Sénégal: Décès de Pape Bouba Diop - Un «job» colossal s'affaisse

1 Décembre 2020

Les témoignages sont les mêmes, la disparition de Pape Bouba Diop est une grosse perte pour le monde sportif sénégalais et rufisquois en particulier. Un des artisans de l'épopée du Sénégal à la CAN et au Mondial 2002 a tiré révérence. De quartier des Hlm Rufisque à Dangou en passant par Keury-Souf, les sportifs surpris par la disparition d'un des leurs ont salué la mémoire d'un géant, seigneur du milieu de terrain qui a incarné la persévérance et l'abnégation.

Le premier buteur de la coupe du monde Corée du Sud Japon 2002 est présenté comme un jeune garçon timide et courtois à la fois dont les premiers pas dans le navétanes (championnat national Populaire) avec l'ASC NDEFANN des HLM Rufisque laissaient penser à une belle carrière certes, mais pas brillante comme ce fut le cas.

Des navétanes où il n'a pas du reste été titulaire dans l'équipe senior de son quartier, Pape Bouba est arrivé au Jaraaf de Dakar où il va briller aux côtés de son compère Henry Camara, après un bref passage dans la catégorie des juniors de l'équipe fanion de la vieille ville de Rufisque l'ASC Satigué. «Son grand frère Lamine Sané qui jouait au poste de libéro était beaucoup plus connu, mais lui, n'était encore titulaire et techniquement pour un milieu offensif en tant que numéro 10, il présentait des lacunes alors que la concurrence au milieu de terrain de équipe de quartier était très rude avec des joueurs de talent comme Doudou Sonko (El Maestro), qui lui faisaient de l'ombre. Mais conscient de cette situation, il décida de reculer d'un cran dans le milieu de terrain et de compenser ses faiblesses techniques par un engagement physique et volontariste, ce qui lui a permis de faire son trou après au sein des différentes équipes où il a eu à évoluer», témoigne Alioune Ndiaye ancien joueur de champ reconverti gardien de but de l'Asc Lébougui et de Yaakar de Rufisque.

Pape Bouba ne pouvait pas connaître une trajectoire professionnelle outre que celle qu'il a connu, et cela il doit à sa persévérance et son abnégation. Le courage et l'envie de réussir en bandoulière Pape Bouba passait des heures et des heures à s'entraîner sur le terrain des Hlm au point que certains se moquaient de lui, en le faisant passer pour un «khobé» (quelqu'un qui ne donne aucun répit pour sa passion). «Pape Bouba ne rechignait jamais devant l'effort physique se rappelle Souleymane Gueye qui a partagé avec lui les matches «Plays Grounds» entre jeunes de quartiers. Nous sommes de la même génération on avait des confrontations équipes au terrain des Hlm. Il n'était si doué que cela mais montrait toujours une envie débordante d'aller de l'avant. Nous avons joué à la catégorie sénior avant lui, mais il a connu une ascension fulgurante et développement physique extraordinaire en un temps rapide. Et sa reconversion en milieu défensif a été un excellent choix pour lui.

Et le bagage technique qu'il avait déjà acquis a fait de lui ce buteur qui savait flairait les bons coups comme lors de la CAN 2002 au Mali et surtout à la coupe du monde 2002 où il a fini meilleur buteur du Sénégal. Tout cela c'est le travail et la volonté qui ont été récompensés. Dommage que Rufisque n'a pas profité de ce talent et de son expérience pour surtout la formation de jeunes.»

Autre sportif rufisquois à témoigner sur Pape Bouba, Pape Yoro Diallo «il m'a toujours considéré comme son idole, on n'a pas joué ensemble. Je suis un peu son aîné, c'et avec son grand frère que j'ai joué et il est arrivé au Jaraaf au moment où je quittais l'équipe de la Médina. Je retiens de Pape Bouba un joueur discipliné et rigoureux qui malgré des faiblesses techniques a pu s'imposer dans tous les clubs où il a évolué grâce à son courage, sa puissance physique et son sens du devoir. Je me rappelle quand on était encore jeune, il n'était pas titulaire dans la grande équipe de l'ASC NDEFFAN des HLM de Rufisque. Mais courageux et plein de hargne et, à force d'entraînement il a su se parfaire et se hisser au niveau où il est arrivé. Il ne me reste plus qu'à prier».

Rappelons que Pape Bouba Diop est passé par plusieurs clubs en Europe. Il a fait les beaux jours de Racing Club de Lens, après les sang et or il a été en Angleterre au lendemain d'une coupe monde 2002 qu'il a éclaboussé de son talent en marquant trois buts lors de la compétition dont le premier de l'édition contre le champion du monde sortant, la France. Les deux autres buts il les avait marqué contre l'Uruguay.

En attendant l'arrivée de la dépouille, Rufisque continue de pleurer son fils qui l'a fait rêver et fait vibrer tout un peuple.

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