Afrique: Valéry Giscard d'Estaing - Réformateur en France, barbouze en Afrique !

La Grande Faucheuse a encore fait des siennes ! Elle a emporté Valéry Giscard d'Estaing (VGE) par le truchement de la covid 19. Une autre victime de choix de cette pandémie qui n'en finit pas de décimer le 3e âge et de paralyser l'économie mondiale. Adieux VGE, avec tout le respect dû au grand commis de l'Etat français que vous avez été, avant d'en être le premier magistrat pendant 7ans, de mai 1974 à mai 1981.

C'est un cerveau, un brillant économiste, un ministre des Finances chevronné (1962- 1974) et un président réformateur audacieux que la France pleure depuis hier : en effet, VGE rime avec IVG, comme Interruption volontaire de grossesse, car c'est sous son mandat que la loi autorisant l'avortement a été adoptée en France. C'est encore VGE qui dépénalisa l'adultère dans l'Hexagone et y abaissa à 18, l'âge de la majorité. Quoi de plus normal qu'un gaulliste bon teint donnât un bon coup de pied dans la fourmilière de la France conservatrice, dépoussiérant au passage une Ve République à la recherche d'un second souffle dans le dernier quart du 20e siècle !

Voilà pour le président réformateur, par ailleurs grand partisan de l'intégration économique européenne, du moins de ses Etats de l'Ouest, pour répondre, guerre froide oblige, à l'emprise soviétique sur ceux de l'Est. Cette propension de VGE à barrer la route au communisme et aussi à protéger les intérêts commerciaux et stratégiques français s'est aussi grandement exprimée en Afrique, un continent qu'il connaissait bien et qui exerçait sur lui une attirance à la limite du mysticisme.

VGE, dès les années 1960, avait été séduit par les grandes richesses fauniques et minières de l'Afrique et prenait plaisir à venir y chasser, à favoriser l'implantation d'entreprises françaises, si ce n'est à succomber à la tentation d'accepter des présents indus. L'affaire dite « diamants de Bokassa » offerts à VGE est la plus connue et la plus célèbre illustration des amitiés coupables qu'un président français ait pu entretenir avec un chef d'Etat africain. On sait moins par contre que, déjà ministre des Finances, VGE avait dressé sa tente de chasseur au Burkina, plus précisément à Arly, où il vint tirer du gibier en 1971, sur invitation du ministre burkinabè des Finances de l'époque, Marc Garango.

En Afrique, VGE n'a pas seulement chassé du gibier, convoité des pierres précieuses, il a aussi mâté des rébellions, déstabilisé des régimes et renversé des présidents dans la logique de la guerre froide et aussi de la protection des intérêts géostratégiques de la France. Pour certains analystes, si à l'époque, l'Union soviétique avait instrumentalisé Cuba pour protéger le régime de Luanda, tourné vers l'Est, la France passait pour le « Cuba des Etats-Unis », un gendarme commis pour défendre les pouvoirs pro-occidentaux en Afrique subsaharienne : ainsi, entre 1977 et 1981, VGE y a lancé officiellement 6 interventions militaires au Zaïre (RDC), en Mauritanie au Tchad et en Centrafrique. Et on passe sous silence les opérations officieuses de commandos au Dahomey (actuel Bénin) et aux Comores.

Réformateur en France et barbouze en Afrique, ce sont là des clichés forts que l'on peut retenir du septennat de magister contrasté, ambivalent, de VGE sur l'Hexagone et dans son pré carré africain. L'homme avait promis d'impulser un nouvel élan à la coopération franco-africaine et d'en changer le format traditionnel fait d'ingérences et de défense d'intérêts politiques et économiques tricolores. Il n'aura pas réussi à créer cette rupture. Sa non-réélection en 1981 n'est pas étrangère à cet échec.

Requiescat in pacem !

Plus de: L'Observateur Paalga

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