Burkina Faso: L'oncle au neveu

1 Décembre 2020

Cher neveu,

Comme tu as pu le constater, le chaos tant redouté, dans le cadre de la tenue des élections couplées du 22 novembre dernier, ne s'est pas produit chez nous, ici, au Faso. Par la grâce de Dieu, tout s'est bien déroulé dans l'ensemble hormis quelques irrégularités qui ont été relevées par les observateurs nationaux et internationaux. Des irrégularités qui ont bien failli occasionner des troubles mais que les acteurs ont su contenir à temps. En effet, les observateurs ont certes reconnu des dysfonctionnements, mais ils ont souligné que cela ne pouvait, en aucun cas, entacher la régularité et la sincérité du scrutin. On peut pousser un ouf de soulagement pour le Burkina qui vient, ainsi, de donner une belle leçon de démocratie à certains pays de la sous-région, à l'Afrique et au reste du monde. Sur les 13 candidats en lice pour la présidentielle, c'est le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, sans grande surprise, qui a été réélu avec 57,87% des voix, dépassant de loin son rival, Eddie Komboïgo du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l'ex-parti au pouvoir qui a obtenu 15, 48% des voix. Cher neveu, la grande déception ou du moins la grande dégringolade aura été celle du parti du Lion, l'Union pour le progrès et le changement (UPC) qui est arrivée en 3e position avec 12,46%. Ce parti qui était la 2e force politique du pays après les élections de 2015, se voit damer le pion par le CDP qui devient ainsi le Chef de file de l'opposition politique (CFOP). Cher neveu, tout comme en 2015, la classe politique a su montrer une fois encore, sa maturité. En effet, bon nombre de candidats malheureux sont allés féliciter le président réélu; chose qui est rare et même impensable dans certains pays où les crises postélectorales ont pignon sur rue, avec pour conséquences des pertes en vies humaines, d'énormes dégâts matériels, etc.

Les regards tournés vers le Conseil constitutionnel

Heureusement que chez nous, les gens ont bien compris qu'il faut épargner le pays d'une énième crise, dans ce contexte d'insécurité et de Covid-19. En tout cas, cet acte d'élégance de la classe politique burkinabè, est tout à son honneur et devrait faire école. Cher fiston, tout comme la présidentielle, les résultats des législatives sont également connus depuis le 28 novembre dernier. Le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) s'en est tiré avec 56 députés. Il est suivi du CDP qui a obtenu 20 sièges et l'UPC 12. La grande surprise de ces élections aura été la montée en puissance du Nouveau temps pour la démocratie (NTD) du ministre en charge des Transports, Vincent Dabilgou, qui a obtenu 13 sièges. En tout cas, la nouvelle Assemblée nationale aura une reconfiguration différente de celle de 2015 en ce sens que pendant que de nouveaux partis (PDC, MBF, RPI, etc.) font leur entrée à l'hémicycle, d'autres, des anciens (PAREN, Le Faso Autrement, ODT, etc.), plient bagage. En attendant la validation des résultats provisoires par le Conseil constitutionnel, les heureux gagnants savourent leur victoire et les malheureux sont en train de digérer leur défaite. Il appartiendra aux uns et aux autres de commencer à travailler dès maintenant afin de récolter les fruits lors des futures échéances électorales. Car, ne dit-on pas que qui veut aller loin, ménage sa monture? Mais cher fiston, il faut noter que nombre de partis politiques ont déposé des recours auprès du Conseil constitutionnel, surtout en ce qui concerne les législatives. Selon les informations, au moins six recours ont été déposés contre des partis politiques, pour fraudes. Les regards sont désormais tournés vers le Conseil constitutionnel qui rendra son verdict dans quelques jours. C'est là que je mets fin à ma « missive électorale » tout en espérant te retrouver la semaine prochaine. Au revoir et à bientôt! Qu'Allah nous garde!

Ton oncle

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