Guinée: « Depuis l'arrivée du président Alpha Condé au pouvoir en 2010, les scandales se suivent et se ressemblent », regrette Mamadou Baadiko Bah leader de l'UFD

5 Décembre 2020

Le dossier de détournement des 200 milliards de francs guinéens (GNF) qui impliquerait la ministre de l'enseignement technique continue de susciter des réactions. Dans une interview qu'il a accordée à un confrère de mosaiqueguinee, Honorable Mamadou Bah Baadiko président de l'Union des forces démocratiques (UFD) s'est longuement exprimé sur le sujet. Mais aussi sur la chasse aux opposants.

Pour cet éminent Expert comptable et député au parlement guinéen, cette affaire ne peut inspirer que le dégoût et la révolte.

« Pour n'importe quel citoyen épris de justice, cette affaire ne peut inspirer que le dégoût et la révolte. Le problème est que ce n'est pas un fait isolé. Depuis très longtemps et surtout depuis l'arrivée du président Alpha Condé au pouvoir en 2010, les scandales se suivent et se ressemblent, avec une tendance à l'explosion, tous les jours. Ce n'est même pas la peine d'égrener la longue liste des forfaits évoqués depuis 2010, sans oublier l'affaire des 14 millions de dollars saisis à Dakar et dans laquelle le président a été débouté de sa plainte en diffamation. Nous avons connu l'ouverture en grande pompe des procès en détournement des deniers publics dans les sociétés para-publiques, Lonagui, Office Guinéen de Publicité, Chargeurs, avec des montants de plusieurs dizaines de milliards de Francs guinéens envolés », a-t-il entamé.

Et le patron de l'UFD de poursuivre: « Dans l'un des pays les plus pauvres et les plus inégalitaires du monde, on parle de milliards (des millions en dollars) comme s'il s'agissait de Dollars Zimbabweens ou de Zaïres de Mobutu ! Les accusés ont été condamnés à des peines que je qualifierai d'amicales. Malgré toutes les proclamations faites, l'impunité est totale et de règle. Souvenez-vous de l'incendie qui a ravagé le Ministère du Budget dès que le président a ordonné un audit... Grâce à quoi, nous avons aujourd'hui de « nouveaux riches » pendant que des millions de gens, toutes régions confondues, croupissent dans la misère et le désespoir, dans un pays délabré ».

Pour ce député, la particularité de cette nouvelle affaire est qu'elle intervient dans un contexte de luttes au scalpel entre les différents clans du pouvoir, pour circonvenir le chef, entrain de former son gouvernement.

« La tolérance extrême par rapport à la corruption, à la braderie de la richesse nationale (sol, sous-sol et halieutique), à l'enrichissement illicite et la mauvaise gestion du bien public sont parmi les principaux points de nos divergences avec le RPG et son chef, ainsi qu'avec d'autres partis ou groupes du landerneau politico-social guinéen », a-t-il indiqué.

S'exprimant sur le décret du président Condé relatif à la déclaration du patrimoine de certains responsables de l'appareil d'État, le leader de l'UFD a fait savoir que ce texte d'application - non indispensable - de la Constitution, intervient avec un retard de 10 ans, contrairement à ce qu'on pouvait attendre de l'opposant historique qu'est le président Alpha Condé.

« On aurait peut-être pu sauver au moins 2 à 3 milliards de Dollars au cours de cette période folle que le pays a connu. Nous n'avons cessé, depuis 2011 d'exiger le respect de la Constitution, en particulier sur ce point de la déclaration des biens. Nous attendons de voir comment ce décret va être appliqué dans l'univers d'oligarques et de prédateurs insatiables que nous connaissons. Pour nous, même le texte constitutionnel est déjà dépassé : il faudrait étendre la déclaration à tous les dirigeants de l'État, tous les « bénéficiaires » de décrets, et de toutes les institutions républicaines, ainsi que les maires des communes urbaines. Bien entendu il faudra organiser aussi la chasse aux prête-noms... », renchérit-il.

De l'incarcération des opposants au troisième mandat d'Alpha Condé

« Nous sommes face à une situation extrêmement grave. Après la dernière élection présidentielle, le pays a été plongé dans un début de guerre civile. C'est indéniable. Et qui dit guerre civile, dit plusieurs protagonistes. Nous savons que du côté du pouvoir il y a eu des cas où les forces de l'ordre ont escorté des tueurs. Par endroits, ils ont mobilisé les miliciens Donzos. On a eu des exécutions sommaires, même de bébés (comme à Labé) ou d'une jeune fille (à Conakry), ainsi que des militants politiques ou en tout cas engagés dans les manifestations, comme à Sonfonia et Pita.

La vérité et la justice voudraient donc que tous ceux qui sont soupçonnés d'avoir participé à ces crimes ou qui en ont été les instigateurs, soient traduits devant la justice. Hélas, Nous n'avons connaissance d'aucun de ces accusés du côté des forces de l'ordre. Seuls des opposants ont été arrêtés et mis sous mandat de dépôt, alors qu'ils sont censés pouvoir bénéficier de la présomption d'innocence, jusqu'à ce que la justice soit rendue. Pire, nous avons revu des images que nous pensions à jamais révolues : un dirigeant politique détenu, portant une pancarte avec son nom et la mention « Complot », comme à la pire époque du régime sanguinaire du PDG avec son fameux « Complot Peulh ». À part cela, on ne doit pas oublier d'autres prisonniers politiques comme Oumar Sylla alias Fonike Mange, Ismael Condé, Saïkou Yaya, Souleymane Condé et d'autres très nombreux, détenus au secret et sur lesquels nous ne savons rien. Nous devons exiger que la justice soit équitable et qu'ils soient libérés, sauf exception prouvée, en attendant leur jugement définitif. Et surtout que les suspects de tous bords soient poursuivis ».

Et Monsieur Bah Baadiko de conclure: « Dans les conditions actuelles et toutes affaires cessantes, le chef de l'État devrait réaliser que la victoire qu'il croit avoir définitivement remportée sur ses adversaires avec l'élection du 18 octobre 2020, sera une victoire à la Pyrrhus. S'il ne parvient pas à prendre l'initiative d'un grand dialogue national, afin qu'ensemble nous bâtissions de nouvelles institutions tenant compte de l'inexistence d'une nation, après 62 ans d'indépendance. Ce territoire pourra seulement après ce préalable, retrouver le chemin de la concorde, de la paix et du développement. Dans un pays déchiré, installé dans le crime politique et économique et l'impunité, quelle que soit la force de son appareil répressif, il ne pourra rien faire de positif pour le pays. Nous ne ferons alors que nous enfoncer dans la violence, la corruption, la division et la ruine économique et sociale ».

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