Afrique: Le VIH, une situation alarmante en Centrafrique - Une crise silencieuse se déroule sous nos yeux

communiqué de presse

Près de 38 million de personnes[1] dans le monde vivent avec le VIH/SIDA, dont plus de deux-tiers en Afrique sub-saharienne. Bien que la République Centrafricaine (RCA) soit considérée comme un pays à faible prévalence du VIH comparé à beaucoup de pays de l’Afrique australe, la situation y est particulièrement critique.

Cela est notamment dû à une pauvreté extrême, des violences généralisées et un manque drastique de structures de santé et de personnel soignant. A cela s’ajoutent des problèmes persistants d’approvisionnement en médicaments antirétroviraux et aux nombreuses barrières au dépistage précoce et à la prise en charge médicale de la population centrafricaine.

Résultat : le VIH reste l’une des principales causes de décès dans le pays. L’année dernière, près de 4,800 personnes sont mortes du VIH/SIDA en Centrafrique, et pas moins de 5,500 nouveaux cas sont confirmés chaque année.

Un cocktail fatal d’obstacles

« Bien que la Centrafrique ait la plus forte prévalence du VIH en Afrique de l’Ouest et du Centre, moins de la moitié des 110,000 personnes séropositives sont sous traitement antirétroviral » explique Laurent Lwindi Mukota, conseiller médical VIH pour Médecins Sans Frontières (MSF). « La situation est d’autant plus alarmante pour les enfants. Moins d’un quart des moins de 15 ans qui connaissent leur statut sont sous traitement. »

Marquée par la plus faible espérance de vie au monde[2] et en proie depuis des années à des conflits et à l’insécurité, la Centrafrique est extrêmement dépendante de financements internationaux insuffisants pour répondre à la problématique du VIH. Parmi le faible nombre de structures de santé dans le pays, bien peu offrent des tests de dépistage du VIH et la prise en charge associée. Beaucoup de personnes vivant avec le VIH doivent donc faire de longs et dangereux trajets afin de trouver une clinique assurant les services adéquats. Les patients qui réussissent à les atteindre font parfois face à des ruptures de stocks, rendant une prise régulière du traitement antirétroviral (ARV) impossible.

« Dans un pays où la plupart des gens vivent avec moins de 2 dollars par jour, les barrières financières à l’accès aux soins aggravent cette situation » dit Marie Charlotte Bantah Sana, directrice du programme de lutte contre les maladies transmissibles au Ministère de la Santé et de la Population.

« La majorité des gens doivent payer pour se faire dépister, puis encore payer de nombreux autres tests avant de pouvoir commencer un traitement. De ce fait, 30% des patients invités à faire une évaluation avant le traitement ne reviennent pas pour le prendre. »

Si l’on ajoute à ce cocktail d’obstacles l’arrêt des tests VIH volontaires gratuits par manque de financement, le manque d’information général sur la maldie et la stigmatisation encore forte à l’encontre des personnes séropositives, on comprend aisément pourquoi près de deux-tiers des personnes diagnostiquées séropositives sont déjà entrées dans un stade avancé de la maladie lorsqu’elles commencent leur traitement.[3]

Soutenir les patients vivant avec le VIH au stade avancé

C’est dans cet environnement critique que MSF travaille étroitement avec le Ministère de la Santé et de la Population ainsi que d’autres organisations afin de faciliter l’accès au dépistage, au traitement et à la prise en charge médicale.

A Bangui, la capitale de la Centrafrique, la prévalence du VIH est deux fois plus élevée que la moyenne nationale. Depuis la fin de l’année 2019, les équipes MSF sont les seules à offrir un soutien médical et psychologique gratuit aux patients qui vivent avec le VIH avancé, souvent co-infectés par la tuberculose.

Un an après le démarrage de ce projet MSF au Centre Hospitalier Universitaire Communautaire de Bangui, 1,851 patients ont déjà été admis pour un traitement contre le VIH, dont 558 patients nouvellement diagnostiqués.

