à inquiéter des observateurs qui se demandent quels sont les intérêts en jeu pour que l'on en arrive à bloquer un projet de cette envergure dont la région Sud-Ouest a besoin. Pour cet opérateur économique établi à Toliara depuis 25 ans, le raisonnement est simple. « On a une richesse que l'Etat malgache ne peut pas lui-même exploiter et il n'y a aucune raison à ce qu'une grande compagnie minière s'en charge », annonce-t-il en faisant toutefois remarquer que tout est question de bon sens afin que l'Etat malgache et surtout la population puissent tirer convenablement profit du projet. « Les richesses sont là, nous n'avons pas les moyens et les connaissances pour les extraire, malheureusement, jusqu'à présent, les conditions d'exploitation restent problématiques et on n'avance plus surtout depuis la suspension du projet.

Alors pourquoi l'Etat et Base Toliara ne s'organisent pas pour trouver la meilleure option », ajoute-t-il. Non sans poser l'autre problématique de la sécurité des investissements à Madagascar. « Ce genre d'histoire qui fait le tour du monde ne fait que dissuader les potentiels investisseurs à venir à Madagascar ». Et d'ajouter que « la sécurisation des investissements sera toujours un vain mot si on change tout le temps de conditions d'exploitation et de réglementations ».

Les plants des femmes pépiniéristes ne trouvent, pour le moment, pas de preneurs. Le château d'eau de Ranobe est lui aussi à l'abandon. Tombeaux provisoires à Ranobe.

Un Forum pour le développement de la région Atsimo-Andrefana se tiendra à partir de demain à Toliara. Base Toliara figure parmi les invités à cette grande réunion mais étant interdite de communiquer, la compagnie ne pourra probablement pas se prononcer. Il reste à savoir si l'on pourra faire dans un tel événement sur un projet d'investissement de 560 millions de dollars avec à la clé 4.000 emplois directs et indirects, 43 millions de dollars d'impôts lors de la phase d'installation des infrastructures et 35 millions de dollars par an de ristournes.

Plus de: Midi Madagasikara

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