Sénégal: Sadikh Niass, secretaire général de la Raddho - «On ne peut pas comprendre que, dans un etat de droit, il y ait cette prolifération de milices»

1 Décembre 2020

Je pense que la prolifération des milices au Sénégal est quelque chose qu'il faut déplorer. Nous l'avons effectivement dénoncé. Vous vous rappelez même lors des élections, il y a eu des milices qui accompagnaient les candidats. Il y a eu des grabuges dans ce sens. Donc, la prolifération de milices est quelque chose qu'il faut surveiller avec beaucoup d'attention.

Ce n'est pas seulement des hommes religieux mais il y a des responsables politiques parfois même certains artistes. Il y a une pratique qui est là, qui est tolérée et qui ne devrait l'être. Nous dénonçons cela parce que c'est la prérogative de l'Etat d'assurer la sécurité des biens et des personnes. Même en période électorale, les candidats aux élections devraient être encadrés par les Forces de défense et de sécurité du Sénégal qui devraient prendre en charge leur protection. On ne peut pas comprendre que dans un Etat de droit, il y ait cette prolifération de milices qui sont souvent composées de personnes qui n'ont pas l'expérience de la sécurité, qui ne sont pas formées en matière de protection des droits humains ni de protection.

Les activités d'une milice ne sont pas souvent respectées dans ce cadre-là. On vient d'apprendre également le démantèlement des centres de redressement. C'est encore beaucoup plus déplorable. Dans un Etat de droit, on ne peut pas comprendre qu'il y ait des centres de redressement qui sont inconnus de l'Etat, qui ne sont pas officiellement reconnus par l'Etat et qui opèrent en toute impunité. Il faudrait veiller à ce que cela s'arrête.

Dans un Etat civilisé, il n'est pas normal de voir proliférer des centres de réhabilitation où des personnes adultes sont même parfois torturées. Il faudrait vérifier tout cela. Le fait de les démanteler est une bonne chose mais le fait d'avoir toléré la prolifération des milices et favoriser la création de ces centres de réhabilitation est grave. Cette tolérance de l'Etat, peut-être, c'est les questions que l'Etat juge sensibles quand il s'agit de groupes maraboutiques. On sait toujours la réticence avec laquelle l'Etat intervient dans ce domaine.

Pour les hommes politiques aussi, cela était une pratique de tous les bords, que ce soit ceux de l'opposition ou du pouvoir. Ils ont tendance à recourir à de telles pratiques. Donc, ça peut aussi être une explication. Il faudrait que cela s'arrête et que la protection que ce soit des hommes politiques, des leaders religieux, des guides religieux et de toute autre personne qui en a besoin, puisse être quelque chose qui relève des prérogatives de l'Etat.

Le manque de moyens du côté des Forces de sécurité et de défense qui ne peuvent pas assurer la sécurité comme il le faut peut aussi l'expliquer. Mais dans ce sens, il faudrait les moyens de le faire dans le cadre de l'Etat et non pas d'accepter une prolifération des milices privées avec tous les risques que cela comporte en terme de violation des droits humains, des risques aussi dans le sens de la menace à la sécurité nationale. On le dénonce souvent mais comme il y a une forme de sourde oreille développée dans ce sens, on a l'impression qu'on n'a pas dénoncé. Mais à chaque fois qu'il y a des dérives, nous les dénonçons. Souvent, c'est des forces aussi tapies dans l'ombre et on se rencontre de leur existence que lorsqu'il y a des dérives.

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