Afrique: La Tanzanie intensifie la lutte contre le paludisme dans les zones à risque

Dar es Salaam - Le fardeau du paludisme est reflété dans des statistiques qui préoccupent les experts et les décideurs politiques qui élaborent des stratégies sur la façon d'éliminer la maladie. Pour Amina Yusuf Mkwanywe, une résidente d'Ikwiriri dans le district de Rufiji, au sud de la Tanzanie, le paludisme est une menace permanente. « Je dois vraiment être vigilante tout le temps pour être épargnée par le paludisme », dit-elle.

Situées dans la partie inférieure du bassin de la rivière Rufiji, les plaines arbustives et les zones humides d'Ikwiriri constituent un terrain propice à la reproduction des moustiques pendant une grande partie de l'année. Le district de Rufiji est une des zones les plus touchées par le paludisme en Tanzanie. Le taux d'infection en 2017 était de 14 %, soit presque le double de la moyenne nationale de 7,3 %, selon l'enquête sur les indicateurs du paludisme du Bureau national des statistiques.

Le gouvernement poursuit maintenant la deuxième phase d'un projet de lutte contre le paludisme après avoir réduit le taux d'infection dans la région du sud du pays - qui comprend le district de Rufiji - de 25 % à 4,9 % entre avril 2015 et juin 2018. La deuxième phase a débuté en juillet 2019 et se termine en juin 2021.

Mkwanywe et sa communauté sont les bénéficiaires du projet communautaire 'Test and Treat'. Contrairement à la stratégie de postes fixes qui repose sur le fait que les patients se présentent dans les structures de santé pour se faire tester et traiter, cette nouvelle approche implique que les agents de santé se rendent dans les zones identifiées comme étant des endroits à haut risque de paludisme pour tester et soigner les personnes sur place. Les zones à risque visitées sont identifiées à l'aide de données en temps réel relatives aux taux d'infection par le paludisme.

En raison de l'énorme variabilité géographique de la prévalence du paludisme, la Tanzanie adopte des stratégies de contrôle différenciées. « Nous avons affaire à des taux d'infection allant de 3 à 14 % [à l'échelle du pays] et nous avons donc besoin d'approches ciblées », déclare le Dr Ally Mohamed, responsable du Programme national de lutte contre le paludisme.

Le Programme national de lutte contre le paludisme a réparti le pays en petites unités où différentes combinaisons d'interventions sont utilisées pour accélérer l'élimination du paludisme. D'une part, dans les zones à très faible risque, les mesures sont prises au cas par cas en fonction des résultats de la surveillance du paludisme. D'autre part, les zones à haut risque de transmission du paludisme, comme le sud de la Tanzanie, font l'objet d'une surveillance intensifiée, d'interventions curatives, préventives et de contrôle pour réduire la charge de morbidité

La stratification de la charge du paludisme dans le pays et l'adaptation de la réponse ont été rendues possibles grâce à l'utilisation des données sur les taux d'infection par le paludisme tirées chaque semaine du système d'information de gestion sanitaire de routine des structures sanitaires, ainsi que des résultats de la surveillance des vecteurs.

Dans la zone du projet, une équipe chargée de diagnostiquer le paludisme se rend sur les lieux où l'on enregistre des taux élevés d'infection par le paludisme afin de tester les patients asymptomatiques et symptomatiques, ceux qui sont trouvés positifs étant mis sous traitement. « Ce projet a contribué à réduire le taux de transmission du paludisme dans le district de Rufiji », déclare le Dr Ali Zuberi Mbikilwa, médecin du district de Rufiji.

Depuis le lancement du projet, les habitants de Rufiji disent qu'ils ont moins d'infections. « Chaque fois que des tests de diagnostic du paludisme sont effectués dans notre village, j'emmène mes enfants faire des tests. Personne n'est tombé malade du paludisme depuis que j'ai commencé à faire des tests fréquents », dit Mkwanywe.

« J'avais l'habitude de manquer les cours pendant trois à cinq jours chaque fois que j'avais le paludisme. Aujourd'hui, je me fais examiner chaque fois que les équipes chargées du test se présentent. Je ne m'absente pas de l'école à cause du paludisme », dit Salha Omari Mpili, 12 ans.

Des campagnes d'éducation en matière de santé publique sont également menées dans le cadre d'événements tels que les derbys de football, où les gens reçoivent des conseils sur la manière de freiner les infections en utilisant correctement des moustiquaires imprégnées d'insecticide de longue durée et en cherchant à se faire soigner rapidement et correctement contre le paludisme.

Le projet est actuellement à sa phase pilote, mais il doit être déployé au niveau national une fois validé. « Les résultats de ce projet détermineront l'utilité de l'approche et donc son potentiel de réplication dans d'autres communautés à forte infection », déclare le Dr Tigest Mengestu, représentant de l'Organisation mondiale de la Santé en Tanzanie. L'Organisation est chargée de fournir une évaluation technique du projet.

Le projet d'étude de cas est cofinancé par la Fondation Bill et Melinda Gates et le gouvernement chinois et mis en œuvre par l'Ifakara Health Institute, une agence gouvernementale tanzanienne, et le Programme national de lutte contre le paludisme.

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