Sénégal: Découverte| E - sport - La première équipe professionnelle du Sénégal dans les starting-blocks

3 Décembre 2020

La Senegalese official legion of e-sport (Solo E-sport) vient de recruter son équipe de joueurs amenée à faire rayonner le pays à l'international. Son Directeur général, Baba Dioum, nous présente, en exclusivité, son écurie.

Possédant une double signification, «Solo e-sport» vient du wolof Solo, signifiant «importance» ; celle des jeux vidéo. La seconde est un acronyme ironisant sur l'individualité apparente de cette pratique, «solo» voulant dire «seul», et la réalité d'une véritable activité de groupe. «Solo» est le premier club national d'e-sport du Sénégal. Bien qu'existant depuis plusieurs années, les clubs de joueurs de jeux vidéo n'ont jamais dépassé le cadre amateur au Sénégal, souvent concentré sur un seul jeu. «Solo» va plus loin. L'e-sport est la pratique compétitive du jeu vidéo qui n'est rien d'autre qu'un produit culturel en pleine expansion.

Pour rappel, en 2019, l'industrie vidéoludique générait un chiffre d'affaires mondial de 150 milliards de dollars Us, dépassant celle du cinéma, de la musique et de la vidéo... réunis. Devant ce constat, les acteurs du milieu ont su mettre en place le concept e-sport, professionnalisant des équipes entraînées, attirer des sponsors et faire connaître cette activité à travers des compétitions offrant des prix en espèces sonnantes et trébuchantes.

Aujourd'hui, le secteur connaît un succès fulgurant sur Internet grâce aux retransmissions de compétitions suivies par des millions d'internautes sur des plateformes telles que YouTube ou Twitch. Les chaînes de broadcasting traditionnelles commencent à s'y mettre comme Espn, explique Baba Dioum, Directeur général de «Solo e-sport». Pour lui, fonder un club professionnel au Sénégal s'est révélé d'une importance cruciale.

«L'e-sport est en train de décoller. Sur le continent beaucoup de compétitions sont organisées. Il y a un besoin de former et d'accompagner les joueurs pour qu'ils puissent participer et permettre au Sénégal d'avoir une bonne visibilité et une bonne position dans l'e-sport», déclare-t-il, soulignant, le ton plein d'espoir, que «ces compétitions génèrent des « cash price » (prix), donc de l'argent qui peut être bénéfique pour les joueurs leur permettant d'en vivre. Cela motivera d'autre joueur à s'impliquer dans ce beau sport».

Jusqu'à ce jour, le pays était à la traîne face à d'autres du continent plus en avant en termes de professionnalisme. L'Afrique du Sud est le véritable poids lourd de l'e-sport en Afrique. Il y a également les pays d'Afrique du Nord tels que le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte. Dans la partie Ouest, on citera le Nigeria, le Ghana et la Côte d'Ivoire qui, eux aussi, sont entrés dans la course.

Clichés sur l'industrie du jeu vidéo

Baba Dioum veut, par la même occasion, lutter contre les clichés que véhicule l'industrie du jeu vidéo. Tout d'abord, il faut dissocier la pratique du jeu vidéo et le e-sport qui n'est ni plus ni moins qu'une pratique compétitive comme n'importe quel autre sport. «Il faut aussi se débarrasser de l'idée que les jeux vidéo rendent violent», dit-il. D'innombrables études sur le sujet ont, en effet, déterminé l'absence de causalité entre la pratique du jeu vidéo et la violence. «Dans l'e-sport tout est maîtrisé. Tous les jeux choisis sont bien sélectionnés, car cela parle à une cible, il y a des partenaires qui investissent derrière. Et quand on parle du jeu vidéo au sens global, c'est un produit culturel au même titre que le cinéma ou la musique. En temps qu'association, nous mettons en place des encadrements dont l'objectif est de sensibiliser sur ce que sont les jeux vidéo, promouvoir la sociabilité, l'esprit d'équipe», promeut M. Dioum.

Solo E-sport : C'est quoi ?

