Cameroun: Tribunaux - Les avocats absents

Les hommes et femmes en robe noire sont invisibles depuis lundi dernier dans les différentes juridictions.

C'est une journée ouvrable différente des autres dans les palais de justice de Yaoundé, ce mardi 1er décembre 2020. Il est 11 h environ. Mais dans les salles d'audience des tribunaux logés au Centre administratif, pas un seul homme en robe noire. La grande salle des avocats qui grouille habituellement de monde demeure fermée à clef. C'est que les avocats sont en grève depuis le 30 novembre, conformément à la décision du Conseil de l'Ordre des avocats, consécutive aux évènements malheureux du Tribunal de Première instance de Bonanjo, à Douala, le 10 novembre dernier. Le Barreau avait à cet effet décidé d'une série des mesures parmi lesquelles la suspension du port de la robe dans toutes les juridictions camerounaises, de la période de prise de décision jusqu'au 4 décembre 2020.

Dans les couloirs du palais de justice au Centre administratif, parmi les quelques rares personnes qui circulent, un monsieur en bras de chemise s'empresse, des papiers dans les mains. Approché, il ne cache pas son identité. « Oui, je suis avocat. Mais je ne suis pas là pour travailler », avance-t-il. Et effectivement, les avocats ne travaillent pas. Ils ne prennent part à aucune audience. D'ailleurs, dans l'une des salles, un justiciable est seul devant la barre face au juge et ses assistants.

En l'absence de son avocat, l'affaire a dû être renvoyée à une date ultérieure. Pareil pour plusieurs autres affaires en correctionnel qui connaissent des perturbations depuis lundi. « Au même moment que l'administration publique nous fait violence par l'intermédiaire de ses collaborateurs, notamment les officiers de police judiciaire en pleine audience, lorsque nous décidons de ne plus nous présenter à l'audience pour protester, c'est normal que les justiciables en souffrent », argumente Me Sylvain Blaise Tchakam, avocat.

Selon les hommes en robe noire, les pouvoirs publics camerounais doivent repenser la question de l'avocature. L'indépendance de la justice devrait passer par le respect des avocats. « Les avocats sont les princes du palais. C'est eux qui permettent le contrepoids et l'équilibre entre la justice étatique et la justice populaire. Ça ne date pas d'aujourd'hui, les violences exercées contre les avocats. Ça se voit dans les commissariats de police, dans les gendarmeries et même dans la rue. Parfois même en pleine audience, il arrive qu'il y ait des prises de bec même avec les magistrats », poursuit Me Tchakam.

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