Maroc: Innocuité, chaîne de froid... La qualité du vaccin sera garantie

interview

Rabat — Modalités, durée, coût, effets indésirables ... Les points d'interrogations ne manquent pas s'agissant de la campagne de vaccination massive contre le Covid-19 qui sera lancée prochainement. BAB, le Magazine intelligent de la MAP, est parti chercher les réponses à ces questions et d'autres auprès du directeur de la population au ministère de la Santé, Abdelhakim Yahyan :

- D'abord où en sont les essais cliniques concernant le vaccin chinois ?

La phase III des essais cliniques, dont une partie s'est déroulée au Maroc avec la participation de 600 volontaires, vient d'être achevée et les données sont en cours d'exploitation en coordination avec la partie chinoise et toutes les parties prenantes.

- Qu'en est-il des effets secondaires éventuels ? Peut-on dire que le vaccin est 100% sûr ?

Il faut toujours se méfier des rumeurs. Toutes les données disponibles montrent qu'il s'agit d'un vaccin prometteur et, à ce jour, on n'a pas enregistré d'effets secondaires majeurs.

- Quand est- ce que la campagne va démarrer ?

Prochainement. Dans les semaines qui viennent.

- De combien de doses s'agit-il ?

Je ne peux pas vous avancer de chiffre exact mais, approximativement, il s'agira d'un premier apport de 10 millions de doses commandées auprès du laboratoire SinoPharm. Pour ce vaccin, il se présente sous forme de seringues pré-remplies et le schéma vaccinal prévoit deux injections par personne, espacées de 21 jours. Donc on parle à peu près de 5 millions d'individus qui bénéficieront de la prochaine campagne de vaccination, sur la base, bien sûr, de l'hypothèse de 10 millions de doses reçues.

- Sur quelle durée va s'étaler la campagne de vaccination massive ?

On veillera à ce qu'elle soit la plus courte possible. La durée c'est en fonction du rythme d'approvisionnement, du nombre de doses que nous allons recevoir au titre de la première tranche, etc. Les livraisons auront lieu au fur et à mesure. Donc, on ne peut pas se prononcer dès maintenant sur le temps que va durer l'opération.

- Comment cette campagne va-t-elle être déclinée à l'échelle régionale ?

Toutes les régions auront leur part du vaccin en fonction de la population cible identifiée. Une cartographie de la population à vacciner sera établie et c'est sur cette base que la campagne va se dérouler dans chaque région. Bien entendu, la priorité sera donnée, conformément aux Hautes orientations royales, aux personnels de première ligne, en l'occurrence, le personnel de santé, les autorités publiques, les forces de sécurité et le personnel de l'éducation nationale, ainsi que les personnes âgées et vulnérables au virus.

- Le vaccin sera-t-il 100% gratuit ? Combien a-t-il coûté au budget de l'Etat ?

Jusqu'à présent, on a opté pour le principe de la gratuité du vaccin. Quant au coût, il n'est pas encore établi avec exactitude parce que nous sommes dans l'urgence de préserver la santé des citoyens. C'est la priorité absolue.

- Sur le terrain, qui va assurer cette mission de vaccination massive ?

L'opération sera assurée par l'ensemble des cadres et services compétents du ministère de la Santé, qui ont d'ailleurs l'habitude de faire des campagnes vaccinales. C'est, en effet, leur cœur de métier et c'est là un avantage important à notre actif pour réussir cette campagne d'envergure nationale.

- Quid de l'aspect logistique (transport, chaîne de froid, stockage... ) ?

Contrairement à d'autres vaccins, celui développé par SinoPharm ne nécessite pas une conservation à très basse température. Il peut être conservé entre +2 et +8 degrés Celsius, en somme, comme un vaccin ordinaire. Toute la logistique nécessaire sera déployée : camions frigorifiques, caisses isothermes, réfrigérateurs... Bref, la qualité du vaccin en termes de chaîne de froid sera garantie.

- Pourquoi le choix de ces deux fournisseurs (SinoPharm et AstraZeneca) ?

Comme vous le savez, il y a aujourd'hui une course mondiale pour l'acquisition du vaccin anti Covid-19. L'offre est très limitée alors que la demande est colossale. Les producteurs ne peuvent pas livrer le monde entier d'un seul coup. Dans ce contexte et afin de ne pas avoir un problème de rupture de stock, le Maroc a diversifié ses fournisseurs, en l'occurrence SinoPharm et AstraZeneca. C'était, justement, l'objet des accords signés précédemment avec ces deux groupes par le ministre de la Santé.

- Le Maroc pourra-t-il fabriquer lui-même le vaccin ?

Dans un premier temps, ça va être importé. La production locale va démarrer prochainement. Mais, pour les besoins de la campagne de vaccination annoncée, on va utiliser le vaccin qui nous sera acheminé à partir des sites de production (la Chine pour SinoPharm et le Royaume-Uni pour AstraZeneca).

- Quel est l'objectif de la campagne de vaccination massive ? Est-ce d'atteindre l'immunité collective ou bien de faire baisser les décès et les cas graves ?

L'objectif général c'est de réaliser l'immunité collective en touchant 80% de la population. Mais il s'agit surtout d'arrêter la propagation du virus, de désencombrer les réanimations, de soulager le système de santé et de diminuer les décès. En parallèle, la vaccination massive va permettre de relancer la machine économique parce que, bien évidemment, des gens malades ou confinés ne peuvent pas travailler ce qui induit une diminution de la productivité.

L'enjeu est donc double: d'abord, protéger la santé des citoyens, réduire les hospitalisations et les séjours en réanimation et faire baisser les décès et, ensuite, relancer l'économie parce que c'est seulement du moment où les gens seront protégés et rassurés sur leur santé qu'ils pourront participer pleinement et efficacement à la vie économique.

- Le ministère de la Santé vient de lancer une campagne de communication sur cette opération de vaccination massive. Quelle en est la portée ?

Le but est surtout de lutter contre les fake news en sensibilisant les gens et en les incitant à ne prendre pour argent comptant que les informations émanant de sources officielles. Les médias ont un rôle primordial à jouer là-dessus. Certains sites électroniques, en publiant des informations non sourcées ou attribuées à des sources anonymes, sèment le doute et la confusion. Le citoyen marocain doit se méfier de ce genre de contenus et cultiver le réflexe de chercher l'info, la vraie, auprès des sources officielles. En quelque sorte, il faut se faire vacciner contre le Covid-19 mais aussi contre les fake news qui sont un virus pas moins dangereux !

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