Afrique de l'Ouest: Esclavage - « L'enfer » des victimes mauritaniennes, maliennes et nigériennes raconté

2 Décembre 2020

A l'occasion de la commémoration de la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, les organisations de droits de l'Homme TrustAfrica, Amnesty International et le Réseau africain contre les discriminations basées sur le travail, l'ascendance, l'esclavage et les croyances sociétales ont organisé, mercredi, une table ronde virtuelle pour partager leurs expériences sur ce fléau accentué, selon elles, par la pandémie de Covid-19, notamment en Mauritanie, au Mali, et au Niger.

Pour ces panélistes, membres des organisations de défense des différentes communautés, même si l'esclavage a été aboli en Mauritanie, au Mali, et au Niger, il existe encore des personnes qui sont traitées comme étant des esclaves du seul fait de leur naissance.

En effet, l'abolitionniste, Aichettou Mouloud, par ailleurs, présidente de l'Association mauritanienne de femmes juristes, révèle que dans son pays, beaucoup d'entre elles sont exposées à de problèmes liés aux actes esclavagistes. « Il y a, aujourd'hui, 12 cas de victimes d'esclavagisme recensés dont deux sont en procès », a fait constater ce membre de la Fondation Sahel qui déplore l'absence des mis en cause dans ces audiences.

Pour cette militante des droits humains, les causes de ce phénomène ne sont pas que sociales, elles sont également d'ordre économique. Car, note-t-elle, au cours de ce webinaire, la plupart des femmes mauritaniennes évoluent dans l'informel et du fait de la pandémie de Covid-19, elles sont économiquement bloquées. « Certaines n'ont pas hésité à laisser leurs filles travailler comme domestiques pour espérer gagner leur vie. Et, c'est là-bas qu'elles sont confrontées à toutes sortes de difficultés », regrette-t-elle. Mais, à l'en croire, « le problème, ce n'est pas les lois, mais leur application effective qui fait défaut en Mauritanie ».

Embouchant la même trompette, Raichatou Wallet Altanata, féministe malienne, activiste des droits humains, pointe un problème de communication dans son pays. « On note des graves violations des droits humains. Ce, depuis très longtemps. Les femmes sont victimes de discrimination, malgré notre législation pénale », constate-t-elle.

Tout comme en Mauritanie, au Mali également, les femmes victimes de ces actes sont pour la plupart dans l'informel fortement affectées par la maladie. « Aucune mesure d'accompagnement n'est prise par nos autorités dans ce sens et il n'y a pas une bonne communication. Elles ont pris des mesures que nous jugeons insignifiantes », a regretté la vice-présidente du mouvement Temedt.

40 millions de victimes du travail forcé dans le monde

Pour sa part, Mme Fatiman Alher, militante des droits humains du Niger, a décrié le fait que les femmes soient « exclues de toutes vie familiale et sociétale ». Ceci, en plus de « la pauvreté » et des mauvaises conditions de travail des domestiques qui « sont traitées comme des inhumains ». Au cours de ces échanges qui ont duré un peu plus d'une heure, toutes les panélistes ont déploré la recrudescence des cas de viols et les problème liés à l'état-civil qui ont un impact sur la scolarisation aussi bien en Mauritanie, au Mali qu'au Niger.

Une situation que la professeure d'histoire Penda Mbow considère comme une nouvelle forme d'esclavage aggravée par la Covid-19. Pour le cas spécifique du Mali, l'ancienne ministre sénégalaise de la Culture a pointé les problèmes des castes qui persistent. « Ce sont les mêmes clans qui ont accompagné Soundiata Keita qu'on retrouve dans les instances de décision. C'est pourquoi, il est difficile de diriger le pays à partir de Bamako », a-t-elle notamment dénoncé.

La fondatrice du mouvement des citoyens n'a pas manqué de dénoncer « le côté sournois de notre société qui, regrette-t-elle, profite de toutes les occasions pour s'adonner à ces pratiques ».

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), il y a actuellement plus de 40 millions de victimes du travail forcé dans le monde. L'esclavage moderne est un terme recouvrant plusieurs pratiques telles que le travail forcé, la servitude pour dettes, le mariage forcé et la traite d'êtres humains. Elle implique des situations d'exploitation qu'une personne ne peut refuser ou quitter en raison de menaces, de violence, de contraintes et/ou d'abus de pouvoir.

Pour rappel, la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage commémore l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies de la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui du 2 décembre 1949.

« L'objectif de cette journée, selon l'organisation onusienne, est d'éradiquer les formes contemporaines d'esclavages telles que la traite d'êtres humains, l'exploitation sexuelle, le travail des enfants, les mariages forcés et le recrutement forcé d'enfants dans les conflits armés ».

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