Congo-Brazzaville: Voir ou revoir - « Le mariage de Verida » de Michela Occhipinti

Connue pour ses reportages sur l'immigration et des documentaires à travers le monde, la réalisatrice italienne Michela Occhipinti vient de réaliser un coup de maître avec son premier long-métrage fiction. Film sensible et plein d'émotions, « Le mariage de Verida » est un coup de gueule contre les critères esthétiques imposés à la femme, au nom des traditions ancestrales.

Au regard des combats menés ici et là pour la condition de la femme, longtemps reléguée au second rang dans une société ancrée dans le patriarcat, ce film vient apporter un nouveau témoignage et mettre en lumière l'immensité du chemin qui reste à parcourir. « Le mariage de Verida » ou « Flesh out », dans sa version anglaise, met à nue une pratique très peu connue, immonde et archaïque, uniquement réservée une fois de plus aux femmes : le gavage alimentaire.

Résidant à Nouakchott, la capitale mauritanienne, Verida travaille dans un salon de beauté et apprécie la compagnie de ses copines, des jeunes filles modernes habituées des réseaux sociaux et très émancipées dans leur vie quotidienne. Son environnement professionnel contraste beaucoup avec celui de sa famille qui demeure encore très attachée aux coutumes du pays. Un matin, sa mère lui informe qu'elle a été promise à un homme et que la cérémonie de mariage serait prévue dans trois mois.

Comme le veut la coutume, Verida devrait prendre du poids afin de plaire à son futur mari. Commence alors pour la jeune femme un éprouvant marathon de « gavage », l'obligeant à s'empiffrer quotidiennement de nourriture. Dès l'aube et à plusieurs reprises dans la journée, on peut voir à l'écran sa mère lui apporter des bols entiers de bouillie consistante et des plats de viandes bien grasses afin d'atteindre l'objectif souhaité... Mais, à l'approche des noces, Verida a de plus en plus de mal à supporter ses proches, son mode de vie, l'idée de se marier avec un homme qu'elle n'a pas choisi et son propre corps qu'elle a vu se métamorphoser contre son gré.

« Il y a quelques années, en me regardant dans le miroir, je me suis focalisée sur toutes les rides de mon visage. Je vieillissais et je ressentais soudainement un sentiment de détérioration et de perte... J'ai commencé à observer les femmes autour de moi et j'ai réalisé que beaucoup recherchaient la jeunesse à tout prix. Elles étaient obsédées par des images de beauté imposées, inaccessibles et subjectives, au point d'avoir recours à la chirurgie esthétique, de grossir des parties de leurs corps ou, au contraire, de se rendre très minces. C'est ainsi qu'est née l'idée d'un film sur les diktats de la beauté féminine dans nos sociétés », avait partagé la réalisatrice Michela Occhipinti, à propos de son film.

D'une durée d'environ 1h 30 min, « Le mariage de Verida » est un appel à l'estime de soi, la remise en cause de certaines coutumes dévastatrices et l'abolition du mariage forcé. Le film fait également un zoom sur l'idéalisation de la blancheur occidentale que voudraient acquérir certaines copines de Verida ou encore la volonté de défriser leurs cheveux, sans compter l'obsession de la fine ligne à l'opposé des critères mauritaniens.

Une autre qualité de ce film réside dans la richesse des personnages, qui pour la plupart essaient le métier d'acteur pour la première fois. Verida, par exemple, n'est pas représentée comme une victime, mais comme une jeune femme futée, combattive et qui tente de composer avec les contraintes de la vie, l'espoir d'un lendemain meilleur. Et à l'opposé, son entourage n'est pas perçu comme un groupe de tortionnaires barbares mais comme des parents, des proches incontestablement affectueux mais enfermés dans une tradition stricte.

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