Congo-Kinshasa: Violée à 13 ans, Thérèse retrouve confiance et dignité

Trois ans après le viol subi lors des troubles armés dans la Province du Kasaï, Thérèse essaye de surmonter ses souffrances physiques et morales. Une prise en charge médicale dans un hôpital renommé de Bukavu et une aide financière lui donnent un nouveau départ.

En 2007, Thérèse pensait échapper à la violence qui avait embrasé sa région d'origine en trouvant refuge dans un village à plus de 80 kilomètres de chez elle. Mais sur place, trois hommes armés la violent. Ce grave évènement la laisse enceinte, bien que trop jeune. Puis est né un enfant non désiré. Thérèse est alors isolée de son entourage qui ne la soutient pas. Si le traumatisme est profond, la jeune femme va mieux aujourd'hui. « Je ne m'éloigne plus des autres. Au contraire, les gens viennent vers moi pour voir quel miracle je suis », affirme-t-elle.

Avoir survécu à la violence sexuelle tout en élevant un enfant issu de ce tabou lui vaut d'être stigmatisée. L'accouchement a aussi laissé des séquelles : la fistule qu'elle a développée provoque des fuites urinaires constantes qui ont aggravé le rejet de la communauté dans laquelle elle vivait.

Loin de chez elle, en détresse, Thérèse ne peut compter sur aucun proche pour surmonter ce choc. Elle avait perdu la trace de sa mère et de sa sœur aînée. Son père avait trouvé la mort dans les affrontements. « J'étais désespérée. J'attendais simplement la mort », confie-t-elle.

Accusée de porter malheur

Un jour pourtant, une personne de bonne volonté parle de Thérèse à une équipe du Comité international de la Croix Rouge (CICR) en mission dans la zone. En les voyant, elle exprime le souhait de revoir sa famille, et les recherches lancées avec l'aide de la Croix Rouge de RDC aboutiront à une réunion avec sa mère en juin 2020. Thérèse se souvient : « j'étais perdue loin de mon village natal, incapable de faire quoique ce soit par moi-même. Je ne pensais pas que ce serait possible de revoir ma mère. Et quand c'est arrivé, j'ai pleuré de joie ». La sœur aînée reste néanmoins introuvable.

Malgré les retrouvailles avec sa famille, sa communauté d'origine ne montre pas de signe d'empathie. Au contraire : « Personne ne s'approchait de moi », raconte Thérèse. «On disait que j'étais porteuse d'un mauvais sort et que je devais me repentir. Tout cela causait de la peine à ma mère qui voulait se suicider.

Puis, soignée par un Prix Nobel

Thérèse avait besoin d'une prise en charge médicale sérieuse pour soigner les conséquences du viol et de l'accouchement précoce. Le CICR décida de la transférer dans une structure appropriée dans l'Est du pays pour une chirurgie réparatrice. Mais en raison de la pandémie de Covid-19, elle a dû attendre plusieurs mois avant de pouvoir s'y rendre.

C'est à l'hôpital de Panzi, dirigé par le Docteur Mukwege, prix Nobel de la paix, finalement qu'elle est accueillie en août 2020. Sa mère l'accompagne. « Beaucoup de ceux qui m'ont vu avant l'hospitalisation ne pensaient pas que j'allais survivre», avoue-t-elle. Quatre mois après, en novembre, l'état de Thérèse est jugée satisfaisant. Elle sort de l'hôpital.

«Je me sens bien, les mauvaises odeurs ont disparu et mes règles sont redevenues normales», indique-t-elle. «Je continue à prendre des médicaments et il m'a été recommandé beaucoup de repos».

J'ai repris le goût de vivre

De retour dans son village, Thérèse doit affronter un environnement toujours difficile : sans ressource financière, comment se réintégrer ? Comment surmonter l'ostracisme de sa communauté ? Devra-t-elle s'engager dans des relations sexuelles de survie, comme cela arrive parfois dans ce genre de situation ? Le CICR lui donne de l'argent liquide ainsi qu'un téléphone portable, en l'ayant auparavant formée à la gestion d'une activité génératrice de revenus.

Mais pour le moment, toujours convalescente, Thérèse se fait aider par sa mère. Cette dernière a choisi d'acheter et de revendre de l'huile de palme alors que sa fille se contente pour l'instant de vendre des petits articles comme des galettes, des biscuits et des bonbons devant l'école à proximité de leur maison. «C'est quelque chose de léger qui ne va pas trop me fatiguer», dit-elle.

Thérèse compte reprendre ses études après sa guérison complète. La confection de vêtements l'intéresse particulièrement : «cela a toujours été mon rêve. Je me sens forte et j'ai repris le goût de vivre. Je me sens bien dans ma peau maintenant».

Le Docteur Denis Mukwege, 65 ans, gynécologue et militant des droits de l'homme congolais, est surnommé «l'homme qui répare les femmes». Le prix Sakharov en 2014 et le prix Nobel de la paix en 2018 sont venus couronner le travail de toute une vie dédiée à la lutte contre les violences sexuelles. Il œuvre actuellement à l'hôpital général de référence de Panzi, dans la province du Sud-Kivu, dans l'Est de la RDC. Cette structure médicale est connue pour son expertise dans le traitement des pathologies gynécologiques, en particulier les troubles de la reproduction et les blessures dues aux violences sexuelles, ainsi que le traitement holistique des survivantes des violences sexuelles. Le CICR entretient une collaboration permanente avec le Docteur Mukwege depuis plus de 20 ans. Dès 1997, à l'hôpital de Lemera où ce dernier était médecin directeur, les chirurgiens de guerre du CICR ont aidé des milliers des femmes à se remettre de leurs blessures. Cette coopération se poursuit encore aujourd'hui à l'hôpital Général de Panzi, où le CICR a référé en 2002 la toute première patiente suivie par le Docteur Mukwege.

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