Ile Maurice: Angus Road - Les «preuves irréfutables» invisibles dans la plainte de Pravind Jugnauth à l'Express

1 Décembre 2020

Comme promis, Pravind Jugnauth a fait servir sa plainte pour diffamation contre «l'express», hier. Mais les documents qu'il a brandis lors de sa conférence de presse n'y sont pas.

Ainsi, quatre jours après l'exercice de com du Premier ministre, personne - hormis l'ICAC - n'a encore vu les «preuves irréfutables» qui devaient accompagner cette plainte. Pour Rs 25 millions, ce n'est pas cher payé.

Nous écrivions dans notre édition d'hier que «l'express attend sereinement la plainte du Premier ministre et (... ) nous devrons porter une attention particulière aux annexes (... ) mais venant des avoués de Pravind Jugnauth, tout est possible». Comme redouté, la plainte servie hier ne contient aucune annexe (hormis quatre articles de l'express). La défense du Premier ministre dans le scandale Angus Road repose donc sur ses «averments» (ce qu'il déclare) et non sur les «preuves irréfutables» qu'il a brandies - sans les circuler - lors de sa conférence de presse de vendredi.

Pravind Jugnauth jure ainsi que c'est lui et son épouse qui ont payé les Rs 20 millions. Le Premier ministre prend la peine de ne pas préciser à qui l'homme d'affaires a payé les Rs 20 millions. Vendredi, il a confirmé que c'est bien Loganaden (Alan) Govinden qui a payé (Bel-Air Sugar Estate) BASE en 2001 pour le terrain, en ajoutant ce jour-là, un nouvel élément : «J'ai payé Rs 20 millions à Govinden de 2008 à 2013.» Dans sa plainte, le Premier ministre précise encore une fois que le paiement de cette dette à Govinden était sanctionné d'un acte notarié. Mais il n'annexe pas le document qu'il a brandi à sa conférence de presse, vendredi.

Au total, Pravind Jugnauth fait huit averments pour affirmer qu'il n'a effectué aucun paiement illicite, que toutes ses propriétés à Angus Road ont été légalement acquises, qu'il n'a commis aucun acte de «blanchiment d'argent», qu'il ne s'est jamais retrouvé en position de conflit d'intérêts et qu'il n'y a pas eu d'évasion fiscale. Il impute ensuite des motivations aux défendeurs : «Tout cela a été fait dans l'intention de porter préjudice à sa réputation et de le discréditer aux yeux du public.»

Seule révélation de la plainte

Pravind Jugnauth ne fait aucune mention des nombreuses questions que l'express lui a posées en écrit et qu'il a toujours refusé d'exercer son droit de réponse. La dernière fois que cela s'est produit remonte à dimanche, quand nous lui avons demandé d'expliquer pourquoi son nom figurait déjà sur un rapport d'arpentage en 2004 alors que ce n'est, selon lui, qu'en 2008, après l'abandon des intentions de Govinden qu'il a manifesté son intérêt pour le terrain en question. Sa cellule de communication a simplement répondu que «la réponse se trouve dans la plainte que vous recevrez». Or, il n'y a pas un mot à ce sujet.

Par contre, la plainte nous apporte un nouvel élément : Pravind Jugnauth a dû faire face aux interrogations de ses «collègues». «Plaintiff has had to face questions and comments made by political colleagues, political opponents and members of the public», argue le chef du gouvernement. Vu la distinction qu'il fait entre «colleagues» et «opponents», on peut en déduire que les «collègues» sont des membres de son propre camp.

L'équipe juridique de l'express se penchera sur cette plainte aujourd'hui mais la possibilité de répondre viaune demande reconventionnelle (counterclaim) est déjà sérieusement à l'étude. L'affaire a été fixée au 21 janvier 2021.

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