Mali: Viols et violences physiques en série à Gao

HRW/ Bonnie Katei
Une jeune femme victime de viol (Illustration)
4 Décembre 2020

Alors que la crise malienne s'étend à de nouvelles zones, les femmes payent le prix fort. Rencontre à Gao d'une infirmière qui raconte les violences subies par les femmes.

Alors que les 16 jours d'activisme pour mettre fin aux violences faites aux femmes sont toujours en cours dans le monde, ces violences faites aux femmes sont en constante augmentation dans l'ensemble du Mali.

"Je me rappelle d'une petite fille, âgée d'environ 11 ans", raconte dans la matinale de la DW une infirmière à Gao. "Son état m'a renversé, au point de ne plus pouvoir dormir. Quand j'y pense, j'ai mal, car elle avait été violée. Et à chaque fois que l'on essaye de la toucher, elle se souvient du monsieur qui l'a envoyé", confie cette femme qui souhaite rester anonyme.

Cette histoire, qui remonte à il y a six mois, l'infirmière s'en souviendra probablement toute sa vie. Elle qui exerce dans la région de Gao ne sera pour autant pas au bout de ses peines.

Elle le dit elle-même : dans la zone, de plus en plus de femmes se confient. Les cas apparaissent à chaque coin de case. Des violences physiques et psychologiques, le viol, ou encore la maltraitance. "Pendant la crise, disons entre 2012 et 2013, nous, les femmes avons été vraiment vulnérables. Beaucoup ont été battues. Moi aussi, à deux reprises, sur les mains, mais ça va encore... "

Au Mali, l'insécurité grandissante conjuguée au chômage et plus récemment à la crise de la Covid-19, n'ont fait que porter un coup supplémentaire aux Maliennes. "Chaque violence imbrique une autre violence. Vous pouvez être violée, maltraitée psychologiquement, on vous refuse l'opportunité ou les ressources même pour manger. Donc vous pouvez arriver à les subir toutes les violences au même moment", explique Fabiola Ngeruka, en charge des questions de violences basées sur le genre au Fonds des Nations unies pour la population.

Les jeunes filles sont plus à risque

Selon elle, 5205 femmes ont demandé une assistance psychologique ou médicale en raison de violences commises à leur encontre. Elles étaient un peu plus de 3000 en 2019, et 2163 en 2016.

Fabiola Ngeruka ajoute que"la plupart des gens touchés, ce sont des jeunes filles entre 12 et 17 ans. Ce qui nous inquiète. Ce sont des enfants qui sont touchés, on a même intégré un pédiatre à notre équipe."

Une augmentation due au contexte, mais également rendue possible grâce à une sensibilisation proactive auprès des communautés. Pas de donnée à l'échelle locale en revanche, l'affaire est trop sensible. Ce qui est sûr, c'est que si les groupes armés ont leur part de responsabilité, les hommes du foyer aussi.

Et la gent féminine n'est pas la seule victime. Parmi les cas recensés, près de 1% sont des garçons, des petits garçons. Une donnée souvent tue, qui ne représente que la partie émergée de l'iceberg.

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