Cote d'Ivoire: Des artistes ivoiriens en garde à vue

Artistes musiciens ivoiriens Yodé et Siro
3 Décembre 2020

Attention à ne pas jeter de l'huile sur le feu !

Les artistes Yodé et Siro ont été entendus le 2 décembre dernier par le procureur et placés en garde à vue. « Aller dire au procureur Adou Richard que « un mort, c'est un mort ». C'est cette phrase qui faisait référence aux victimes des violences électorales consécutives au troisième mandat de Alassane Ouattara, qui vaut à ce duo du zouglou, sa décente aux enfers considérée par le procureur comme un crime de lèse majesté. En laissant percevoir à travers leur message, que le procureur privilégie plus les enquêtes contre les opposants que le pouvoir ivoirien tient pour responsables des derniers évènements malheureux, les artistes n'y sont pas allés de main morte certes.

Mais de là à les placer en garde à vue pour outrage à magistrat, c'est pousser un peu loin le bouchon. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette façon de faire traduit une certaine frilosité des autorités ivoiriennes. Car, on a le sentiment que le pouvoir ivoirien veut se servir de la Justice pour étouffer dans l'œuf toute forme de contestation du troisième mandat de Ouattara. Cela dit, le procureur gagnerait à élucider des affaires plus graves telles que celle du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer dont la disparition en 2004, reste, jusque-là, un mystère, plutôt que de s'en prendre à des artistes qui n'ont fait que dire ce qu'ils pensent. Où est donc passée la liberté d'expression ? Le procureur Adou Richard doit se raviser d'autant que, comme le dit l'adage, « ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait baisser la fièvre ».

Il ne faudrait pas utiliser l'appareil judiciaire à des fins politiques

La liberté d'expression ne doit pas être remise en cause parce que l'on veut coûte que coûte protéger un pouvoir en place. Ce n'est un secret pour personne que le troisième mandat d'ADO ne fait pas l'unanimité et si jusque-là, la lagune Ebrié n'est pas sortie de son lit, c'est parce que les Ivoiriens, dans leur grande majorité, ont fait preuve de retenue. Attention donc à ne pas jeter de l'huile sur le feu car, à force d'embastiller les opposants ou leurs sympathisants, le régime d'ADO risque de réveiller les vieux démons. Cela est d'autant plus vrai que certains artistes sont si populaires que toute action visant à les empêcher de s'exprimer, peut susciter le courroux de leurs fans.

Les récentes violences qui ont entraîné la mort d'une cinquantaine de personnes en Ouganda suite à l'arrestation de l'artiste et candidat à la présidentielle, Bobi Wine, sont illustratives à cet égard. La Côte d'Ivoire n'est pas encore totalement à l'abri de violences postélectorales et le procureur gagnerait à faire preuve de discernement. Il est vrai qu'on ne saurait, au nom de la paix, tolérer certaines dérives mais il ne faudrait pas non plus utiliser l'appareil judiciaire à des fins politiques. En tous les cas, le procureur Adou Richard joue sa crédibilité et même celle du pays dans cette affaire. Car, il faut bien le dire, il n'y a que dans les pays du Gondwana que l'on peut placer un citoyen en garde à vue pour outrage à magistrat.

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