Afrique: Chronique « En toile de fond » I Institutions panafricaines - Un leadership qui se cherche...

1 Décembre 2020
analyse

Union africaine, Banque africaine de développement, Cedeao et même la Confédération africaine de football, il est rare de voir, cette année 2020, une institution panafricaine d'intégration et de développement dont le leadership n'a pas été décrié ou englué dans une spirale de scandales. La récente suspension par la Fifa du président de la Caf Ahmad Ahmad, pour mauvaise gestion, est la dernière déconvenue vécue par un dirigeant africain d'une organisation supranationale pour montrer que le leadership se cherche toujours dans ces institutions.

Bien avant, c'est le président de la Banque africaine de développement, le Nigérian Akinwumi Adesina qui a fait les frais d'une enquête qui a failli menacer sa reconduction à la tête de cette institution panafricaine de financement. Soupçonné par des lanceurs d'alerte à l'interne de favoritisme, de népotisme et de manquements à certaines règles éthiques, il a fait l'objet d'une enquête et d'une polémique entre actionnaires qui, a coup sûr, s'est reflété sur le fonctionnement de cette institution ô combien importante dans le développement de l'Afrique. Ainsi, les épisodes se suivent comme dans un feuilleton de mauvais goût sur le fonctionnement dans ces institutions panafricaines. C'est dire que la crise de leadership comme un virus a infesté ces institutions supranationales pour en rendre malades certaines. Pourtant, le multilatéralisme malgré sa crise existentielle au plan mondial a joué de grands rôles sur le plan continental et régional, en Afrique.

Face à la faiblesse et aux limites de l'État post-colonial africain, les institutions régionales et continentales ont pu combler des vides et apporter soutiens et subsides. Dans leurs marches, certaines ont eu des résultats tangibles comme la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) jusqu'à attirer des grands pays comme le Maroc. Mais aujourd'hui, à côté, certaines institutions d'intégration font du surplace au moment où l'Afrique a plus besoin d'elles. L'Union africaine, héritière de l'Organisation de l'Unité africaine, fait partie de ce lot. Elle n'a pas réussi à accompagner la marche d'un continent qui, ces dernières années, a amorcé un tournant important dans son décollage politique et économique. Avec comme boussole son Agenda 2063, l'Ua avait un gouvernail qui lui permettrait de jouer un rôle d'aiguilleur afin de mettre le continent à l'abri des vagues causées par les crises politiques, sécuritaires ou identitaires.

À l'épreuve, cette institution s'est montrée incapable de peser sur la résolution des crises qui ont émergé en Afrique ces cinq dernières années. Avec la multiplication des foyers de tension dans le continent, elle a laissée le soin à d'autres, Onu, France, États-Unis, Otan, Ue, intervenir, alors qu'elle a mis des mécanismes dans ce sens. Loin du credo de « Solutions africaines aux crises africaines », l'Ua n'a pas fait montre d'un leadership dans des crises majeures africaines. L'exemple le plus flagrant et frappant est celle de la crise libyenne où elle a laissé l'initiative aux capitales occidentales et orientales dicter leurs volontés guidées par leurs intérêts.

AGENDA AFRICAIN. Mis en place en 2013, lors du cinquantenaire de la création de l'Union africaine, l'Agenda 2063 devrait, à terme, donner « une Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ». Cet Agenda avait fixé comme objectif pour 2020, une année où les armes allaient se taire pour permettre au continent de vivre sans conflits. Ce qui n'a pas été réussi et empêche aujourd'hui de dérouler un agenda de développement pour l'Afrique toute entière. Pour arriver à ce résultat, un nouveau leadership est à réinventer pour toutes ces institutions panafricaines afin de les faire jouer ce rôle de moteur qui va permettre à ce continent de carburer en plein régime et de prendre le volant de son destin en main. Que ce soit pour l'Union africaine, la Banque africaine de développement, la Confédération africaine de football et autres, un vrai agenda africain par les Africains et pour les Africains est à définir... .

Plus de: Le Soleil

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