« J’étais à l’hôpital pour accompagner un proche quand j’ai commencé à avoir de la fièvre et les symptômes du paludisme » témoigne Reine, veuve de 34 ans et mère de deux enfants. « L’équipe médicale m’a proposée de faire le test du VIH. C’est ainsi que je l’ai découvert. On m’a immédiatement mise sous traitement. Il y a quelques jours, j’ai été de nouveau conduite à l’hôpital parce que je suis encore tombée malade. On s’occupe de moi, et je commence à me remettre petit à petit. »

Anita, mère de six enfants, ne savait pas non plus qu’elle était séropositive avant son arrivée l’hôpital, bien qu’elle ne se sente pas bien depuis quelques temps.  « Cela fait un bon moment que je n’étais pas en bonne santé mais je ne savais pas que j’avais le sida. Je suis tombée malade il y a deux semaines et on m’a emmenée à l’hôpital pour me soigner. J’ai appris que j’avais la maladie en arrivant ici.”

En dehors de Bangui, MSF offre également des soins aux patients vivant avec le VIH avancé dans les villes de Paoua, Carnot, Kabo et Batangafo.

Un accès au traitement facilité par les groupes d’entraide

Afin de faciliter l’accès des patients au traitement, MSF a mis en place des groupes d’accès communautaires aux ARV (« CAG ») à Bambari, Batangafo, Bossangoa, Boguila, Carnot, Kabo, Paoua et Zemio. Grâce à ce système, des groupes de patients séropositifs en état stable désignent un de leurs membres pour aller collecter les doses de médicaments du groupe entier pour les mois à venir, réduisant ainsi le coût de transport et le temps passé aux consultations médicales.

En plus de rendre le traitement plus accessible, ce système aide aussi les patients à participer plus activement à leur traitement. Le soutien mutuel dans ces groupes renforce l’adhérence au traitement dans un pays où la stigmatisation envers les personnes séropositives reste une dure réalité. Les membres du groupe sont des acteurs clé de la prévention du VIH. Cette approche CAG se révèle très efficace dans la poursuite des traitements, notamment dans des contextes difficiles voire dangereuses comme en Centrafrique où la violence peut rendre les déplacements risqués.

Ce type d’initiative communautaire s’est révélé d’autant plus important cette année dans le contexte de la COVID-19, où l’accès aux structures de santé fut fortement perturbé, notamment par le renforcement des mesures de prévention et de contrôle des infections nécessaires pour prévenir la propagation du virus.

« Dans notre groupe, une personne va à l’hôpital une fois par an et récupère le traitement pour les dix autres membres du groupe, » explique Serge, un membre du GAC soutenu par MSF à Carnot. « Ce système est important car certains sont honteux  de se rendre à l’hôpital pour chercher leur traitement VIH. »

A la fin de l’année 2020, MSF avait soutenu la mise sur pied de 276 groupes communautaires ARV, comptabilisant ensemble près de 2,300 patients VIH.

« Dans tous les projets où le système des groupes communautaires ARV a été mis en place, le nombre de personnes séropositives qui les rejoignent augmente constamment », explique Laurent Lwindi Mukota. Un système similaire a aussi été implémenté dans d’autres pays africains où le VIH est un grand problème tels que le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et la République Démocratique du Congo.

En 2019, 6,600 personnes vivant avec le VIH avaient accès au traitement ARV via les structures de santé appuyées par MSF en Centrafrique. Cependant, il y a toujours un travail conséquent à fournir afin de s’assurer que les tests et traitements contre VIH soient gratuits et accessibles par tous. Bien que des progrès aient été obtenus ces dix dernières années, le système de santé déjà affaibli et exacerbé par les années de violence, de déplacements de populations et d’insécurité fait face à des difficultés dans sa lutte contre les obstacles à la réponse au VIH en Centrafrique. Dans un contexte aussi critique, il est urgent de faire plus d’efforts et d’accroitre substantiellement les investissements afin que chaque personne puisse accéder gratuitement au dépistage et à la prise en charge du VIH dans le pays.

FIN

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