Tchad: Silence radio après les violences policières

1 Décembre 2020

L'Union des radios privées dénonce l'intervention musclée de la police dans les locaux de notre radio partenaire, la radio FM Liberté.

Cette journée sans radio au Tchad concerne toutes les radios privées, membres de l'Union des radios privées du Tchad (URPT). Une quarantaine de stations qui ont interrompu leurs programmes durant toute cette journée de mardi. Elles entendaient dénoncer l'intervention policière musclée vendredi (27.11) dans les locaux de la radio FM Liberté.

Notre radio partenaire devait interviewer des activistes des droits de l'Homme après l'interdiction par N'Djamena d'un forum citoyen. Ce forum devait avoir lieu vendredi (27.11), quelques semaines après un autre forum organisé par le pouvoir tchadien.

La police a d'abord encerclé la radio privée. Elle a fait usage de gaz lacrymogènes et s'en est prise violemment au personnel de notre radio partenaire.

Frappés par la police

Des coups de feu ont aussi été entendus. A la suite de cela, le personnel de la radio s'est mis à l'abri. Mais les éléments de la police les ont suivis dans les bureaux de la radio pour obliger les employés de FM Liberté à quitter leurs locaux. Au moins douze véhicules de la police étaient alors stationnés devant la radio.

Notre correspondant Blaise Dariustone travaille aussi pour FM Liberté. Il a lui aussi subi des coups de la part des membres de la police présents ce jour-là.

Le directeur des renseignements généraux, Sougour Abdelkerim Deby, a exigé que notre correspondant soit embarqué dans son véhicule. Poussé à l'intérieur, il a subi des injures et des coups de crosse.

Durant la trentaine de minutes qu'il a passé dans ce véhicule, notre correspondant Blaise Dariustone a été frappé sous le regard du directeur des renseignements généraux.

Indignations de la DW

Le véhicule n'a pas quitté le siège de notre radio partenaire FM Liberté. Des collègues de notre correspondant ont été pour leur part conduits vers le commissariat pour absence de cartes de presse.

Blaise Dariustone a par ailleurs expliqué qu'il avait été menacé de représailles par Sougour Abdelkerim Deby, juste avant d'être relâché.

La rédactrice en chef de la Deutsche Welle, Manuela Kasper-Claridge, s'est dite indignée du traitement subi par notre correspondant de la part des forces de l'ordre.

"Cela est inacceptable", a-t-elle déclaré. Elle a rappelé que le président Idriss Deby avait promis la liberté aux Tchadiens en prenant le pouvoir il y a trente ans.

"Or, la liberté des citoyens ne saurait être dissociée de la liberté de presse et d'opinion", a indiqué la rédactrice en chef de la DW.

Une grève sans concertation

Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, a dénoncé le mouvement de grève de l'URPT. Chérif Mahamat Zene estime que rien ne justifie cette décision qui a été prise, selon lui, sans concertation préalable.

De son côté, la Haute autorité des médias et de l'audiovisuel (HAMA) était dans les locaux de radio FM Liberté, le jour même de l'incident, pour constater les dégâts de l'intervention violente de la police. Mais celle-ci a préféré exprimer son regret face à la décision de faire grève. Une journée sans radio que l'autorité de régulation a qualifié "d'extrémiste" dans un communiqué. Un communiqué que ne comprend d'ailleurs pas le président de l'Union des radios privées au Tchad, Mekondo Sony.

Selon M. Sony, "Si nous avons décidé de cette journée sans radio c'est en connaissance de cause parce qu'il y a eu à de multiples reprises des agressions sur des journalistes et des violations des locaux de radios."

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