Tchad: Recul des libertés civiles avant la présidentielle

4 Décembre 2020

Trois personnes ont comparu devant la justice. Elles sont accusées de troubles à l'ordre public et d'acte de rébellion.

Le délibéré du procès des trois accusés est prévu vendredi le 11 décembre. Le procureur a requis ce vendredi une peine de prison de 15 jours à l'encontre de l'activiste Kemba Didah Alain. Il a requis une relaxe pour ses deux co-accusés.

Kemba Didah Alain a été arrêté alors qu'il voulait informer l'opinion publique de la non-tenue d'un forum citoyen interdit par les autorités. Deux co-accusés comparaissent dans la même affaire. Éloge Bessane est l'imprimeur accusé d'avoir confectionné la banderole devant servir à l'évènement. Et Saleh Mahamadou est le conducteur de taxi-moto qui devait porter la banderole à l'activiste.

"Autorité de l'Etat"

Pour Jean Bernard Padaré, porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti au pouvoir, ces trois personnes voulaient organiser une rébellion.

"Manifestement, au lieu de saisir la justice pour obtenir l'annulation de ces mesures, il y avait des gens qui ont préféré se faire justice eux-mêmes en allant en rébellion contre ces mesures. Il est tout à fait normal que l'autorité de l'Etat soit réaffirmée", affirme l'ancien ministre de la Justice.

Le forum citoyen avait été interdit officiellement en raison de la pandémie de Covid-19. Pourtant, entre fin octobre et début novembre, le pouvoir a organisé le 2ème forum national inclusif qui a conduit à une révision constitutionnelle intervenue jeudi (03.12). 600 personnes ont pris part à ce forum.

Arrestations arbitraires

Professeur de droit public et ancien ministre de la Justice, Mahamat Hassane pense que l'arrestation de l'activiste et de ses co-accusés est arbitraire.

"Il n'y a pas eu début d'exécution de l'infraction (organisation du forum). Normalement, ils doivent bénéficier en principe d'une relaxe. Face au droit, les faits ne tiennent pas. On pourrait encore rattraper ce recul en acquittant ces citoyens", explique cet ancien ministre sous Idriss Deby.

L'ONG Amnesty International a demandé la libération immédiate des trois détenus et constate que la "multiplication des atteintes à la liberté d'expression et d'association a atteint une proportion inquiétante au Tchad".

Pour Helga Dickow, expert à l'institut Arnold-Bergsträsser de Fribourg en Allemagne, le traitement infligé à ces détenus est une manoeuvre pour intimider.

"C'est sûr qu'Idriss Deby veut gagner cette élection (présidentielle d'avril 2021) et indique à la société civile qu'elle ne doit pas l'en empêcher. C'est un autre pas vers les restrictions aux libertés civiles avec en ligne de mire les élections", prédit la spécialiste du Tchad.

Les trois accusés ont été arrêtés lors d'une descente musclée de la police tchadienne dans les locaux de la radio privée FM Liberté, partenaire de la DW. En signe de protestation, la presse locale a observé une journée sans radio mardi dernier, jour anniversaire des 30 ans au pouvoir d'Idriss Deby.

Plus de: DW

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