Congo-Brazzaville: Bande dessinée - Jussie Nsana veut faire rayonner les langues congolaises

interview

M. Kopa et son ami Kihuari, deux retraités, viennent de percevoir leurs pensions. Ils décident d'aller boire un verre dans un bar. Là-bas, ils sont pris au piège par Jojo et sa bande de copines qui leur soutirent leurs pensions. Voilà en quelques mots le récit de M'tekolo, (de Jussie Nsana, peintre bédéiste) BD de 24 pages en lari, format A5, publiée en février 2020 sous le label « Nsana'Arts Butsiêle » et a été présentée au public, le 24 février, lors de la Journée internationale de la langue maternelle à l'école Les Bourgeons à Pointe-Noire.

Votre BD (bande dessinée) se nomme « M'tekolo », pourquoi l'avoir ainsi intitulée ?

M'tekolo signifie « petit-fils ou petite-fille » dans ma langue maternelle. Pourquoi ce choix, tout simplement parce que je voulais mettre en valeur nos langues qu'on nomme vulgairement « patois » et qui, à mon humble avis, sont reléguées au second plan car considérées comme sans importance. Conséquence, de plus en plus d'enfants ne connaissent pas leurs langues maternelles et éprouvent de la honte pour en parler. Victime en outre dans les années 90 du « symbole » en classe de CE1, cela m'avait totalement marquée. Alors devenue artiste, j'ai pris ma petite « revenge ». Ecrire donc en lari a été non seulement un vrai bonheur mais aussi un devoir puisque je valorise cette langue via des expressions et proverbes. Et puis au quotidien, j'ai souvent recours à nos langues dans la mesure où tous mes travaux portent que ce soit en peinture comme en photographie ou encore dans toute autre forme d'expression artistique des titres dans nos différentes langues.

La couverture est peu expressive, une femme inclinée avec un regard flottant. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Sans pour autant être moralisatrice, je parle dans la BD d'un phénomène nommé « La mourincia » qui a eu une certaine ampleur dans la société congolaise et tant à disparaître. Il s'agit ici d'une bande de filles, à la recherche d'hommes naïfs à qui elles peuvent soutirer des sous en usant de leurs charmes. C'est en fait une suite de mes premières planches de BD publiée dans la Revue congolaise de BD « Mbongui Bulles » à Brazzaville en juillet 2005, seule nouveauté l'arrivée dans le carré des personnages principaux de « Monsieur Kopa et son ami Monsieur Kihuari » deux retraités.

Qu'est-ce que cette BD apporte de plus dans le paysage de la BD congolaise ?

J'avoue que c'est une question assez pertinente. La particularité de cette BD, c'est qu'elle est mon premier jet en individuel et M'tekolo est entièrement dans une langue de chez nous. Cela pourrait sûrement booster les lecteurs à s'intéresser un plus à nos langues, en apprendre l'écriture, ou tout simplement à vouloir les apprendre et non à les dénigrer en les réduisant en des simples patois. Mon message ici est que l'on doit être fiers de nos langues, c'est notre patrimoine et elles regorgent de tant de richesses.

On connaît votre passion pour la BD, pourquoi avoir attendu autant d'années pour sortir cette BD ?

Il est vrai que ce projet date de très longtemps, pour être précis c'est en 2005 que j'ai commencé à y travaillé à Brazzaville, puis développé plus tard à Pointe-Noire... S'agissant de la sortie, rappelons qu'au Congo nous n'avons pas de maisons d'édition adapter au 9e art, et le coup des factures à l'imprimerie est aussi très élevé. Heureusement plusieurs associations et collectifs se battent pour faire vivre la BD Congolaise à travers des BD publiées, je parle ici de l'association congolaise pour la promotion de la BD, de Graphyk Noir, et aujourd'hui Nsana'Arts Butsiêle par le biais de son projet «Dikouala Bulle ». Nous espérons que ce dynamisme incitera les Congolais à s'intéresser à nos publications et à donner une chance à cet art de se déployer dans nos maisons, écoles et commerces.

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