Sénégal: Chronique « Sur le vif » I Les dieux des stades et les démons du foot

1 Décembre 2020

Mort de Diégo Maradona, suspension d'Ahmad Ahmad. Maradona le béni, Ahmad le banni. En une semaine, le monde du football nous a donné à voir son visage le plus beau, mais aussi sa face la plus laide. La beauté de ce sport réside assurément sur le pré vert rectangulaire, lieu d'expression d'artistes qu'on nomme footballeurs. Sa laideur porte l'empreinte des bureaucrates qui régentent ce sport tout en vivant de la sueur de ceux qui se tuent sur le terrain comme des forçats.

L'Argentine a vécu le deuil de Diégo Maradona à la hauteur des sentiments exacerbés qu'il suscitait : outranciers et passionnés. La santé fragile de l'icône du football mondial n'était un secret pour personne, mais l'annonce de sa mort a entraîné une vague de tristesse dans le monde du ballon rond. Preuve que l'enfant des bidonvilles de Buenos Aires a partout marqué les esprits par ses exploits, sa grandeur et sa flamboyance sur le terrain. Aujourd'hui, personne ne retiendra ses excès hors des pelouses. On ne lui en tiendra pas rigueur car sa part du job, ce pourquoi il était payé, le génial numéro 10 l'a toujours respecté. À travers ce qu'il savait faire le mieux, il a pu procurer un immense bonheur aux fadas du football, même après sa mort. Les scènes de folies qui ont accompagné son inhumation font écho à la liesse collective qui s'est emparée du peuple argentin après la victoire de l'Albiceleste au Mondial 1986 ou encore à la mobilisation exceptionnelle du peuple napolitain lorsque, en 1984, le Pibe de Oro a débarqué au club de Naples qu'il sortira des bas-fonds du classement du championnat italien pour le placer au sommet du football transalpin.

Le monde n'a pas fini de pleurer l'idole Maradona que nous, Sénégalais, sommes submergés par la triste annonce du décès de Papa Bouba Diop. Certes, l'enfant de Rufisque n'a pas le même aura que Diégo, mais pour nous, il restera, à jamais, celui qui, en marquant l'unique but du match contre la France, donna le tempo de la vague de sympathie qui accompagne à jamais la génération de 2002. Diégo Maradona pour avoir donné au football ses plus belles lettres de noblesse, Papa Bouba Diop pour avoir fait chavirer de bonheur le cœur de millions de Sénégalais et d'Africains, méritent assurément tous les honneurs. Comme d'ailleurs tous les footballeurs qui, chaque week-end, à travers différentes compétition, donnent le meilleur d'eux-mêmes pour assouvir l'ardente passion qui sommeille en les supporters. Voilà le bon côté du foot.

Le mauvais côté de ce sport, hélas, est aujourd'hui incarné par ceux qui sont chargés de son organisation : les dirigeants. La vague d'indignation suscitée par la suspension pour cinq ans du président de la Caf, Ahmad Ahmad, en poste depuis 2017, par la Commission d'éthique de la Fifa, n'a d'égal que la longueur de la liste d'infractions qui lui sont reprochées. Violation des articles 15 (devoir de loyauté), 20 (acceptation et distribution de cadeaux ou autres avantages), 25 (abus de pouvoir), 28 (détournement de fonds). Et c'est le football africain qui en prend une sacrée balafre. En réussissant, il y a trois ans, le tour de force de déboulonner le baobab Issa Hayatou, l'on pensait que Ahmad Ahmad allait incarner la rupture dans la gestion de la Caf que le long règne du Camerounais avait fini de nimber d'une voile d'opacité. Finalement, c'est à croire que les hauts dirigeants du football, pas seulement africains, peinent à réfréner leurs ardeurs prévaricatrices. Parce qu'au moment où l'épée de Damoclès s'abattait sur la tête du président de la Caf par la main de la Commission d'éthique de la Fifa, le président de l'instance faîtière du football mondial, Gianni Infantino, est la cible d'une enquête dans la tentaculaire affaire de corruption dite « Fifagate ». Cette même affaire qui avait causé, en 2015, la chute du puissant ancien président de la Fifa, Sepp Blatter, ainsi que celle de son homologue de l'Uefa Michel Platini. Au total, quatorze personnes dont neuf hauts responsables de l'instance dirigeante du football mondial avaient été inculpées. Il y a l'évidence ceux qui font vivre le football et ceux qui vivent du football. Candidat à la présidence de la Caf, Me Augustin Senghor peut remercier Ahmad Ahmad : il lui a montré ce qu'il ne faut surtout pas faire.

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