Sénégal: Eventuel durcissement des mesures barrières contre la Covid-19 - Les craintes des Dakarois

3 Décembre 2020

La résurgence des cas de contamination à la Covid-19 présage la survenue d'une seconde vague. Mais pour plusieurs citoyens, il sera assez compliqué de devoir revivre les restrictions de mouvements. Pour des commerçants et des usagers de la route, l'horizon s'assombrit jour après jour. Le coronavirus n'a pas dit son dernier mot.

Le marché Colobane fourmille comme d'habitude. Le marchandage bat son plein. Derrière ce regain d'activités, des inquiétudes commencent à gagner les esprits. La résurgence des cas d'infection au coronavirus laisse planer des incertitudes. La prudence est de mise, même si le respect de la distanciation physique est presque impossible. Passants, marchands et clients forment un bloc. Cependant, certains, dans cette marée noire, sont conscients du danger qui guette. La dernière arme qu'il leur reste est le masque de protection pour éviter la dissémination de postillons.

Malgré donc la forte canicule, des visages sont partiellement couverts. Du côté des marchands, la crainte est plutôt d'ordre financier. Parallèlement, les usagers de la gare routière s'interrogent surtout sur une éventuelle réduction du nombre de passagers autorisé à bord des véhicules. Ils craignent pour leur mobilité.

Abdoul Aziz Ndiaye tient une boutique de prêt-à-porter au marché Colobane. Au milieu d'un décor luminescent soulignant les nuances de couleur des vêtements exposés, le jeune homme est assis et suit un match de football. Il se souvient encore de la période du couvre-feu et des pertes causées. Il garde de vifs souvenirs des méventes engendrées par les restrictions pour éviter la propagation de la Covid-19. « J'ai ici beaucoup de vêtements que je n'ai pas pu écouler avec la réduction de la clientèle. Les gens avaient d'autres priorités que de se payer de belles tenues. Ils avaient aussi réduit leurs déplacements au marché qui regroupe beaucoup de monde », explique-t-il. Mais selon ce gérant de boutique, l'autre problème est la restriction qui pourrait s'appliquer au vol des avions. En effet, il informe que la plupart de ses articles viennent du Maroc, de la Turquie et de la Chine. Nous avons enregistré de grosses pertes à cause de la réduction des mouvements des personnes », s'exprime-t-il, soulignant que le manque à gagner se chiffre à coup de millions de FCfa. Il s'agit, selon lui, d'une interruption du cycle de l'approvisionnement qui va, de manière directe, affecter son activité.

« Eviter une deuxième vague »

En cas de retour des restrictions, d'aucuns prédisent des difficultés de mobilité. C'est la principale préoccupation des usagers de la gare routière de Colobane. En effet, au plus fort de la pandémie au Sénégal, le nombre de passagers par véhicule a été réduit de moitié par une règlementation. Cette situation avait fait que beaucoup de personnes peinaient à aller au travail ou à rentrer à la fin de la journée. « Il fallait carrément jouer des coudes pour avoir une place assise. Par exemple, il est arrivé plusieurs fois que des mères de famille soient obligées de marcher des kilomètres pour regagner leur domicile. On se souvient tous de ces scènes de longues marches nocturnes sur l'autoroute durant le couvre-feu », se désole Aissatou Goudiaby.

La jeune dame, équipée d'un masque chirurgical bien positionné, s'apprête à prendre le bus pour rallier Guédiawaye. Elle ajoute qu'au vu de la situation, il serait prudent de s'approvisionner en solutions hydro-alcooliques pour limiter la propagation du virus. « C'est tout ce que je peux faire à mon niveau pour éviter une deuxième vague. Espérons que cela ne se produira pas, même si les gens respectent de moins en moins les consignes édictées », regrette-t-elle tout en réajustant ses correcteurs.

Mamadou Badiane a prêté une oreille attentive aux propos d'Aïssatou. Ce marchand ambulant, d'une vingtaine d'années, explique qu'une reconduction des restrictions serait difficile. «Au-delà des difficultés de mobilité et d'éventuelles méventes, nous risquons de galérer à trouver à manger si les gargotes baissent rideaux », déclare le jeune garçon tenant par devers lui des chemises à manches longues. Par ailleurs, il pousse un peu plus la réflexion. En effet, pour lui, tout le monde serait responsable au cas où la deuxième vague profilerait. Il estime que si la distanciation physique et les gestes barrières étaient respectés, la question d'une résurgence de la maladie ne se poserait pas. « La vérité est que nous sommes parfois têtus, on aurait dû tirer les leçons de la première vague », peste-t-il, alors que lui-même n'a pas mis son masque.

Plus de: Le Soleil

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