L'aventure remonte à 2011, lorsque Baba Dioum, passionné par la technologie, le Gaming et la culture, lance l'association Sengames afin de construire un écosystème gaming au Sénégal. En 2020, l'association participe à un appel d'offre de l'ambassade de France pour fonder cette première équipe professionnelle. Puis tout va très vite, Sengames remporte l'offre et les voilà propulsé à la tête d'un projet soutenu et financé par l'ambassade et l'Institut français en mettant à disposition un espace de 150 m² dédié au gaming à Cité Biagui, à Dakar, du matériel professionnel de dernière génération comprenant, entre autres, 5 PlayStation 5, 2 consoles Xbox S ou 2 pc gamers dotés de hardware dernière génération. La crise de la Covid-19 a accéléré tout le processus, confie le Directeur général : «Cela a impacté la sélection de joueurs en réduisant l'offre de joueurs inscrits, car la sélection s'est faite en ligne». L'écurie est notamment composée de 2 managers, 5 joueurs permanents évoluant sur 4 jeux spécifiques (Fifa, Pro Evolution Soccer, Mortal Kombat et Street Fighter) et 4 coachs qui sont d'anciens joueurs/compétiteurs ayant gagné des tournois.

«Au-delà de ces 4 jeux où nous aurons des joueurs professionnels sur lesquels ils s'entraîneront et seront rémunérés, nous en aurons d'autres. Là, les joueurs seront coachés pour la compétition et ils pourront recevoir des bonus en fonction de leurs performances», déclare M. Dioum.

Lorsqu'on lui demande les qualités requises pour la compétition, il admet que tout le monde peut tenter sa chance, mais il reconnaît qu'il faut être passionné. Il faut également avoir la capacité de s'investir en temps et en énergie. Pour devenir pro, M. Dioum est catégorique : «Il faut un fort mental. Être capable de subir et d'accepter la pression. Ce sport engendre de la tension. Il faut de la régularité, de la constance. Cela demande un entraînement intensif. Être capable d'être accompagné par un coach et avoir la volonté de s'améliorer».

Un programme personnel sera mis en place avec des entraînements orientés sur le jeu du joueur et l'étude des jeux ainsi que d'autres orientés sur le joueur lui-même, son mental, l'aider à vaincre le stress, le développement de son esprit d'équipe.

L'équipe officiellement présentée ce mois de décembre

La phase de présélection des 5 heureux élus vient tout juste de se terminer. Ainsi, Adama Thiam alias Addexx, joueur Pro Fifa, Hady Diouf alias MomoJuve, joueur Pro Pes, Sidy Mouhamed Sow alias Sidy Kuro, joueur Pro Versus Fight Street Fighter et Hamza Niang alias Hamza Solo, joueur pro Mortal Kombat, et Mouhamed Thiam, alias Dexx Junior Champion d'Afrique Feja 2019 et joueur pro Fifa, ont été annoncés sur le compte Twitter de Solo e-sport. L'équipe sera officiellement présentée lors d'une cérémonie de lancement officiel qui aura lieu en décembre dans les locaux du club. Ce sera l'occasion de présenter les figures amenées à faire briller le Sénégal en dehors de ses frontières, des démonstrations seront également faites et d'autres clubs e-sport du continent pourraient aussi être de la partie. Les joueurs seront rémunérés.

«Le but est d'avoir des joueurs professionnels qui s'entraînent 8 heures par jour. Mais aujourd'hui, les joueurs vivent dans un contexte leur empêchant de pouvoir se consacrer pleinement à cette activité. Donc nous partons sur une base semi pro, où les joueurs ne viennent que la demi-journée. Mais en période de préparation d'évènement, les joueurs pourront s'entraîner de manière plus soutenue pour les grandes rencontres», ajoute M. Dioum. Les sommes destinées aux joueurs serviront à dédommager le temps investi ou du moins pour que la pratique ne représente pas un manque à gagner. Il s'agit de les motiver afin que les joueurs s'investissent pleinement. C'est ainsi «qu'au fur et à mesure que l'on avancera dans le projet, la rémunération augmentera», avoue-t-il.

Le lancement officiel sera ainsi l'occasion de l'ouverture de la «Gameshouse» au public. Cette dernière visera à favoriser la rencontre entre joueurs. Des formations pourront y être suivies et un système de carte d'adhésion donnera accès au club pour venir se confronter aux meilleurs et se faire aider. «Et c'est à travers cela que l'on pourra créer une véritable synergie entre les sponsors, les vendeurs de jeux vidéo, les promoteurs, etc.», confie M. Dioum. Bien que ne se fixant pas d'objectif en termes de victoire, Solo e-sport en aura en termes de participations. Notamment pour le prochain Festival de l'électronique et du jeu vidéo d'Abidjan (Feja) où Solo e-sport alignera ses meilleurs joueurs. Finalement, Solo e-sport tendra, dans un avenir proche, à promouvoir la représentation des femmes dans le milieu. «Cela commencera par employer des femmes au sein de la «team», mais également en offrant des formations plus orientées pour le public féminin», conclut le Directeur général.

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